Pocahontas, une légende indienne : Quelques informations

Il est très difficile de succéder à Le roi lion. Pourtant, même si le public a été moins enthousiasmé par la belle indienne, l'histoire d'amour entre les deux héros sur fond de conquête du Nouveau Monde a su capter ceux qui l'ont vu. Le film est sorti le 22 novembre 1995 en France, et le 23 juin 1995 au Québec. Le film possède un doublage québécois, et le titre Pocahontas du film ne porte aucun sous-titre.

Pour les 10 ans du film, l'équipe originale décida de rajouter une séquence coupée au montage final du film, qui était cependant pratiquement achevée. Cliquez ici pour plus d'informations sur la version intégrale.

Résumé

L'histoire se passe au début du 17ième siècle en pleine période de la Conquête du Nouveau Monde. Choc des cultures, choc des civilisations, amitié entre les peuples. Pocahontas, c'est aussi l'histoire de deux êtres que tout sépare, elle, la jeune Indienne, et John Smith, le valeureux navigateur. Ensemble, ils apprendront le langage de la nature et de la tolérance entre les peuples.

Analyse de l'oeuvre

Le film des Walt Disney Animation Studios fut, dans un premier temps, assez froidement accueilli par les critiques et les spectateurs. Car après le raz-de-marée occasionné par Le roi lion l'année précédente, et la vente de la VHS au moment de la sortie en salle de Pocahontas, une légende indienne, il était difficile à la belle indienne de pouvoir rivaliser avec le jeune Simba. Pourtant, les studios avaient tout misé sur le succès de ce film, ne croyant d'ailleurs aucunement au succès de Le roi lion. Tout avait d'ailleurs été mis en place pour une sortie spectaculaire, à commencer par une avant-première mondiale au milieu du parc de New-York ! Mais il faut dire que le succès inattendu de Le roi lion a rendu le public plus critique qu'à l'accoutumé. Roy Disney n'a d'ailleurs eu de cesse de démontrer que le film n'était pas bancal du point de vue musical et que la qualité de l'animation n'était pas aussi désagréable qu'il n'y paraissait. Car, pour une fois, Disney s'inspire d'une véritable réalité historique, tout en modifiant évidemment (comme de coutume) les aspects réalistes pour créer un somptueux film d'animation à bien des égards. Les personnages principaux du film ont ainsi effectivement existés, à un moment ou un autre de la conquête du nouveau monde. Cependant, la belle Pocahontas ne rencontrera John Smith que lorsqu'elle avait à peine une dizaine d'années, John étant déjà un solide gaillard trentenaire. La réalité historique n'évoque d'ailleurs aucune liaison amoureuse entre eux, contrairement aux divers autres déroulements des faits présentés par le film.

Et c'est d'ailleurs là que réside toute la force du film. Sans cette relation amoureuse adoptée par Disney, Pocahontas, une légende indienne aurait perdu toute son intensité, sa sincérité et son âme. Rompant par ailleurs toutes les traditions de la compagnie, nous sommes alors en présence d'une des plus magnifique relation portée à l'écran en animation. Jamais aucun film du groupe jusqu'à lui n'était allé aussi loin dans les sentiments entre deux personnages qui se découvrent, s'apprécient, puis apprennent au contact de l'autre. Pocahontas soutient à elle seule tout le scénario, et toutes ses actions auront à un moment ou un autre une portée sur le déroulement de la vie de ses semblables. John est d'ailleurs celui qui évolue le plus au contact de Pocahontas. Au départ aventurier emplit de préjugés raciaux, son personnage va s'affiner et prendre conscience de ses erreurs, pour nous mener sur le plus beau dénouement d'un film animé, Pocahontas lui accordant alors la plus belle preuve d'amour. Il est indéniable que le culot extraordinaire de Disney de rendre la relation amoureuse aussi crédible entre Pocahontas et John Smith est le plus bel attrait du film.

