Atlantide / Atlantis - L'empire perdu : Quelques informations

Après deux comédies musicales, l'équipe de La belle et le bête et de Le bossu de Notre-Dame renverse la vapeur pour réaliser un film d'aventure épique très adulte, sans la moindre chanson, sur le plus célèbre mythe mondial : l'Atlantide. Le film sort en France le 28 novembre 2001.

Le film possède un doublage québécois. Il est intitulé Atlantis - L'empire perdu. On pourra expliquer cette différenciation du titre français et québécois par deux réponses possibles. Atlantis est en effet le nom en grec de l'Atlantide. Mais dans le langage courant, on assimile généralement qu'Atlantis est la ville principale qui se trouve sur l'île (ou le continent selon les versions) de l'Atlantide. J'ignore par contre à laquelle des deux solutions se rapporte le choix final de la version québécoise. Une fois encore, le Québec eu le privilège de découvir le film en premier, puisqu'il est sorti en juin 2001.

Le film contient de troublantes similitudes avec le film japonais : "Le château dans le ciel", notamment le cristal bleu source de pouvoir, le continent perdu qu'il faut retrouver, et les statues gardiennes du lieu caché. Il s'inspire également de "Nadia et le secret de l'eau bleue", dont plusieurs séquences visuelles sont quasiment identiques d'un film à l'autre.

Le saviez-vous ? Helga conduit la réplique exacte de la voiture de Cruella d'Enfer. Le bruit des véhicules des Atlantes vous rappelle quelque chose ? Bien vu, le mixage ayant été effectué au Skywalker Ranch de Georges Lucas, le son a été emprunté dans le catalogue des bruitages des véhicules de "Star Wars - Episode 1 : La menace fantôme".

Pour les besoins du film, Mark Orknaud a élaboré un véritable dialecte spécifique pour les Atlantes, ainsi qu'un alphabet. Il est également connu pour avoir aussi inventé les dialectes Vulcains et Klingons de "Star Trek".

Assez ironiquement, Gary Trousdale reprocha longtemps la concurrence impitoyable de son film face à "Skrek" qu'il trouvait extrêmement médiocre. Après avoir quitté le groupe Disney, il aura finalement la charge de réaliser "Joyeux Noël Shrek" et "Shrek, fais-moi peur !" quelques années plus tard.

Résumé

1914. Milo Thatch, un jeune cartographe et linguiste, cantonné à des tâches subalternes, rêve de partir à la recherche de l'Atlantide comme l'avait fait jadis son grand-père. Justement, Withmore, un milliardaire excentrique, lui propose de se joindre à une expédition. Son rôle sera de déchiffrer un mystérieux manuscrit qui révèle l'emplacement de l'empire disparu. Il accepte et prend place, avec une équipe d'audacieux explorateurs. Ils entament un long voyage qui va les confronter à de redoutables dangers.

Analyse de l'oeuvre

Troisième et dernière collaboration sur un long métrage animé de la collection numérotée, Kirk Wise et Gary Trousdale éditent sans le moindre doute l'une des plus belles fresques autour de la mythique citée Atlantis, sur le non moins célèbre continent perdu de l'Atlantide : Atlantide, l'empire perdu. Ce duo s'est par deux fois illustré sur deux comédies musicales La belle et la bête et Le bossu de Notre-Dame, tout en abordant des thématiques extrêmement fortes. Chacun des trois films sans exception met en place des êtres à part, dont la destinée est incertaine, et qui finissent par trouver une voie qu'il n'espérait jamais atteindre, faisant ressurgir tout ce à quoi ils avaient aspiré. Chacun des personnages des trois films est ainsi similaire, va dans ce sens, et semble d'ailleurs aller par paire : Belle et la bête, Quasimodo et Esméralda, ici Milo et Kida. Ces derniers en effet sont tout autant mal assortis que ne l'étaient leurs prédécesseurs Disney. Pourtant leur complicité se ressent vite à l'écran, et chacun apprend au contact de l'autre.

Contrairement à leurs deux précédents films, Atlantide, l'empire perdu fut accueilli froidement par le public, qui ne s'attendait pas à ce que ce film leurs soit autant opposé. Il faut dire que le même jour que sa sortie en salle, il du rivaliser avec "Tomb Raider". Point de chanson dans le récit, aucun personnage réellement fort dans l'intrigue, et un thème finalement déjà abordé trop souvent. Mais ce que le public oublie souvent dans un film d'aventure, c'est que les héros de l'histoire ne sont jamais les personnages. Non, ce que l'on attend d'un film d'aventure c'est de découvrir la quête des personnages, ses mystères et ses révélations. Ici, la seule et unique vedette du film reste la cité d'Atlantis, magnifiquement représentée. Sa première apparition à l'écran reste par ailleurs l'une des plus éblouissantes séquences d'un long métrage animé de Disney. Et bien que le récit soit finalement assez prévisible pour tout amoureux de mythes et de films d'aventure, le film de Disney réussi à ne pas ennuyer ses spectateurs, disséminant ça et là plusieurs indices, telle une chasse au trésor.

