La princesse et la grenouille : Quelques informations

Le film est sorti en salle le 11 décembre 2009 au Québec et le 27 janvier 2010 en France. A noter que de nombreuses avant premières ont été organisées partout en France dès la mi-décembre 2010.

Le film existe en deux versions francophones, une au Québec, l'autre en France. A noter que de la même façon que Charles Aznavour avait participé aux deux versions, Richard Darbois et Anthony Kavanagh font de même dans ce film. Toutefois, Richard Darbois ne chante que dans la version française, dans la version québécoise c'est Widemir Normil qui effectue les chants.

Résumé

Sur les bords du Mississippi, dans les années 20, La Nouvelle-Orléans vibre au son du jazz et de la romance. Pourtant, la belle Tiana n'a pas une minute à perdre en rêvant à l'amour. Passionnée par la cuisine, elle se consacre entièrement à son plus cher désir : devenir une restauratrice à succès et accomplir ainsi le rêve de son père. Mais malgré ses efforts, les obstacles se multiplient.

Un séduisant jeune prince, Naveen, vient d'arriver en ville, attiré par sa passion du jazz. Gâté, irresponsable et paresseux, le jeune homme a jusqu'ici compté uniquement sur son charme pour réussir dans la vie. Sa richesse et son rang attirent le malfaisant Dr Facilier, un sorcier qui pratique la magie noire. Ne parvenant pas à profiter de la fortune du prince, Facilier se venge, et le transforme en grenouille.

Naveen persuade Tiana de lui donner un baiser pour qu'il retrouve sa forme humaine. Mais le résultat n'est pas celui espéré : c'est la jeune fille qui est à son tour métamorphosée en batracien. Voilà nos deux amphibiens errant dans le bayou, traqués par des chasseurs de grenouilles. Ils espèrent trouver de l'aide auprès d'une mystérieuse sorcière âgée de 197 ans, Mama Odie.

Au fil de leur périlleux voyage, Tiana et Naveen vont rencontrer une luciole cajun éperdue d'amour, et un alligator joueur de jazz. Face au danger, ces deux « grenouilles » vont apprendre à voir le meilleur l'une chez l'autre, à surmonter leurs différences et à faire face ensemble aux épreuves. Elles vont aussi découvrir que les rêves peuvent devenir réalité. mais jamais comme on s'y attend !

Analyse de l'oeuvre

Je me demande encore, et me demanderai encore longtemps, par où commencer cette analyse, qui aura mis près de cinq mois à voir le jour. Je ne nourrissais en effet aucun espoir particulier autour de La princesse et la grenouille, si ce n'est retrouver la magie et les réjouissances qu'ont toujours su apporter les films 2D des Walt Disney Animation Studios. Dans cet esprit, j'avais ainsi fui totalement tout ce qui avait trait à la production, à la publicité, aux diverses vidéos promotionnelles ainsi qu'à la bande annonce (que je n'ai découverte que quelques jours avant de voir le film), pour n'avoir aucun a priori avant de le découvrir. Sans doute voulais-je retrouver cette expérience inoubliable à la vue au cinéma d'un long métrage animé (La belle et la bête fut mon coup de coeur en 1992), ou de la toute première fois où je fus émerveillé par l'avènement de la 3D (avec Toy story en 1996). Aujourd'hui, mes goûts auraient-ils changés? Aurais-je oublié cette part de moi qui s'émerveillait de tout? Non, absolument pas. J'ai malheureusement prédit bien trop tôt un inévitable déclin de l'empire Disney pollué par des sorties directement en vidéo insipides et une foi aveugle pour la rentable 3D au détriment d'une belle histoire. Toujours est-il que l'annonce d'un retour aux valeurs initiales de Disney et à ses fondamentaux pouvait être imaginée comme la lumière en bas du gouffre. Cette lumière allait resplendir et faire oublier dix années de galère. J'y croyais d'ailleurs dur comme fer, avec La princesse et la grenouille, ça passait ou ça cassait!

Mais à la fin de la projection de La princesse et la grenouille, et même après de multiples visionnages, le constat est sans appel: c'est la consternation et la déception. Le film accumule des lourdeurs et les erreurs stratégiques, à commencer par son scénario désespérément vide d'intérêt. L'histoire n'amène absolument nulle part, elle est même conduite sans aucun suspense ni le moindre réel défi à relever. On ne trouve en effet aucune intensité narrative. Nous suivons sans conviction des personnages dont l'évolution est inexistante. A aucun moment du film les personnages ne sortent grandis en ayant appris de leurs erreurs, bien au contraire. Leurs aspirations communes à tous se résument en deux mots : l'argent et la gloire. La famille, les souvenirs, l'amour, lesens du devoir, ne sont que des éléments anecdotiques faisant au mieux sourire le spectateur, au pire grincer des dents. On finit même par se demander où peuvent bien nous emmener ces personnages, qui subissent sans aucune logique des péripéties parfois absurdes, et où au final tout est une question de hasard. Las, on subit ces personnages qui vont et viennent sans aucun charisme, et n'apportent aucune cohérence à l'ensemble. Certains sont même outrageusement exagérés, caricaturés à l'extrême, fournissant des dizaines de gags éculés. Le film réussit parfois à réunir tous les plus mauvais clichés de la 2D. Ce qu'on accepterait de voir dans une série animée est foncièrement inadapté à un long métrage d'un tel acabit, particulièrement lorsque celui-ci est estampillé Walt Disney Animation Studios.