Pocahontas, une légende indienne n'est cependant pas dénué de tout autre intérêt, et il faut reconnaître qu'il met en lumière un aspect noir de la conquête du Nouveau Monde, en présentant la cupidité des européens qui sont venus pour la richesse et la gloire, au mépris de toute frontière éthique. Les personnages sont alors avides de pouvoir, même si Disney préfère légèrement gommer cet aspect sur l'ensemble des colons, pour ne concentrer cette facette que sur l'infâme Ratcliffe. Meneur d'homme averti, et beau parleur avéré, Ratcliffe utilise la crédulité et la cupidité de ses troupes pour assouvir ses désirs les plus infâmes. Ce qui le conduit à déclencher la guerre avec les indiens. Le conflit est d'ailleurs loin d'être survolé, puisqu'il fait tout de même plusieurs victimes, dont l'une d'entre elle se révèle d'ailleurs dramatique pour un film signé Disney. Assurément, Disney a parié gros avec ce film, et le résultat est globalement réussi.

Pourtant, Pocahontas, une légende indienne pêche sur plusieurs points, à commencer par les seconds rôles (les animaux), avec à leur tête le trio Percy/Meeko/Flit particulièrement inutile tout au long du film. Leur présence, traditionnelle chez Disney, ne permet que de faire oublier aux jeunes enfants la froideur du propos du film (la cruauté des colons envers les amérindiens), et ne font que casser le rythme du scénario par leur intrusion beaucoup trop fréquente. Cette constatation s'applique d'ailleurs à l'intégralité des animaux apparaissant dans le film, s'évertuant d'ailleurs à un moment donné à nous montrer Pocahontas entourée d'animaux malicieux devant Grand Mère Feuillage, tout comme Blanche-Neige en son temps, qui s'était perdue dans la forêt. Séquence enfantine par excellence, mais qui a bien du mal à se justifier dans le film. Il manque également cruellement d'humour, car en dehors du trio, la tension est palpable tout au long du film entre les humains, ce qui donne un aspect maladroit au scénario. Il est également finalement assez douteux que Pocahontas et John Smith arrivent à se comprendre convenablement en à peine quelques minutes ! Dernier point assez caractéristique, Pocahontas donne plus l'impression d'être une militante de l'écologie que du respect envers les uns et les autres.

Mis à part ces aspects, finalement secondaires, on ne peut qu'apprécier la finesse de l'animation et des décors. On pourra reprocher quand même ces étranges arbres aux troncs infinis qui ne sont en toute logique pas présent en Virginie. Pocahontas a bénéficié d'une attention toute particulièrement, et l'on admire la remarquable animation de ses déplacements. Seul son visage a du mal à accrocher le spectateur, changeant du tout au tout d'une scène à l'autre. Glen Kean a d'ailleurs par la suite reconnu avoir eu beaucoup de difficultés pour arriver à dresser le portrait d'une héroïne courageuse et célèbre. Les effets spéciaux sont nettement plus discrets dans ce film, mais tout aussi exemplaires. A commencer par la remarquable animation 3D de Grand-Mère Feuillage, qui n'a toujours pas pris la moindre ride de nos jours. L'émission M6 Kids diffusée par M6 en France en 1995 consacrera d'ailleurs un mois entier au film, et traitera à plusieurs reprises de la qualité de l'animation de ce personnage.

Annoncé comme la plus grosse production des Walt Disney Animation Studios, Pocahontas, une légende indienne a finalement souffert d'être parue après Le roi lion. Probablement trop ambitieux pour le résultat final porté à l'écran, le film se veut toutefois une magnifique histoire romantique, sur fond de réalité historique et tragique, transgressant toutes les habitudes instaurés par Disney jusqu'à lui. Les années 90 sont décidément les années du changement, et il n'est pas étonnant qu'elle soit aujourd'hui l'une des préférées post-Walt Disney. Pocahontas, une légende indienne est un conte magnifique à l'animation remarquable et secondé par une bande originale juste et sincère.

8 juillet 2008 par Olikos