Frère des ours / Mon frère l'ours : Quelques informations

Il s'agit de l'avant dernier film en 2D avant les cuvées 3D des Walt Disney Animation Studios. Ce film est sorti dans nos salles obscures françaises le 28 janvier 2004. C'est à dire que le film est sorti en salle avant Le roi lion 3 : Hakuna Matata, hors ce dernier porte un numéro inférieur. Encore une bizarrerie de la numérotation française.

Le film possède un doublage québécois, paru le 1er novembre 2003. Il est intitulé Mon frère l'ours. Au Québec, le film est proposé en DVD aussi bien dans un recadrage 1.78:1, que dans le format cinéma respecté.

Pour la projection cinéma, ainsi que sur le DVD, le début du film est tourné au format 1.85. Lorsque Kenaï se transforme en ours, l'écran s'élargit et adopte le format CinemaScope 2.35. Cet effet spectaculaire ne peut malheureusement être revécu que lorsque vous possédez un écran 16/9ième. Le début du film est donc naturellement entouré de bandes noires de tous les côtés.

Résumé

Lorsque Kenaï, un jeune et impétueux Inuit, affronte un ours, qui a volé de la nourriture, Sitka, son frère aîné, sacrifie sa vie pour le sauver du féroce grizzly. Fou de douleur, le jeune Kenaï part à la recherche de l'ours et le tue. L'esprit de son frère apparaît et alors sous un jeu de lumières, le jeune Kenaï est transformé en ours par magie. Il restera ainsi jusqu'à ce qu'il se rende là où la lumière touche la montagne et que son frère décide de le retransformer en homme. Pourchassé par son autre frère qui le prend pour un ours, il va faire un périlleux voyage en compagnie d'un ourson Koda et de deux drôles d'élans.

Analyse de l'oeuvre

Frère des ours peut être considéré, avec toute la nostalgie qui se doit, comme étant l'ultime véritable Grand Classique des Walt Disney Animation Studios avant le passage au tout numérique. Si La ferme se rebelle cloturait six décennies d'animation en deux dimensions dans la morosité, Frère des ours est un hommage à tout le savoir faire du début des années 90. Véritable retour aux sources en cette année 2004, où l'histoire touchante d'un humain métamorphosé en ours est un véritable ravissement.

Il faut d'ailleurs voir ce film de ce point de vue, sinon, vous n'y verriez qu'une succession de plans, de sonorités, d'émotions, de larmes et de rires piochés parmi les plus grands films des années 1990. Plus ou moins chaque séquence est un appel aux souvenirs des spectateurs : la course des élans s'inspirant de Le roi lion, la caméra tournant autour de Koda et Kinaï à la manière de Quasimodo sauvant Esméralda des flammes, les paysages féériques et en multiplan comme l'introduction de La belle et la bête, la métamorphose reprenant (à l'envers) l'animation de la Bête, la tribu indigène vénérant les esprits comme Pocahontas et son peuple... Sans doute destabilisant pour le public, et probablement trop réducteur pour les plus virulents critiques du film, Frère des ours est bien au contraire un pot pourri de tout ce qui a été fait de mieux dix ans plus tôt.

L'histoire est terriblement poignante, regorgeant de moments fabuleux de drolerie et de passages déchirant à la manière de la révélation finale et la rédemption de Kenaï. Une fois de plus, la tragédie emporte un personnage clef de l'intrigue très tôt dans le film, mais contrairement aux précédentes productions, il se transformera en esprit qui guidera ceux qui sont restés tout au long du film, virevoltant et accompagnant chacun de leurs déplacements. Seul un oeil attentif et touché par le destin de ce personnage parviendra d'ailleurs à le remarquer aux moments importants du scénario. Tous les personnages ont réellement leur importance dans le film, y compris les deux élans. Si au premier abord ils paraissent parfaitement anecdotiques et dignes des classiques « faire-valoirs Disney », les deux frangins dédramatisent finalement très bien le scénario plus adulte qu'il n'y paraît, et permettent aux plus jeunes de s'identifier à eux. Assez ironiquement, la relation des deux frères élans suivra pratiquement le même schéma relationel que Koda et Kenaï de façon plus édulcoré : tantôt comiques (Kenaï est un ours ridicule, comme les élans au début), tantôt amis (Koda et Kenaï se lient d'amitié, ce que feront aussi les élans), tantôt terrifiés (Poursuivis par le chasseur), tantôt fâchés (Kenaï révélant la vérité, un élan ayant cassé le bois de son frère), tantôt réconsciliés, puis finalement unis.

