Doublage : Raiponce

Depuis la sortie de Là-haut en 2009, les liens entre les studios de doublage français et québécois se sont étonnamment resserrés. Charles Aznavour interprétait le personnage de Carl Fredericksen sur les deux versions, ce qui constituait alors un véritable événement unique en son genre à l'initiative de Disney France. Cela n'était en effet jamais arrivé depuis que le Québec a pu disposer de ses propres versions à partir de Qui veut la peau de Roger Rabbit en 1988. Plus étonnant encore, la même année, Disney France se trompait complètement de version audio en commercialisant la version québécoise de WALL.E dans le DVD vendu en France, l'obligeant à mettre en place un système d'échange par courrier. Loin d'être des cas isolés, ces "phénomènes" ont finalement été reproduits pour le film suivant : ainsi Anthony Kavanagh et Richard Darbois ont également donné leur voix au niveau international dans les deux versions de La princesse et la grenouille.

Encore plus énigmatique, Disney France impose ensuite au public québécois Daniel Picard dans le rôle de Buzz pour Histoire de jouets 3. Malgré de vives protestations et une pétition, Mario Desmarais fut écarté sans aucune forme de ménagement sans que l'on sache réellement pourquoi Disney France s'est mêlée à cette histoire. Mais avec Raiponce, on est amené à se demander s'il n'y a pas caché derrière ces étranges et très récentes relations Québec/France une prise de contrôle des versions québécoises par la branche française de la compagnie Disney dans le but de parvenir à réaliser à terme une seule et unique version francophone internationale. Car lorsque l'on connaît les deux versions francophones de Raiponce, on est incapable de passer à côté d'une particularité incroyable : les chansons sont strictement les mêmes !

Si vous avez déjà lu quelques unes de mes analyses de doublages sur le site, vous avez sans aucun doute remarqué que le principal point de démarcation d'une version française sur une version québécoise a toujours été les chansons. Le Québec a toujours été extrêmement attaché à la fidélité du texte de la version d'origine. Il est donc extrêmement rare d'écouter une version québécoise qui se permet des libertés lors de l'adaptation des chansons. Au contraire, la France a toujours été saluée pour ses chansons dans les films Disney alors que celles-ci s'éloignent souvent du texte d'origine. On se souviendra par exemple du troublant « C'est la fête » dans La belle et la bête alors qu'il est question « D'être notre invitée », et plus particulièrement du très éloigné « Ce rêve bleu » d'Aladdin en lieu et place de « Ce nouveau monde ». Disney France a toujours su - de manière fort habile d'ailleurs - dégager des textes de la version anglaise l'essence même de la chanson, puis réinventer les dialogues afin qu'ils soient parfaitement dans l'esprit du film sans le trahir et, surtout, pour en faire des tubes incontournables.

Pour la toute première fois, je suis donc absolument incapable de juger les deux doublages de Raiponce sur ce critère, pourtant souvent déterminant ! Bien heureusement, si le texte des chansons est inchangé sur l'une ou l'autre version, chacune d'elles offre des interprétations personnelles. Ainsi, je suis fan de Diaga Elyzabeth qui livre des morceaux musicaux incroyables pour Gothel dans la version québécoise. Mais j'admets volontiers que Sophie Delmas se place en première dauphine sur le même personnage en version française. On notera au passage que les deux versions font le même choix en dissociant le rôle parlé et chanté de Gothel. Les dialogues étant effectués par deux comédiennes renommées dans leurs contrées respectives : Valérie Blais et Isabelle Adjani. Toutes les deux s'en sortent admirablement bien.

La version québécoise se démarque en imposant deux comédiennes sur Raiponce. Catherine Brunet à la voix, donne une personnalité plus âgée au personnage. Peut-être un peu plus en accord avec l'âge réel de l'héroïne dans le film qui fête ses 18 ans. Côté français, Maeva Méline rend Raiponce un tantinet plus juvénile mais peut-être un soupçon plus attachante. Elle assure également une grande interprétation sur la totalité des chansons du film. Chloé McNeil en fait d'ailleurs autant pour les chansons de la version québécoise. Traitement inverse pour Flynn Rider. Cette fois, c'est la version française qui dispose de deux comédiens (Romain Duris et Emmanuel Dahl) tandis que la version québécoise ne fait intervenir que Hugolin Chevrette. Les parties chantées d'Emmanuel Dahl et de Hugolin Chevrette sont d'ailleurs de vrais réussites.

Plus curieux, les deux versions font un choix commun qui entre en contradiction avec la version anglaise : les frères Stabbington sont joués par deux comédiens différents, alors qu'en VO c'est Ron Perlman (l'inoubliable Vincent dans la série télévisée La belle et la bête) qui effectue le doublage des deux frères. Il n'empêche que quelle que soit la version écoutée, on tremble à l'idée de les croiser en vrai un jour. J'aurais peut-être tendance à préférer le couple Pierre Margot et Serge Biavan pour la version française car ils arrivent à rendre ces deux crapules encore plus effrayantes.

Puisqu'il m'est impossible de véritablement trancher au niveau des chansons, il m'est d'autant plus difficile d'émettre un choix au niveau des seuls dialogues. Car reconnaissons que les deux doublages de Raiponce sont de la même hauteur que ceux pour Le monde de Nemo. Chacun d'eux est un festival de bonnes surprises vocales, bénéficiant d'un soin attentif à la moindre intonation, au moindre jeu de mot ou comique de situation. Chaque version a bien une approche légèrement différente, surtout au niveau de l'humour sans doute pour être plus en accord avec le public local, mais elles restent d'une qualité rare et font mouche toutes les deux. En bref, pour tous les amoureux de doublages francophones, je ne peux que vous conseiller de découvrir les deux et de choisir (si vous y parvenez) celle qui vous correspond le mieux. Mais croyez-moi, la version québécoise et la version françaises de Raiponce valent toutes les deux le détour.

22 juin 2012 par Olikos