Doublage : Chicken Little / Petit Poulet

Il y avait trop longtemps que je n'avais pas eu l'occasion de réellement m'attarder sur le comparatif de doublages francophones. Principalement parce que j'avais de moins en moins de temps à consacrer au site, et surtout que le peu que je lui accordais était exclusivement dédié à l'analyse de nouveaux et anciens longs métrages. Maintenant que j'ai à nouveau un petit peu de temps libre, je reviens à la charge dans ce petit domaine de prédilection où j'ai voulu essayer de répondre à une simple question : d'un mauvais film découle-t-il obligatoirement un mauvais doublage ? M'est tout de suite venu à l'esprit Chicken Little / Petit Poulet ! Je n'avais pas revu ce long métrage depuis 10 ans, car il faut dire que la première fois m'avait suffit. Depuis, j'en ai gardé un souvenir effroyable. Imaginez donc ce que l'on peut ressentir quand il est question... de le revisionner trois fois de suite ! Un première fois en version française, une seconde en version canadienne et ensuite une dernière fois en alternance. Ai-je survécu à l'expérience ? A dire vrai, oui !! Ne vous leurrez pas, revoir ce film est toujours aussi pénible pour moi. J'ai même trouvé qu'il était encore plus moche dix ans plus tard, avec ces innombrables défauts visuels. Sérieusement, Disney était vraiment tombé très bas à cette époque, la technique laissait vraiment à désirer. Bref, passons.

Non, le but du jeu était de se concentrer uniquement sur les dialogues, les chansons, le phrasé et les intonations des voix humaines. Passé les quelques minutes à renouer mes oreilles à l'exercice, j'avoue que je me suis vite laissé aller. De fait, au-delà de la qualité du long métrage, les deux doublages sont plutôt bon. J'aurai pu faire durer le suspense jusqu'au bas de mon comparatif, mais je pense que je peux bien vous le dire de suite : un mauvais film ne veut pas dire mauvais doublage. Que l'on écoute Chicken Little (pour la version française) ou Petit Poulet (pour la version québécoise), les deux se valent. C'est évidemment au niveau des petites subtilités et spécificités que se trouvent les nuances. Chaque version va dans une direction, rejoint l'autre ensuite, puis diverge à nouveau. Curieusement, les deux doublages développent un humour parfois radicalement opposé. Ainsi, dans la version française, au tout début du film lorsque M. Mouton fait l'appel, Philippe Catoire lâche un cri de stupeur lorsqu'il voit Abby. Durant le gros plan vers Abby, M. Mouton hurle alors en plus un « Qu'elle est moche ! » dans version française. Franc, direct et précis. Réellement, M. Mouton français manque cruellement de tact. Plus subtil, M. Mouton québécois (Stéphane Rivard) se maîtrise complètement durant cette scène, mais enchaîne avec un vilain petit lapsus en l'appelant « vilain pet... euh Abby ».

Dans les grandes lignes, ce qui changent le plus d'une version à l'autre, c'est que la version française est régulièrement aseptisée voire expurgée de dialogues jugées un peu trop osés pour le jeune public. La séquence montrant de manière la plus flagrante cette, osons le dire, « censure » des dialogues se situent au moment où les amis se réunissent dans la chambre du petit poulet. Là, Abby évoque un histoire ahurissante d'une chose bizarre tombée du ciel. En version française, Abby nous explique ainsi que c'était tout simplement... Aladdin tombé de son tapis volant. S'en suit une conversation sans queue ni tête autour de deux grands classiques Disney (Aladdin et Le roi lion). Dans la version québécoise, Abby nous conte une toute autre histoire. Dans celle-ci, il est question de neige bleue que tout le monde croyait venir de l'espace, mais qui était en réalité... de l'urine gelée tombée d'un avion ! Ah ouais, quand même. De là découle ensuite une conversation potache tout à fait digne de figurer dans... Shrek. Vous pouvez d'ailleurs écouter ces différences dans l'extrait vidéo proposé sur cette page.

Autre différence majeure entre la version québécoise et française : les chansons qui sont constituées exclusivement de reprises de célèbres tubes (aucune chanson n'ayant été spécifiquement écrites pour le film). La version québécoise choisit d'adapter dans notre langue presque toutes les chansons. La version française au contraire, en traduit moins. C'est d'ailleurs regrettable, particulièrement pour le générique de fin qui est plus entraînant dans la version québécoise avec ses paroles francisés. Au niveau de l'adaptation des chansons en elle-même, la version québécoise surpasse en tout point la version française. L'interprétation est ainsi meilleure, mais il n'y a pas de véritable secret là dedans. Nos amis québécois sont mieux imprégnés par la culture américaine, et sont capables de produire quelque chose de très fidèle dans l'intonation et l'esprit des dialogues originaux. Une constatation que l'on remarque tout autant dans Oliver et compagnie par exemple. Je ne dis cependant pas que la version française est mauvaise, c'est juste que la version québécoise s'en tire beaucoup mieux.

Parlons maintenant des personnages en commençant par le héros du film. Dans la version française, c'est Lorànt Deutsch qui interprète Chicken Little. Le résultat est plus que probant, on ne constate pas de dissonance flagrante entre sa voix et l'âge du personnage. Dans la version québécoise, Petit Poulet est assuré par Olivier Visentin. Bien qu'étant de la même « génération » que Lorànt Deutsch, sa voix résonne de manière un peu plus adulte. Si cela interpelle au début, Petit Poulet finit par convaincre ensuite. A ses côtés, la très « charmante » Abby est jouée par Claire Keim en français et Nadia Paradis dans la version québécoise. Les deux comédiennes sont excellentes dans ce rôle, aucune d'entre elles ne surpasse l'autre. Même constatation pour P'tit Nabot / Boulard qui se partagent deux comédiens de doublage connus et reconnus des deux côté de l'Atlantique : Hugolin Chevrette et Emmanuel Garijo. Dans les deux versions, notre ami le cochon au fort embonpoint est hystérique à souhait. Je terminerai en évoquant Buck qui, sincèrement, est globalement le personnage le plus réussit et intéressant de l'oeuvre (pas seulement au niveau du doublage). Sylvain Hétu (VQ) et Bernard-Pierre Donnadieu (VF) sont aussi touchant l'un que l'autre dans leur interprétation du père désabusé.

Au final, si visuellement le long métrage est toujours aussi pénible à regarder, sans compter son scénario sans âme, Chicken Little / Petit Poulet bénéficie de deux versions francophones de qualité. Si l'on constate certaines divergences flagrantes au niveau du texte, je ne regretterai que la retenue proposée dans la version française qui a semble-t-il était conçue à destination du jeune public, même si quelquefois, elle se permet de partir dans un franc délire. Tout au contraire, la version québécoise s'essaie à des dialogues un peu plus crus mais aussi (et malheureusement, c'est selon) plus potaches, plutôt dignes de Dreamworks. Mais une chose est certaine, en ce qui concerne les chansons, Petit Poulet a ma préférence ! Elles ont plus de punch et le mérite d'être brillamment adaptées en français.

16 janvier 2015 par Olikos