Ce qui est constamment reproché à Atlantide, l'empire perdu, c'est sans nul doute la trop grosse palette de personnages. Trop nombreux au goût de certains, il devient vite difficile de cerner la personnalité de chacun d'entre eux. Pourtant, une fois encore, cela donne au contraire une richesse incomparable au film. Elle laisse ainsi le spectateur libre de toute imagination sur chacun des personnages. Une très rapide description de chacun est donné peu avant la découverte de la citée perdue, pourtant, il faut y voir ici une note humoristique très bien dosée. Car au final, on n'apprend réellement rien de leur passé. Le spectateur se retrouve alors dans la même situation inconfortable que Milo, qui se retrouve malgré lui au milieu d'un groupe qu'il ne connaît absolument pas, et au sein duquel il n'arrive pas à s'intégrer. Au contact d'eux il finira par s'améliorer, mais aussi à instruire ses compagnons. On reprochera quand même que Milo est l'archétype du bibliothécaire/archéologue binoclard dont il reprend, à quelques variantes près, le personnage de Daniel Jackson dans le film "Stargate" (et la série du même nom). Ce dernier évoluant d'ailleurs exactement de la même façon. Mais qu'importe, la sauce prend, et on adhère à ce personnage plus proche du téléspectateur qu'un héros "m'as-tu-vu" prétentieux et qui sait tout sur le bout des doigts.

A l'opposé, les atlantes sont malheureusement trop peu exposés. A l'exception de Kida, volontairement mise en avant, tous les personnages auraient mérité un meilleur traitement. Particulièrement son père dont il est difficile de se rendre compte que ce dernier a perdu la vue lorsque la cité a sombré sous les flots, et qu'il a du sacrifier sa femme dans sa folie destructrice. Difficile en effet d'avoir une quelconque compassion pour ce personnage mourrant, sa rédemption n'étant pas vraiment mise en avant et à peine évoquée. Difficile aussi de croire que tous les atlantes sont capables de parler toutes les langues du monde. On remarquera que lors de leur première rencontre Milo et Kida vont discuter en plusieurs langues, de la plus ancienne à la plus récente. Ce qu'aucun spectateur non-linguiste n'aura pu saisir. Ils passent ainsi de l'Atlante (qui fut créé spécifiquement pour l'animé, et dont une écriture fut même élaborée), au latin jusqu'à l'anglais puis le français (dans le sens contraire dans la VO). Une fois arrivé sur la cité, le passé d'Atlantis n'est quasiment pas dévoilé, le récit se recentrant rapidement sur l'intrigue principale de Atlantide l'empire perdu (à savoir la découverte d'un objet précieux), peut-être là son seul point faible. Car nous aurions aimé en apprendre plus sur l'un des mythes les plus célèbres du monde. Sans doute s'agit-il ici d'un manque évidemment de nouveautés à apporter au thème, qui est beaucoup trop connu et dont des milliers d'explications ont déjà été données.

La narration se veut rapide, et chaque situation s'enchaîne sans aucun temps mort. Le format cinémascope du film donne d'ailleurs toute l'émotion et une richesse incomparable à l'aventure. Difficile en effet d'arriver à replonger dans le film lorsqu'on l'a connu au cinéma. La magnificence des décors, la perfection du trait, et l'action ne pouvant être vraiment revécus convenablement sur un écran de télévision, quelle que soit sa taille. Sans compter sur l'un des aspects que j'ai gardé sous silence jusqu'ici : sa bande originale !

L'une des autres forces du récit, en dehors de la quête des héros, et de la prestance des graphismes, reste incontestablement les musiques composées par James Newton Howard. Un choix superbement judicieux pour un tel film (il réalisa aussi celle de Dinosaure). La moindre note accompagne chaque moment fort de l'intrigue de façon puissante et exceptionnelle. Rajoutant un côté onirique au film, et un aspect mystérieux. Qui aura aimé le film se sentira obligé d'aller se procurer le disque de la bande originale, ce serait une hérésie que les deux ne soient pas liés. Seule la chanson de fin, destinée à promouvoir le film, fait pâle figure en défigurant l'harmonie parfaite de toutes les musiques du film. Elle n'est heureusement pas mauvaise, ni en français, ni en anglais, mais semble ne pas vouloir s'intégrer parfaitement au film, et donner un sentiment d'oeuvre pour enfant dont le film n'avait pas besoin. Par la même, Atlantide l'empire perdu est à l'image de Bernard et Bianca au pays des kangourous autre film dépourvu de chanson, un grand film d'aventure épique, superbement mis en image, à la narration concise mais ouverte à l'imagination, et offrant les plus beaux décors jamais vus dans un long métrage animé de Disney.

Atlantide, l'empire perdu se doit de retrouver ses lettres de noblesses légèrement effritées par la presse et certains fans, c'est une oeuvre magnifique au graphisme incomparable, évoquant les mythes, l'archéologie, l'aventure, la science fiction, et le frisson de la découverte, comptant une brochette de personnages amusant, humains et crédibles, et accompagné d'une des plus belles bandes originales jamais écrites. Bien que l'absence flagrante de chanson se fasse ressentir, ce film est un complément indéniable de La belle et la bête et Le bossu de Notre-Dame qui bénéficient tous les trois du talent de Kirk Wise et Gary Trousdale, et dont ils agrémentent chacun d'entre eux de tout leur talent. Une belle réussite artistique, qui rend aussi un bel hommage à l'un des plus grands mystères de tous les temps.

16 juin 2008 par Olikos