L'aspect visuel du film est incontestablement somptueux, il nous replonge dans nos plus beaux souvenirs de grands films de Noël Disney, perdus depuis l'année 2002 après pourtant 51 années de tradition annuelle. Il est donc d'autant plus cruel que ce dernier soit sorti en France au mois de janvier 2004, ratant par la même occasion la période novembre/décembre qui lui aurait été nettement plus propice. Un choix plus que douteux face à la qualité esthétique indéniable de l'oeuvre. Ce n'aura heureusement pas été le cas au Québec qui aura pu en profiter dès le mois d'octobre 2003. Le film réussit à démontrer tout le talent du studio Disney et offre ici une oeuvre visuellement parfaite. Il est vraiment inutile de chercher des défauts visuels dans Frère des ours, tant les artistes des Walt Disney Animation Studios se sont surpassés. Il est également intéressant d'évoquer le choix artistique inédit et particulièrement réussi au cinéma : le passage du format d'écran en 1.85:1 au cinémascope 2.35:1 lorsque Kenaï se transforme en ours. Toutes les éditions DVD du film respectent d'ailleurs ce double format, mais contraignent les téléviseurs à afficher des bandes noires de tous les côtés au début du film, assez désagréable sur un écran 4/3. Heureusement, l'espérience est rehaussée sur un téléviseur 16/9 et même en haute définition.

Musicalement, la partition de Frère des ours est nettement plus réussie que celle de Tarzan, dont Phil Collins avait également assuré la réalisation. S'effaçant enfin et avec bonheur pour laisser place aux seuls héros du film, Phil Collins parvient ici à nous lier émotionnellement avec Koda, mais surtout Kenaï. La musique et les chansons accompagnent donc dignement le chemin émotionel de ce dernier, et apporte une authenticité indéniable aux scènes fortes du film. Deux thèmes sont ainsi inoubliables : « Transformation » tout d'abord est un superbe chant en Inuit (interprété par un choeur bulgare) admirablement intégré au film. Il compose magnifiquement la scène, rehaussé par une animation très élaborée. « Mon frère ours », ensuite, est une chanson poignante révélant l'effroyable faute de Kenaï, sa prise de conscience et le début de sa rédemption. On notera également qu'une fois encore, Phil Collins assure la partie vocale des chansons aussi bien dans la version québécoise que française.

Frère des ours n'a malheureusement pas été un succès pour le groupe Disney, malgré d'indéniables qualité. Le public ayant grandi avec la décennie 80/90 s'y était pourtant entièrement retrouvé, mais la nouvelle génération de spectateurs a préféré le snober au profit de grosses productions en 3D qui s'étaient multipliées, ou l'avait carrément oublié au profit de Le monde de Nemo, aux qualités indéniables mais pourtant loin d'égaler émotionnellement Frère des ours. Dernier vestige d'un passé révolu avant le passage au tout 3D, Frère des ours est actuellement l'ultime représentant des célèbres Grands Classiques avec Lilo & Stitch qui ont su véhiculer ce que Walt Disney a toujours souhaité : des films où le rire et les larmes se succèdent au sein d'un film inoubliable. La Magie Disney était encore présente dans Frère des Ours. Depuis, elle a déserté le navire. Ni les récents films des studios Disney, encore moins ceux de Pixar, n'ont su retrouver cet équilibre parfait. La Magie Disney ne se résume pas à des princesses et des contes de fées. Frère des ours était de ceux-là, il reste donc indispensable, tout comme le sont Le roi lion, La belle et le clochard ou Bambi. De véritables Grands Classiques comme on en fait plus.

27 fvrier 2009 par Olikos