Dumbo : Quelques informations

Conçu à l'origine comme un court-métrage, Dumbo est le film le plus court de Walt Disney, seulement 61 minutes ! C'est également le plus triste. Il est sorti pour la première fois sur les écrans français le 25 octobre 1947, plus de six ans après les Etats-Unis.

La logique de la numérotation française est brisée avec ce film. Car en 1947, trois films de la compagnie vont sortir à tour de rôle au cinéma, mais leur ordre de diffusion va être inversé par rapport à celui de production. Ainsi Saludos amigos devrait en théorie porter le numéro 4 car il fut diffusé le 11 février 1947, Bambi cependant conserverait le numéro 5 en sortant le 15 juillet 1947, et Dumbo fermerait la marche en portant le numéro 6, puisqu'il ne fut projeté que le 25 octobre de la même année. Il reçut le Grand Prix International du Dessin Animé à la seconde édition du Festival de Cannes en 1947. L'année précédente, c'est La boite à musique qui remporta ce prix (mais ce dernier ne sortira officiellement en salle qu'en 1949).

Le film a connu deux versions françaises : une en 1947, l'autre en 1980. Le film ne possède aucune version québécoise. Pour la petite anecdote, Dumbo est le premier long-métrage de la collection numérotée mettant en scène des animaux non anthropomorphe qui parlent. C'est également le seul film où le héros principal ne prononce pas un mot.

Dumbo a été proposé en salle plusieurs fois en France : le 25 octobre 1947, en décembre 19561, en décembre 19701 et durant les vacances de Pâques 1980.

On retiendra que le titre français du film a toujours été Dumbo, l'éléphant volant. Ce titre est ainsi toujours apparu dans le générique sur toutes les VHS commercialisées, bien que peu de monde l'ai véritablement remarqué. Le générique en français a depuis été supprimé de toutes les éditions DVD au profit du titre américain "Dumbo". Pour autant, rares sont les personnes qui ai retenu le titre originel du film bien qu'il ai été utilisé pendant de nombreuses années, jusqu'à la mort de la VHS.

Résumé

C'est l'histoire poignante d'un éléphanteau né avec des oreilles trop grandes pour lui. Mis à l'écart et tourné en ridicule par les autres pensionnaires du cirque, il finit par se lier d'amitié avec Timothée, une souris au tempérament jovial. A force de persévérance et de courage, Dumbo parvient un jour à s'envoler... et devient la grande vedette du cirque.

Analyse de l'oeuvre

Dumbo n'est pour ainsi dire pas une pièce maitresse du catalogue des longs métrages animés, car il se dégage un fort sentiment de mélancolie tout au long du film. Pourtant rien ne permettait de prévoir que celui-ci serait aussi triste tant sa qualité artistique est très en dessous des standards de son époque. Il faut dire que ce film fut conçu dans un esprit d'économie afin de renflouer les caisses de la compagnie. Si Blanche-Neige et les sept nains avait été un succès international incontournable, les films suivant (Pinocchio, Fantasia) ne parvinrent ainsi pas à se rentabiliser, et Walt Disney avait déjà mis en chantier Bambi. La fermeture du marché européen du fait de la guerre, ainsi que les grèves, imposèrent de revoir entièrement sa copie. Sacrifiant dès lors le principe de proposer des oeuvres d'excellence, Dumbo fut réalisé avec un budget plus raisonnable. Ce qui se ressent alors nettement sur l'aspect général du film.

Le scénario est inspiré d'un conte pour enfant écrit par Helen Aberson en 1939. Walt Disney en acquis les droits d'adaptation très rapidement, et le film vit le jour à peine deux ans plus tard. Bien qu'il s'agisse d'une adaptation de ce conte, il est intéressant de mettre en parallèle l'histoire de Dumbo avec celle du vilain petit canard. Les deux personnages sont en effet rejetés et humiliés par tous. La seule véritable différence résidant dans la présence de Madame Jumbo dont l'amour pour son fils est sincère et touchant. Mais la force première du film est de rendre Dumbo foncièrement attachant et de rejeter au contraire tous les autres personnages du film (Timothée excepté). Les éléphantes attirent inévitablement le mépris, car elles offrent une caricature réaliste des mégères hypocrites que l'on a la malchance de croiser un jour dans sa vie. Les humains n'attirent pas plus la sympathie du public mais plutôt par l'injustice qu'ils font subir à Dumbo et sa mère. Dans Dumbo tout le monde est injuste avec le héros, renforçant cette tristesse lancinante qui parcourt l'intégralité de l'histoire.

