Doublage : Oliver & compagnie

Oliver & compagnie est un film au caractère particulier au Québec, il s'agit en effet du film animé de Walt Disney qui dispose pour la toute première fois d'un doublage exclusif ! Et pour une première, sans être transcendant, c'est pas mal du tout. A commencer par Larsouille, irrésistible avec la voix parlée de Marc Bellier. En France, c'est sous le nom de Roublard que Patrick Poivey interprète ce rôle, mais il a énormément de mal à rendre le chien attachant. En cause, son précédent rôle de Clochard dans le second doublage de La belle et le clochard en 1989 dont il effectue exactement la même prestation vocale. Pour le chant, une fois encore, c'est la version québécoise qui remporte les suffrages. Daniel Barbe insuffle aux chants de Larsouille une couleur anglophone qui sied à merveille à l'univers Newyorkais du film, Jacques Mercier n'y parviens jamais en français.

Le gros point faible de la version française reste incontestablement l'adaptation très maladroite des chansons. Il semble évident que la bande son du film a posé quelques difficultés de traduction pour l'adapter au goût du public français. La version québécoise ne se complique pas autant la vie et nous sert sur un plateau d'argent de somptueuses interprétations. Mention spéciale à Patsy Gallant et Lina Boudreau excellentes dans les rôles de Georgette et Rita respectivement. Par contre, lorsque Jenny commence à pousser la chansonnette, autant le dire tout de suite, bouchez-vous les oreilles. Et cela, aussi bien en français qu'en québécois !

Sortie des chansons par contre, la version québécoise reste globalement neutre. Si l'on excepte Inti Chaveau, d'à peine 8 ans à l'époque, qui donne une version très ingénue mais agréable de Oliver (au même titre que Renault Tissier en français), aucun comédien ne tente jamais de s'approprier les personnages. Sans doute parce que le doublage de film d'animation Disney était encore très récent, Qui veut la peau de Roger Rabbit avait tout juste ouvert la marche quelques mois plus tôt. La France ayant une carrière beaucoup plus longue dans ce domaine, chaque personnage crève littéralement l'écran. Des comédiens de talent s'en donne ainsi à coeur joie : Philippe Dumat est un incroyable Fagin, Gérard Hernandez est un hilarant Tito à l'accent mexicain à toute épreuve, même Henry Djanick parvient à être un sombre Sykes alors qu'on lui connait d'ordinaire des rôles plus chaleureux comme Bourriquet.

Le paradoxe francophone de Oliver & compagnie est assez amusant : on a d'un côté une version québécoise aux chansons inoubliables mais au dialogues parfois trop creux et de l'autre une version française aux interprétations de qualité et aux chansons complètement ratées. Pour que le film devienne réellement culte en version francophone, il serait intéressant de piocher le meilleur des deux. Mais puisque c'est impossible (quoi que...), ne boudons pas notre plaisir de visionner le film dans l'une ou l'autre version.

Août 2010 par Olikos