Tarzan : Quelques informations

A vue de nez, il s'agit de quoi... la 48ième version de Tarzan ? Il n'y a pas à dire le roman d'Edgar Rice Burroughs a fait le tour du monde. Encore une énième version. Mais il s'agit tout de même d'une version animée par Disney ! Le film est sorti en salle le 24 novembre 1999, il s'agit du dernier film de la décennie 90 en France.

Le film possède un doublage québécois, il ne s'agit par contre pas du dernier long métrage animé de la décennie 90, même si sa sortie a été programmée à juin 1999. En effet Histoire de jouets 2 cloture la décennie en novembre 1999 au Québec.

Insolite : Tarzan a été dessiné et animé en France, alors que Jane a été dessinée et animée aux États-Unis. Leur rencontre n'a finalement lieu qu'à l'écran. Mais ne serait-ce pas Mrs Samovar et Zip de La belle et la bête qui font une courte apparition ?

Non content de chanter dans la version originale, Phil Collins pousse la chansonnette en Français, Allemand, Espagnol et Italien !

Beaucoup de dessinateurs affirment que dessiner un homme est plus difficile que dessiner une femme. Alors là, ils font encore plus fort, il dessine le premier adulte à demi-nu (il avait Mowgli autrefois, mais c'était un enfant).

Résumé

Dans la jungle sauvage et exotique, une femelle gorille adopte un bébé orphelin et le prénomme Tarzan. Le chef de la tribu, Kerchak, voit d'un mauvais oeil l'arrivée dans son groupe de ce singe blanc. En grandissant au côté de Tok, la guenon espiègle et farceuse, et de Tantor, l'éléphant anxieux, Tarzan développe les instincts et l'agilité de ses compagnons. Il apprend ainsi à se déplacer en surfant sur les branches des arbres et en volant de liane en liane à la vitesse du vent. Lorsqu'il aperçoit Jane, jeune exploratrice intrépide et délicate, il découvre soudain un être qui lui ressemble et qui l'attire irrésistiblement... Tarzan va devoir choisir entre deux mondes : la famille animale qui l'a élevé ou le monde civilisé qu'il rêve de découvrir.

Analyse de l'oeuvre

Tarzan ne fait pas vraiment parti des incontournables de mon point de vue, pas parce qu'il n'est pas bon (loin de là) mais plutôt parce que son thème a été vu, vu et revu constamment au cinéma et à la télévision. Au bas mot, une cinquantaine de versions différentes se sont bousculées avant la version Disney. Il succédait d'ailleurs au film "Tarzan et la cité perdue" sorti en salle moins de deux ans avant lui. Bref, Tarzan ne semblait par vraiment briller même si le prestige de la marque Disney semblait capable de relever le défi. Le film ne m'a donc dès l'origine pas vraiment attiré, il faut dire que les bandes annonces de l'époque n'étaient pas si alléchantes, avec leur étrange combinaison d'extraits du film et de séquences réelles en skateboard. J'ignorais même à ce moment là que Phil Collins était présent au générique, c'est dire !

Pourtant, Tarzan marque un certain tournant au sein des Walt Disney Animation Studios, il s'agit de leur ultime film à sortir durant la décennie 1990. Celle du renouveau, celle qui a relancée le prestige du groupe, mais aussi conduit maladroitement vers son ternissement des années 2000. Tarzan n'y échappe donc pas, et semble se placer en "pilier central", essayant de réutiliser tout ce qui a fait le succès des années 1990 tout en amorçant les nouvelles idées des années 2000. Commençons d'ailleurs par ce qui dérange le plus dans Tarzan : ses décors. A mi-chemin entre le film 2D à la sauce 3D ou 3D à la sauce 2D, on alterne maladroitement les deux techniques tout au long du film. Au lieu de s'harmoniser parfaitement comme par le passé, les deux styles d'animations se font une concurrence féroce l'une envers l'autre, particulièrement lors des impressionnantes - et inutiles - séquences de surf à travers les arbres. Si visuellement ces passages rapides sont bluffants d'un point de vue technique, elles se révèlent trop vite complètement irréelles et donc illogiques. La 3D n'est ici pas du tout bien exploitée et ne parvient jamais à vraiment convaincre comme avait su le faire Grand-Mère Feuillage dans Pocahontas, une légende indienne ou la foule immense de Mulan ou Le bossu de Notre-Dame.

