Les trois caballeros : Quelques informations

Le film est sorti en France le 21 avril 1948, trois ans après sa sortie américaine, et trois ans et demi après sa première projection au Brésil qui eut une nouvelle fois l'honneur de le diffuser en avant-première mondiale, après Saludos amigos.

Le film ne possède aucun doublage québécois. Cependant, il dispose de deux doublages français différents. Actuellement c'est la version française d'origine qui est proposée en DVD. Le second doublage, qui date vraissemblablement de la ressortie cinéma de 1978, n'ayant été exploité que partiellement en VHS. En effet, on ignore actuellement si ce second doublage était intégral ou seulement partiel, car seulement le premier tiers du film redoublé est parvenu jusqu'à nous, le reste du film reprenant en effet sa version française d'origine.

Résumé

Donald a reçu en cadeau d'anniversaire un superbe livre qui va l'emmener à l'autre bout du monde. Il vous invite à le suivre dans ses pérégrinations du Mexique au Chili, en passant par le Brésil... jusqu'au Pôle Sud. José Cariota, Panchito et Donald, devenus inséparables, vous guideront dans toute l'Amérique Latine, au rythme endiablé de la samba.

Analyse de l'oeuvre

Les trois caballeros est la suite spirituelle de Saludos amigos. On pourrait même dire que ce dernier n'était au final qu'un simple brouillon préparatoire, qui n'avait pas besoin d'être porté à l'écran. Et à vrai dire, le résultat est meilleur que son prédécesseur qui ne pouvait justifier son existence que par un retour financier d'un voyage diplomatique. Les trois caballeros est beaucoup mieux loti, car il semble apporter avec lui un tempérament plus jovial et imprégner plus agréablement le studio Disney de la fièvre latino-américaine.

Contrairement à Saludos amigos, ce film met en avant un élément essentiel absent de son aîné : un scénario. Certes, il est extrêmement mince, puisqu'il se résume à découvrir les cadeaux d'anniversaire de Donald. Il n'empêche, cela fonctionne agréablement bien car Donald nous entraîne malgré lui à travers divers tableaux représentatifs de l'Amérique latine. Et de fait, on y découvre pas mal de clichés de l'époque. A commencer sans aucun doute par sa séquence très sensuelle et surtout celle plus débridée où les trois compères pourchassent sans aucun scrupule de ravissantes pin-up dont le phénomène de société est alors en plein âge d'or.

Les trois caballeros réunit à nouveau à l'écran Donald et le désormais célèbre José Carioca brésilien. Pour former un trio de choc, on découvre pour la première fois à l'écran Panchito Pistoles, caricature débridée du latino mexicain en mal de conquêtes et fou de la gâchette. On remarquera aussi l'intrusion d'un petit personnage burlesque absolument inoubliable : l'aracuan ! Animal totalement imaginaire sorti de l'esprit torturé des artistes des studios Disney, l'aracuan fait une intrusion remarquée dans le film, et reste à jamais dans la mémoire populaire, tout comme son célèbre cri et la musique entraînante qui l'accompagne. On retiendra aussi au passage que c'est le tout premier film, et sans doute le seul avant de nombreuses années, qui place un héros emblématique du studio (en l'occurrence Donald) à la tête d'un film. Mickey ne s'est en effet contenté que d'une contribution à un court métrage de Fantasia, ainsi que dans Coquin de Printemps et Dingo ne se verra offrir un long métrage qu'en 1996.

Le film peut être découpé en trois segments principaux, correspondant tout naturellement aux trois cadeaux que Donald reçoit. Le chiffre trois est d'ailleurs récurrent dans l'oeuvre. Le premier cadeau de Donald est un projecteur vidéo et des films. L'un d'entre eux met en scène un espiègle Pingouin qui doit apprendre à ses dépends qu'il vaut toujours mieux se contenter de ce qu'on a déjà. Dans un autre, le studio Disney nous propose ce qu'il sait faire de mieux : une belle fable sur l'improbable duo d'un jeune Gauchito et d'un âne ailé.

Les trois caballeros semblent constamment innover et réunir à l'écran tout le savoir faire des studios d'animation Disney de cette époque. C'est d'ailleurs particulièrement le cas dans le second segment de l'oeuvre, qui nous fait voyager au Brésil, seul pays latino-américain parlant le portugais. N'hésitant pas à mélanger des genres totalement différents, on assiste à une vrai folie furieuse de forme, de son et de couleur. On assiste également à l'aboutissement de la technique mélangeant animation 2D et prise de vue réelle, combinant trois (décidément) méthodes différentes : une séquence d'animation 2D, les personnages réels évoluant devant la séquence d'animation projetée sur un écran derrière eux, et enfin une animation rajoutée par dessus les deux sur la pellicule finale. Le résultat est tout simplement bluffant, même s'il reste de nos jours perfectible à plus d'un titre.

Pour le troisième et dernier cadeau, Panchito nous emmène vers les lieux touristiques phares du Mexique, et permet même à Donald de faire de très agréables rencontres féminines. Cette dernière séquence est d'ailleurs le meilleur aboutissement entre l'animation 2D et des personnages réels, bien meilleur que Mélodie du sud notamment sorti l'année suivante. Il faudra en effet attendre Mary Poppins pour arriver à le surpasser, et bien entendu l'apothéose Qui veut la peau de Roger Rabbit.

La bande originale de l'oeuvre se veut chaleureuse et entraînante, et ne subit quasiment aucun temps mort. Elle se révèle pourtant aussi bien hétéroclite (des sonorités qui ne sont pas du même genre) qu'éclectique (mais qui se marient étonnamment bien), à tel point qu'on peut sans aucun scrupule écouter seulement le film en arrière plan pendant que l'on s'active à faire autre chose, et en apprécier quand même toutes les subtilités.

Les trois caballeros a aujourd'hui beaucoup vieilli, mais ça lui donne quand même un charme assez unique en son genre. Très largement au dessus de Saludos amigos que l'on peut considérer comme un bout d'essai pour tester le public, Les trois cabelleros est l'expérience la plus unique, la plus psychédélique, la plus osée et la plus divertissante des compilations des années 1940.

30 septembre 2011 par Olikos

Voxographie sélective

Doublage français d'origine (1948) :

Narrateur "Le pingouin au sang froid" : René-Marc 1

Le professeur Cosinus : Camille Guerini 1

La chanteuse : Marianne Michel 2

Narrateur "L'histoire du gauchito volant" : Fernand Rauzena 2

Donald : Clarence Nash 3

Second doublage français (1978) :

Narrateur "Le pingouin au sang froid" : Jean Berger 2

Le professeur Holloway : Teddy Bilis 2