Le crapaud et le maître d'école / Contes d'automne et de printemps : Quelques informations

Selon toute vraissemblance, devant le peu de documentation autour de ce film et au regard de sa présence parmi les DVD "Classiques", il est possible que le film ne soit jamais passé au cinéma en France. Sa première sortie officielle devant alors être fixé à 1999, même si les deux courts métrages ont été doublés séparément. On peut donc considérer que ce film a été pour la première fois proposé en vidéo le 25 mai 1999 au Québec. En France, le film n'étant paru dans le commerce que quatre ans plus tard, soit le 8 octobre 2003. Il sera le dernier Grand Classique composé de moyens métrages. Tous les films suivants seront composés d'une seule et unique histoire.

Le film ne possède aucun doublage québécois. On notera d'ailleurs au passage que le film y porte un titre différent : Contes d'automne et de printemps. Côté français, les deux moyens métrages ont bénéficié d'au moins deux doublages différents chacun.

Pour sa version autonome, La légende de la vallée endormie porte un titre légèrement différent : La légende du cavalier sans tête.

Le saviez-vous ? En février 1948, alors que la production du film est déjà très en retard, pas moins de douze décors disparaissent. Tout le bâtiment est fouillé afin de les retrouver. Malheureusement, seuls six d'entre eux furent redécouvert mais personne ne sut jamais qui était le coupable. La production du film fut donc à nouveau retardé afin de pouvoir recréer les six décors manquants.

Résumé

Dans La mare aux grenouilles, Crapaud échange son splendide château contre un cabriolet rouge vif et volé afin de se lancer dans une équipée sauvage. Sa passion dévorante de l'automobile l'entraine dans une aventure insensée qui va le mener en prison. Ses amis vont tout faire pour le libérer.

Dans La légende de la vallée endormie, Ichabod Crane est un professeur rusé aux allures lunatiques qui rêve d'enlever la belle Katrina, elle-même convoitée par un autre villageois : Brom.

Analyse de l'oeuvre

Le crapaud et le maître d'école est une oeuvre atypique pour diverses raisons. Tout d'abord, il s'agit de la dernière compilation produite par les Walt Disney Animation Studios. C'est ensuite une oeuvre qui a mit énormément de temps à arriver dans le commerce dans sa version intégrale. Avant 1999, seuls les deux moyens métrages étaient proposés séparément en vidéo ou bien diffusés à la télévision. Enfin, les deux moyens métrages semblent n'avoir qu'un très lointain rapport entre eux, rendant le film étonnant à plus d'un titre. Le crapaud et le maître d'école laisse ainsi une impression assez bizarre une fois qu'on l'a visionné, essayons de voir pourquoi.

Le premier métrage de la compilation est La mare aux grenouilles. C'est l'histoire de Crapaud qui est atteint de lubies chroniques, et qui le conduisent au bord de la banqueroute. Il est donc placé sous la tutelle de McBlaireau qui s'efforce tant bien que mal de le résonner. Malheureusement, lorsque Crapaud se découvre une passion maladive pour une automobile, il tombe malgré lui dans un piège diabolique l'entrainant directement en prison. S'ensuivent dès lors des rebondissements, à la limite de l'intrigue policière, pour que lui et ses acolytes puissent tenter de le réhabiliter. Ce premier moyen métrage se suit donc sans déplaisir, où le format court permet d'aller rapidement à l'essentiel. La qualité graphique n'est pas en reste car elle rehausse dignement le tout, tout comme la partie sonore de l'oeuvre. La mare au grenouilles est en effet artistiquement très largement au dessus des compilations précédentes des studios. Il renferme également une panoplie de personnages tous plus intéressant les uns que les autres. Que ce soit cette dépensière seigneurie Crapaud Baron Têtard, ce manipulateur de M. Moustache, ce parcimonieux McBlaireau, ce déluré de Cyril ou encore ce charmant duo de faux détectives M. Taupe et M. Rat. La seule chose qui dérange un tant soit peu le spectateur, c'est l'intervention régulière du narrateur, qui trahit vite le fait que La mare au grenouilles n'est pas un long métrage à part entière. Les seuls personnages ne peuvent en effet pas suffire pour mettre en place l'action, dû au format court de l'oeuvre. Il n'empêche que cela fonctionne assez bien, même si l'on aurait aimé découvrir un film plus long basé sur cette intrigue.