L'autre point qui dérange vient de la trop grande implication de Phil Collins dans l'oeuvre. Au moment de sa sortie Roy Disney partagera d'ailleurs le même avis que le mien : il monopolise beaucoup trop la partition musicale du film ! S'il offre incontestablement une richesse incroyable au récit, il ne laisse à aucun moment la moindre chance aux personnages d'exprimer leurs sentiments. Contrairement à Ariel, Belle ou même Simba, le fait que Phil Collins chante à leur place crée une forte dissonance et rompt tout lien émotionnel avec eux. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, j'ai toujours eu en horreur les comédies musicales gesticulant et dansant à outrance (comme Mary Poppins et tous les équivalents traités sur ce site), mais j'ai toujours adoré voir un personnage Disney chanter dans un film. Là où les mots ne peuvent pas tout exprimer, une belle chanson bien interprétée fera passer un message fort et intime sur le sentiment animé par celui qui le chante. Dans Tarzan, Phil Collins empêche inexorablement tout rapprochement avec ces personnages. Je trouve ça fort dommage. Heureusement, Phil Collins révisera bien vite sa copie et livrera une meilleure partition sur Frère des ours. Même si une fois encore il s'accaparera les chansons, il impliquera bien mieux Koda. Ici, en dehors d'un minuscule couplet fredonné par Kala, la totalité des chansons sont exclusivement de Phil Collins. C'est probablement pour cette raison que je ne porte pas une place importante à ce film.

Il n'empêche, le film possède d'indéniables qualités. A commencer par Tarzan lui-même. Son aspect sauvage fait ici de grandes merveilles, plus encore que la démarche animale de Pocahontas. Si celle-ci faisait partie d'une tribu, tout en adoptant des attitudes sauvages, Tarzan n'a lui jamais connu la civilisation. Ses seuls modèles, ses seuls "parents", se sont les gorilles qui l'on recueilli. Inévitablement il adopte une démarche similaire et un comportement animal très prononcé. Jusqu'à sa première rencontre avec Jane. Ironiquement, Tarzan devient le premier personnage animé de la collection numérotée entièrement déshabillé. De quoi faire jaser la gente féminine et masculine, mais ne tombe jamais dans la vulgarité malgré le seul pagne qui le vêtit. Quel que soit l'artiste de dessin ou d'animation interrogé, une constante revient souvent : il a toujours été plus difficile de dessiner et animer un homme qu'une femme. Pourquoi ? Je l'ignore, n'étant pas artiste. Pour les besoins du film et du personnage, les animateurs eurent donc besoin de peaufiner l'anatomie humaine tout en étudiant le monde animal. Au final, Tarzan est un personnage extrêmement bien conçu, parfaitement crédible et pour lequel on peut suivre une fulgurante progression tout au long du film. Une très belle réussite en fin de compte.

Le scénario du film ne peut par contre pas vraiment soutenir la comparaison. Trop souvent vu à l'écran, des centaines de fois réinterprétés ou adaptés, Tarzan est devenu une icône incontournable et quasiment intouchable. Si la majorité des sources du récit sont étroitement liés aux romans de Edgar Rice Burroughs, Disney parvient à réinventer le mythe et à se l'approprier. La rencontre entre Tarzan et Jane reste un monument du cinéma d'animation sans le moindre doute. Très vite d'ailleurs, le récit gravitera toujours autour de ce couple hétéroclite, rappelant immanquablement le thème de la belle et de la bête. Toutefois, il inverse les rôles titres, puisque c'est ici la bête qui apprend et ouvre le cour de la belle. Non, la force première du film reste le couple vedette Tarzan et Jane. On s'y attendait un peu de la part de Disney, mais c'est tout ce que l'on demandait au film. Pour l'anecdote, il est aussi amusant de se remémorer que l'animation de Jane a été confiée aux artistes américains, pendant que Tarzan était animé par des artistes français. Les deux personnes ne se rencontrent finalement la première fois qu'à l'écran en même temps que nous découvrons le début de leur relation ! Finalement, les autres personnages deviennent rapidement secondaires. Que ce soit du côté du groupe des gorilles (Kerchac, Kala, Tok) que des humains (Professeur Porter, Clayton), ils sont assez anecdotiques et ne font pas vraiment progresser l'histoire. A l'exception notable de Tantor franchement cocasse et attendrissant, que l'on adore voir se démener, frissonner ou s'époumoner pour pas grand chose.

Déséquilibré durant toute la projection du film, Tarzan n'arrive jamais à se décider entre l'animation 2D et 3D, semble oublier des personnages forts au profit de personnages inutiles, il ne parvient pas non plus à impliquer le spectateur dans son intrigue à cause de l'omniprésence de Phil Collins. Pour autant, le film reste agréable à suivre par l'incroyable potentiel de Tarzan lui-même et de l'adorable mais un peu trop naïve Jane. Si vous parvenez à adopter ces deux là, vous passerez un excellent moment en leur compagnie. Tarzan semble malheureusement trop marqué par une sorte de passage de flambeau entre l'incroyable richesse des années 1990 et la douloureuse désillusion des années 2000. Il reste toutefois une vision personnelle du groupe Disney de Tarzan, et même si on a déjà suffisamment fait le tour du personnage ailleurs, le film est un agréable divertissement.

12 février 2009 par Olikos