Monstres & Cie / Monstres Inc. : Quelques informations

Le film sort en salle le 2 novembre 2001 au Québec, sous le titre Monstres, Inc., puis le 20 mars 2002 en France sous le titre Monstres & Cie. Le long métrage dispose de deux excellentes versions francophones par ailleurs analysées sur le site. Notons au passage que les noms de certains personnages ont été modifiés dans la version française.

Ce long métrage fait parti de ces quelques films qui subissent des alterations visuelles entre la version américaine originale et les version internationales. Par exemple, au tout début du film, la version américaine propose les expressions "Don't Stalk" et "Stalk" afin de pouvoir traverser la route. Cette expression anglo-américaine étant intraduisible en l'état à travers le monde, elle a été remplacée par deux pictogrammes dans les versions internationales. Toy Story 2 avait subit le même procédé, où un arrière plan mettant en scène un drapeau américain, avait été remplacé par un globe reprensant la Terre sur les versions internationales.

Résumé

Monstropolis est une petite ville peuplée de monstres dont la principale source d'énergie provient des cris des enfants. Monstres et Compagnie est la plus grande usine de traitement de cris de la ville. Grâce au nombre impressionnant de portes de placards dont dispose l'usine, une équipe de monstres d'élite pénètre dans le monde des humains pour terrifier durant la nuit les enfants et récolter leurs hurlements. Le Terreur d'élite le plus réputé s'appelle Jacques Sullivent, alias Sulli. C'est un monstre cornu de 2m40 de haut à la fourrure bleu-vert tachetée de violet. Une nuit, alors qu'il se trouve à l'étage de la terreur, il s'aperçoit qu'une porte de placard n'a pas été fermée correctement. Pour vérifier que tout est en place, il l'ouvre, permettant sans le vouloir à Bouh, une petite fille, de pénétrer dans son monde.

Analyse de l'oeuvre

N'ayons pas peur de l'affirmer dès la première ligne, Monstres & Cie est à mes yeux l'oeuvre de l'excellence de Pixar ! En d'autres termes, je considère ce long métrage comme la meilleure production du studio depuis sa fondation,ni plus, ni moins. Si vous n'êtes pas d'accord avec ça, passez vite votre chemin, je ne vais ici que prêcher les convaincus ! Car, soyons sérieux, qui d'entre vous - oui vous aussi qui lisez ces lignes - arrivera à me faire croire que vous n'avez pas craqué une seule minute pour Bouh ? La jeune humaine est tout bonnement irrésistible ! Pixar l'a hissé comme le personnage féminin le plus adorable, le plus tendre et le plus enjoué de toute sa filmographie. Au point de me permettre d'affirmer sans détour que c'est bien elle, et non Bob ni Sully, l'héroïne majeure de toute l'intrigue. Car en réalité, le propos de Monstres & Cie, c'est qu'il faut dépasser ses peurs et ses préjugés ! Oui, il est ici l'élément clé insufflé avec brio dans le film réalisé par Pete Docter.

Monstres & Cie peut raisonnablement être assimilé à un drame en trois actes. Pour ceux qui ne connaitrait pas, un petit rappel historique. La notion d'acte vient du théâtre, elle signifie que l'histoire est découpée en plusieurs grandes parties narratives, entre trois et cinq la plupart du temps, entrecoupées par des entractes permettant aux comédiens de souffler un peu et aux techniciens de changer les décors. On doit cependant ce gimmick à Agatha Christie qui publia en 1934 une nouvelle aventure inédite de son célèbre Hercule Poirot intitulé Drame en trois actes. Dans ce roman, Agatha Christie s'efforce de construire une intrigue comme une pièce de théâtre, découpée en trois parties majeures (Soupçons, Certitude, Découverte) dans laquelle son héros va pouvoir petit à petit démasquer le coupable. L'oeuvre a particulièrement marqué le public américain qui, depuis le siècle dernier, a continuellement renouvelé cette ficelle narrative dans la littérature, le cinéma, les séries télévisées, voire, même si plus rarement, les jeux-vidéo. Monstres & Cie est découpé presque de la même manière, avec des thématiques relativement proche de l'intrigue policière d'Hercule Poirot, que je résumerai ici comme étant Acte 1 Découverte, Acte 2 Soupçons et Acte 3 Certitude.