Le film n'affiche également aucune ambition visuelle. Oubliez tout de suite la révolution Disney qui ponctuait chacun de leurs précédents films, La princesse et la grenouille ne fait ainsi que légèrement mieux qu'une quelconque sortie en salle d'une suite comme Le livre de la jungle 2 (dernier représentant en date). Les studios ne font que se reposer sur leur lauriers sans jamais chercher à révolutionner un art pour lequel il avait pourtant toujours cherché à être précurseur. Le film passe successivement du bon au très moyen sans jamais chercher un seul instant à exceller. Certaines scènes ayant d'ailleurs un mal fou à s'intégrer au reste. Les séquences dans le bayou (utilisé ici pour la troisième fois dans l'univers des films numérotés) sont un peu au dessus du reste, mais ne brillent pas vraiment plus que le déjà passable Il était une fois dont les animations et décors n'étaient déjà pas exceptionnels. La ville est nettement moins bien lotie, tant tout y est figé dans un mauvais goût de décors en carton-pâte et à la vie quasi-inexistante. Les personnages sont fort heureusement beaucoup mieux animés, à commencer par la ravissante Tiana ou les grenouilles.

Toutefois, et c'est plus grave, le film ne parvient jamais à être intemporel, unique et intergénérationnel. A commencer par son titre, qui n'a en fin de compte aucun rapport avec son histoire. Il n'est en effet jamais question de la moindre princesse dans le film. Les jeunes filles et leur mamans seront déconcertées de n'y retrouver aucune magie de princesse Disney. Les garçons et leur pères feront au contraire l'impasse sur ce film au nom si trompeur. Au final, seuls les fans purs et durs passeront outre ce détail. Mais l'erreur stratégique et commerciale du titre est incompréhensible. La princesse et la grenouille a également beaucoup de mal à respecter l'époque (années 20) dans laquelle il est sensé se dérouler. Il pioche ainsi de-ci de-là des références au monde moderne !

A contrario, les musiques et les chansons sont une réussite. Elles sont malheureusement desservies par le scénario du film qui a bien du mal à justifier leur présence à l'écran! Les chansons particulièrement ne se justifient quasiment jamais, elles ne servent que de prétextes à des séquences désordonnées n'apportant rien au récit. Aussi curieux que cela puisse paraître, j'ai toujours détesté royalement les comédies musicales, propices à des danses sans fin n'apportant aucun intérêt véritable à une histoire, mais ai toujours admiré et adoré les chansons qui aident à apporter quelque chose au développement d'un personne et à ses sentiments. Par exemple, comment rester insensible à la déchirante prière d'Esméralda ou le portrait d'une maman par Wendy ? Comment ne pas être entrainé dans le diner festif de Lumière ou apprendre à être heureux avec Baloo? Dans La princesse et la grenouille, certes, ça chante et ça danse. Mais qu'est-ce que ça apporte exactement? Je cherche toujours désespérément. Paradoxalement, sorti de leur contexte, ces passages musicaux sont de vraies merveilles auditives et visuelles.

Après ces quelques mois à tergiverser sur La princesse et la grenouille, il me semble désormais évident que ce film est plus un exercice de style qu'un véritable film. Une façon simple de tester le public sur le retour à la 2D à moindre frais. On est heureux de retrouver un film qui a le goût de Disney, qui est chatoyant comme un Disney, qui chante comme un Disney, qui contient certains des codes d'un Disney... Mais c'est à peu près tout, les auteurs ont fait l'impasse sur tout le reste: un méchant pas charismatique (Sérieusement qui a peur de Facilier ?), le fidèle faire valoir qui ne met pas du tout en valeur les qualités des héros (Euh, il sert à quoi exactement Ray ?), le comique de service inutile (Charlotte a plus sa place dans un Pixar) sans compter sur Mamie Odie et Louis dont on se demande encore la raison de leur présence, sauf sous la forme de cliché. On retrouve au contraire de nombreux codes de Pixar : le retournement de situation final, les courses poursuites, l'action non stop. Ce n'est pas ce qu'on souhaite retrouver dans un film produit par les Walt Disney Animation Studios. Volt, star malgré lui avait déjà évaporé les codes Disney, La princesse et la grenouille tente en vain d'intégrer les codes Disney dans la recette du succès des films Pixar, et malheureusement, ça ne marche pas non plus.

Au final, que reste-t-il exactement à La princesse et la grenouille ? Quelques jolis décors, quelques belles animations, quelques belles chansons mais un intérêt global limité. Le destin de La Princesse et la grenouille est désormais pour moi tout tracé, il finit désormais aux côtés de Chicken Little, sur l'étagère poussiéreuse qu'il ne risque pas de quitter de sitôt. Que la déception est cruelle...

21 mai 2010 par Olikos