Cette sensation est renforcée par le mutisme de Dumbo, ce dernier ne prononce en effet pas le moindre mot tout au long du film. C'est d'ailleurs un cas unique dans tous les longs métrages de Walt Disney. On se pose alors des questions sur ce point : est-ce parce que ce dernier est trop jeune pour pouvoir s'exprimer ? Ou bien, au contraire, cette hostilité lui a ôté toute volonté de parler ? Pour autant, les animateurs réussissent à retranscrire ses émotions dans ses gestes et ses attitudes. Un véritable tour de force. Mais un événement va bousculer sa vie : sa rencontre avec Timothée. Timothée porte à lui-seul presque la totalité du film, c'est lui qui réconforte Dumbo, lui qui exprime ses sentiments par la parole, lui encore qui le sort de sa mélancolie. Timothée est ainsi l'étincelle dans le coeur de Dumbo, il représente à lui seul l'espoir. Il contrebalance dès lors tous les autres personnages par sa forte personnalité et sa détermination à faire triompher son nouvel ami.

Artistiquement, Dumbo se veut à la fois une expérience visuelle et auditive à l'image de Fantasia, une expérience narrative comme Blanche-Neige et les sept nains, mais aussi une expérience burlesque comme les courts métrages. Dumbo est en effet à la croisée de tous ces genres, ni long métrage, ni cartoon, ni compilation. La relative courte durée du film (à peine une heure, générique compris) et son animation simpliste, bien qu'élégante, ne permettent pas de trancher. Il faut dire que le film enchaine séquences réalistes et surréalistes. Lorsque Dumbo rend visite à sa mère, on est prit par l'émotion du moment de cette retrouvaille. Mais juste après démarre une séquence tout aussi ésotérique que culte. Intervenant dans un moment propice pour sortir le spectateur de l'empathie qu'il partage avec Dumbo, on assiste ainsi à un impressionnant défilé d'éléphants roses psychédéliques ! Une scène qui détone particulièrement avec le reste du film, et pose les bases de ce qu'on retrouvera par la suite dans Alice au pays des merveilles. Ce défilé d'éléphants surréaliste fera par ailleurs une incursion dans Les aventures de Winnie l'ourson dans une version légèrement révisée, mais reprenant le même principe de surréalisme.

En France, Dumbo a connu deux doublages différents. Le premier fut réalisé pour sa sortie en 1947, il fut ainsi exploité jusqu'à la fin des années 80 y compris en vidéo. On y entendait notamment Camille Guérini (dans le rôle de Timothée) qui a beaucoup contribué à de nombreux longs métrages Disney de cette période. Ce doublage est l'un des plus anciens qui a réussi à subsister jusqu'à nous et que j'ai pu écouter en intégralité. Le doublage d'origine de Blanche-Neige et les sept nains n'a en effet jamais refait surface à ce jour, et ceux de Pinocchio et de Bambi n'existent actuellement que sous la forme d'extraits rarissimes. Le problème principal de ce premier doublage de Dumbo vient de l'enregistrement des dialogues « par dessus » les musiques et les dialogues, ôtant dès lors une grande part d'émotion dans le déroulement de l'intrigue. C'est sans doute cette raison qui poussa Disney France à procéder à un redoublage. Certaines sources précisent que ce redoublage a été effectué en 1980 pour la ressortie en salle de ce film, pour autant, le doublage d'origine a continué à être distribué en vidéo jusqu'en 1986 au moins (la VHS du Québec en témoigne) et plusieurs personnes rapportent que les VHS françaises de la collection des « Trésors de Walt Disney » le contient également. Or, cette collection a subsistée jusqu'en 1990 ! N'ayant que peu d'éléments pour confirmer ou infirmer cette date de 1980, je peux toutefois affirmer que ce redoublage est disponible depuis la VHS parue en 1991 et n'a jamais été modifié depuis lors, aussi bien en France qu'au Québec. C'est celui-ci que tout le monde connaît actuellement, et il faut dire que la présence de Roger Carel contribue à la popularité inégalée du film.