Le premier acte s'ouvre ainsi sur la présentation de Monstropolis et court jusqu'à l'introduction de Bouh dans le récit. Cela représente approximativement le premier tiers du film. Dans cette première partie, Monstres & Cie pose les bases de son univers, définit ses enjeux et présente le contexte du récit. Les monstres vivent dans un ville contemporaine, très proche d'une des nôtres, alimentée par une électricité produite par une étrange source : le cri d'effroie de jeunes enfants ! Premier problème, les enfants du monde moderne ont désormais toutes les peines du monde à être effrayé par quoi que ce soit. Les monstres doivent donc redoubler de vigilance pour ne pas gaspiller leurs ressources, y compris Bob qui ne peut plus conduire sa voiture électrique. Deuxième problème, les enfants sont toxiques pour les monstres. Ils doivent donc constamment éviter de se faire toucher par eux ! Cela constitue une incongruité, puisque ceux qui souhaitent effrayer les enfants sont en réalité effrayés par eux ! L'ingéniosité de cette première partie de Monstres & Cie est de partir d'une peur commune à la plupart des enfants du monde, pour la transposer dans un univers décalé. Une fois la nuit tombée, l'imagination des enfants leur fait voir d'étranges monstres cachés sur leur lit ou, comme c'est le cas dans le film, dans leur placard. Qui n'a jamais connu, en tant qu'enfant ou en tant que parent, ce rituel "d'exorcisation" du monstre avant d'aller se coucher ?

La différence majeure ici avec cette peur infantile, c'est qu'elle a une véritable raison d'être dans Monstres & Cie. Les montres existent bel et bien dans cette réalité, ils rivalisent d'ingéniosité pour maximiser leurs chances et éviter le dépôt de bilan de la société qui les emploie. Tout semble donc marcher comme sur des roulettes pour Bob et Sully, sacrés depuis plusieurs années comme le duo le plus performant. Ils vivent une vie paisible, enfermés dans une sorte de routine, ne remettant jamais en question leur quotidien de monstre. Cette première partie de l'intrigue est également l'occasion des présentations avec Bob et Sully, constitué à partir du cliché assumé du chétif au grand cerveau, accolé au benêt aux gros biceps. L'illusion est totale pour le spectateur qui ne se doute à ce moment là pas un instant du rôle de chacun d'eux dans l'intrigue. Car n'oublions pas que Monstres & Cie est écrit comme un grand jeu de dupe : rien de ce qui paraît n'est forcément réel ! C'est alors qu'entre en scène l'élément perturbateur, qui va remettre en cause tous les acquis du duo.

Le second acte débute précisément au moment où Bouh entre en scène et s'achève lorsque le lien de confiance entre elle et Sully se brise. Là encore, exactement un nouveau tiers du film s'est écoulé (soit environ 30 minutes) pour exposer cette partie ingénieuse du récit. L'adorable Bouh va nouer une improbable relation d'amour filial avec l'immense Sully, qui se révèle finalement un coeur tendre. Celle qui semble n'être qu'un second rôle perturbateur réussit en réalité à transformer un grand gaillard plein de préjugés et, par rebond, une société toute entière ! Cela est bien entendu amené progressivement durant l'intrigue, de façon parfaitement dosée. Ce second acte est également l'occasion pour Pixar d'offrir aux spectateurs des situations à la fois ubuesques et délicieuses, tant elles font rire, parfois jusqu'au larmes, devant les péripéties vécues par les personnages. Là encore, Bouh est la cause de tous les maux. C'est elle qui déclenche, involontairement par sa candeur, des situations improbables que Bob et Sully doivent dépatouiller en conservant le plus longtemps possible leur sang-froid. Plus le film avance, plus cela s'avère être une véritable gageure pour eux ! Dans ce deuxième acte, Monstres & Cie use et abuse avec délectation des faux-semblants afin de ramener Bouh chez elle, envers et à l'insu de tous !

Arrive alors l'ultime acte de cette somptueuse épopée, là encore pour un tiers de la durée, qui va jusqu'à la conclusion de l'intrigue. C'est l'occasion d'une introspection pour les personnages et les spectateurs. C'est également l'heure des choix : faut-il se contenter de ce que l'on possède déjà, quitte à ce que cette routine n'ait à terme pas de lendemains heureux ? Ou faut-il au contraire s'affranchir des idées préconçues pour aller de l'avant ? Bob, Sully et Bouh vont pourtant être privés de ce choix. Ils n'en auront pas l'occasion, ni le temps nécessaire pour le faire consciemment. La solution va littéralement leur tomber dessus, sans crier garde, de manière intime et logique, presque à la manière d'un acte de foi. Les héros doivent lutter pour faire changer le point de vue que les autres ont envers eux, pour faire grandir le monde dans lequel ils vivent. D'une certaine manière, les trois actes du récits sont le reflet de l'enfance avec ses peurs, ses doutes et ses changements. Plus que Bob et Sully, c'est Bouh qui s'est métamorphosée à la fin du récit. C'est logique en soit, puisque Pete Docter s'est vraisemblablement inspiré de sa relation avec sa propre fille dont il explorera, bien des années plus tard, les tourments de l'adolescence dans Vice-versa. Ce qui renforce cette idée que Monstres & Cie est une ôde à la relation père-fille.