Le second et dernier métrage de cette compilation est La légende de la vallée endormie. Cette oeuvre, moins connue que la précédente par le public, est à mon avis sans aucun doute la plus intéressante des deux. Rarement un film d'animation aura été si complexe. Si l'on se contente d'une simple lecture au premier degré de l'oeuvre, on est en présence d'un film aux faux airs lugubres qui s'amuse à faire peur à ses spectateurs. Mais si l'on commence à se pencher sur la psychologie de chacun des personnages, on se rend compte qu'on peut voir la conclusion de plusieurs manières différentes ! Ichabod Crane, notamment, peut être perçu de deux manières radicalement opposées. D'un côté, on peut percevoir en lui un être calculateur et ambitieux prêt à tout pour parvenir à ses fins, et de l'autre un être ingénu caressant le doux rêve d'une vie confortable et aisée. Brom Van Hunt n'est pas non en reste et bénéficie lui aussi de cette double lecture : homme intègre et adulé dans le village mais quelque peu bourru, il n'hésite pourtant pas un seul instant à jouer des coups bas à son rival en parfaite traîtrise. Et qu'en est-il de la belle Katrina Van Tassel ? Sous ses faux airs de ravissante jeune fille de bonne famille, elle se révèle finalement manipulatrice au possible en se servant volontairement d'Ichabod pour attirer Brom dans ses filets. Bref, aucun d'entre eux n'est bon ou mauvais, ils se partagent un seul et même trait de caractère : l'ambition. L'ambition d'une vie confortable pour Ichabod, l'ambition d'avoir la plus belle femme à ses côtés pour Brom, et l'ambition d'être marié au meilleur parti du village pour Katrina. A la fin, on se rend compte que finalement chacun d'eux est parvenu à ses fins.

La carrière francophone de Le crapaud et le maître d'école reste elle-aussi très inhabituelle pour ce film : il n'a apparemment jamais été diffusé en salle en France dans son format complet d'origine. Si l'on excepte la trace d'une seule chanson (à écouter parmi les bonus du DVD) qui nous pousse à soupçonner l'existence d'un doublage plus ancien, on ne connait actuellement que le doublage réalisé au milieu des années 70 (1974 ou 1975 vraisemblablement) pour La mare au grenouilles en vue de sa diffusion en salle, mais dans une version légèrement raccourcie. Celle-ci a depuis été proposée directement en VHS dans la collection des Mini-Classiques. On notera qu'une séquence inédite, oubliée durant les années 70, a été doublée et rajoutée sur la version complète du film pour sa sortie vidéo de 1999. Le destin de La légende de la vallée endormie est par contre un peu plus nébuleux. Un premier doublage existe en effet pour ce moyen métrage, que l'on peut entendre dans la compilation DVD Contes et légendes volume 1, mais aucune trace ne permet d'affirmer dans quel but ce doublage a pu servir : aucune VHS et aucune sortie cinéma de ce moyen métrage n'ayant été référencé à ce jour. Le second doublage a par contre été réalisé au début des années 90, notamment pour la diffusion télévisée, et c'est cette version que nous pouvons entendre sur le DVD du film.

En fin de compte, Le crapaud et le maître d'école réunit donc réellement deux moyens métrages aux propos assez différents, qui ont été associés pour des raisons que l'on peut qualifier de nébuleuses. Ce constat est d'autant plus perceptible qu'il n'y a que deux histoires distinctes sans réel fil conducteur entre les deux dans ce film, contrairement à Coquin de printemps notamment. Pour autant, Le crapaud et le maître d'école n'est pas dénué d'intérêt, d'autant plus si vous ne connaissez pas - tout comme moi - les livres dont les intrigues sont inspirées. Le film détonne donc comme étant la dernière, et sans aucun doute, la meilleure des compilations de la fin des années 40. Il conclut dignement la décennie tout en annonçant un retour en force des véritables longs métrages qui avaient tant manqués à cette période.

23 mars 2012 par Olikos

Voxographie sélective

La mare aux grenouilles (Doublage français années 1970) :

Crapaud Baron Têtard : Roger Carel 1 (Dialogues)

Crapaud Baron Têtard : Henry Tallourd 5 (Chant)

Cyril Trottegalop : Francis Lax 1

M. Rat surnommé "Raton" : Jacques Ciron 1

M. Taupe surnommé "Taupinet" : Teddy Bilis 1

McBlaireau : Maurice Nasil 2

McBlaireau : Jean-Pierre Denys 3 (Scène rajoutée et doublée en 2003)

Le procureur : Paul-Emile Deiber 1

L'huissier : Fernand Fabre 4

M. Moustache : Guy Piérauld 1

Le facteur : Serge Nadaud 4

Le juge : Jean-Henri Chambois 4

Un journaliste : Jean Michaud 1

Narrateur : Jean Berger 1

? : Albert Medina 6

? : Michel Feder 6 (Scène rajoutée et doublée en 2003)

? : Patrice Paris 6 (Scène rajoutée et doublée en 2003)

La légende du cavalier sans tête (Premier doublage) :

Narrateur : Roland Ménard 5 (Dialogues)

La légende de la vallée endormie (Second doublage, années 1990) :

Narrateur et personnages masculins : Daniel Beretta 6 (Dialogues et chant)