Dumbo n'est toutefois pas exempté de défauts. Même si le film ne dure qu'une heure, il faut reconnaître qu'il est plutôt longuet. Si le film enchaine effectivement plusieurs moments artistiques réussis, le scénario n'évolue que très peu et il faut réellement attendre le derniers tiers du film (peu de temps après les éléphants roses) pour que tout se mette en place et s'enchaine rapidement. Dumbo est également au centre de quelques polémiques. La première est liée à l'alcool. Tout comme Pinocchio fut fustigé pour la même raison (et l'utilisation du tabac également), certaines personnes se sont indignées de voir Dumbo et Timothée ivres, alors que la boisson est largement diluée dans de l'eau et bue de façon totalement involontaire. La seconde polémique est elle née durant les années 60, et elle est actuellement remise au premier plan : la personnalité des corbeaux. Certains y voient en effet une caricature négative de la culture afro-américaine au même titre que Mélodie du sud, alors que d'autre démontrent au contraire l'aspect positif de ces personnages.

Mais au final qu'importe les polémiques, Dumbo a su traverser les générations de spectateurs et font de son héros l'un des plus connus du public. Bien qu'il soit un film à petit budget et qu'il soit foncièrement triste, il a su toucher le coeur de nombreux spectateurs. Tout le monde connaît aujourd'hui l'éléphant volant aux grandes oreilles ! Il faut dire aussi que le film a été l'un des premiers films à être paru en vidéo d'abord à la location puis à la vente, et qu'il est resté jusqu'en 2006 environ toujours disponible dans le commerce. De fait, tout comme Alice au pays des merveilles, ce film permet de retranscrire l'évolution de l'édition vidéo des films Disney pendant presque trois décennies, car il a été toujours réapprovisionné en magasin. Il faudra finalement attendre la nomination de John Lasseter à la tête du département animation pour que Dumbo vienne rejoindre la liste des films prestigieux bénéficiant de sorties vidéo de qualité mais aussi limitée dans le temps.

17 février 2010 par Olikos

Voxographie sélective

Doublage français d'origine (1947) :

Timothée : Camille Guérini 2

La cigogne : Maurice Nasil 2 

Monsieur Loyal : Fernand Rauzena 2 

? : Daniel Gilbert 2 

? : Roméo Carles 2 

Eléphante rouge : Germaine Kerjean 2

Eléphante verte : Lita Recio 2

Jim Corbeau : Zappy Max 2 

Corbeau bedonant : Jo Charrier 2

Second doublage français (Probablement 1980,date de sortie en salle)

Narrateur : Claude Piéplu 3

Madame Jumbo : Hélène David 5 (Dialogues)

Madame Jumbo : Claudine Meunier 4 (Chant)

Timothée : Roger Carel 3

La Cigogne : Jacques Ferrière 3

Monsieur Loyal : Jacques Dynam 3

Eléphante rose : Paula Dehelly 4

Eléphante bleue : Jeanine Forney 4

Eléphante rouge : Béatrice Delfe 4

Eléphante verte : Danielle Volle 4

Jim Corbeau : Jacques Balutin 3 (dialogues)

Jim Corbeau : José Germain 4(chant)

Corbeau à grosses lunettes : Serge Lhorca 4

Corbeau à petites lunettes : Michel Bedetti 4

Corbeau à T-shirt rayé : Francis Lax 4

Corbeau bedonant : Pierre Garin 4

Clown 1 : Serge Lhorca 5

Clown 2 : Guy Piérauld 5

Clown 3 : Henry Djanik 5

Clown 4 : Michel Bedetti 5

Un petit garçon : Jackie Berger 5

Un employé du cirque : Georges Atlas 5

Casey Junior : Francis Lax 5

Solistes « La marche des éléphants » : Jean Stout 4 et Jean-Claude Corbel 4