Pour atteindre ce tel degré de finesse et de perfection, le studio Pixar met les petits plats dans les grands afin d'offrir au public un spectacle tout aussi émouvant que soigné. Monstres & Cie repousse une nouvelle fois les limites du possible dans l'imagerie numérique et parachève, pour la seconde fois de son histoire après Toy Story 2, l'art de concevoir un univers 3D merveilleux et crédible qui ne vieillit pas trop prématurément avec les années qui passent. Certes, on pourra reprocher au long métrage de compter quelques scènes qui semblent assez vide de toute vie (rien à voir avec la foule compacte vue dans Les nouveaux héros par exemple), mais le long métrage garde une certaine cohérence narrative, tout comme visuelle, permettant de s'affranchir de ce léger handicap. Sully reste également encore aujourd'hui un petit bijou animé, dont l'impressionnante fourrure l'assimile encore à une énorme boule de poil tout à fait crédible.

Pour la quatrième fois successive, le studio Pixar confie à Randy Newman le soin de réaliser la bande originale de Monstres & Cie. Celui-ci crée une vrai ambiance de polar, ceci dès l'introduction pour les besoins du formidable générique en 2D qui ouvre le film. Le reste du temps, Randy Newman mélange des thèmes très discrets, parfois à peine perceptibles en fond sonore, avec des thèmes majeurs qui restent gravés en mémoire dès lors qu'ils sont entendus. A défaut de connaître une présentation détaillée, chaque lieu bénéficie d'un thème qui lui est propre, que ce soit la ville de Monstropolis, la société Monstres et Compagnie, ou encore le restaurant Harryhausen. C'est aussi le cas de la plupart des personnages. Enfin, de la même manière que le récit se décompose en trois actes, Randy Newman propose une bande originale qui suit globalement ce même découpage. La différence de tonalité est flagrante entre la légèreté sonore au début du film et le côté dramatique durant les scènes de poursuites vers la fin du film. Cependant, la bande originale garde une certaine cohérence dans la structure musicale, comme si Randy Newman nous prépare au fur et à mesure au dénouement de l'histoire. Une réussite donc.

Monstres & Cie reste toujours aujourd'hui une oeuvre brillante et palpitante, formidablement mise en scène et qui compte un nombre conséquents de personnages vraiment charismatiques. Avec ce quatrième long métrage le studio Pixar élève l'émotion à un niveau qu'il n'a, à mes yeux, plus jamais réussit à atteindre jusqu'à présent. Monstres & Cie est une histoire tendre et sensible, baignée d'un soupçon de comédie policière, qui résonne toujours à l'unisson dans le coeur des spectateurs qui l'apprécient. En d'autres termes, un chef d'oeuvre, le second et dernier du studio avant mon profond désamour pour toutes leurs productions successives !

20 octobre 2016 par Olikos

Voxographie sélective

Doublage québécois d'origine (2001)

James P. "Sulli" Sullivan : Denis Mercier  1

Mike Wazowski : Alain Zouvi  1

Boo : Catherine Léveillé  1

Randall Boggs : Pierre Auger  1

Henry J. Waternoose : Vincent Davy  1

Célia : Linda Roy  1

Roz : Johanne Garneau  1

Fungus : Daniel Lesourd  1

Jerry : Jacques Lavallée  1

Yéti : Daniel Picard  1

Mlle Flint : Anne Bédard  1

Bile : Olivier Visentin  1

George Sanderson : Hubert Gagnon  1

Needleman : Martin Watier  1

Smitty : Joël Legendre  1

Pete "Claws" Ward : Pierre Chagnon  1

Assistant de "Claws" : Antoine Durand  1

Tony : Manuel Tadros  1

Annonceur télé : Yves Corbeil  1

Voix du simulateur : Madeleine Arsenault  1

Doublage français d'origine (2002)

Jacques "Sulli" Sullivent : Jacques Frantz  2

Robert "Bob" Razowski : Éric Métayer  2

Bouh : Lola Krellenstein  2

Léon : Dominique Collignon-Maurin  2

Waternoose : Richard Darbois  2

Célia : Claire Keim  2

Germaine : Isabelle Leprince  2

Yéti : Henri Guybet  2

Fouine : Jean-Loup Horwitz  2

Albérique : Luq Hamet  2

Ferdinand : Emmanuel Curtil  2

Tony : Emmanuel Curtil  2

Responsable d'étage : Pascal Casanova  2

Mme La Fuite : Évelyne Grandjean  2

Bill : Pascal Novak  2

Georges : Boris Rehlinger  2

Publicité "Monstres & Cie" : Jean-Claude Donda 2

Rex : Henri Guybet  2 (Caméo bêtisier)

Voix aditionnelles : Stéphanie Lafforgue 2 , Jérôme Pauwels 2 , Jérémy Prévost 2