Zootopie : Quelques informations

Zootopie est sorti en primeur en version francophone en Belgique le 10 février 2016, puis en France le 17 février 2016. Au québec, le film sort le 4 mars 2016 sous le titre Zootopia et dispose de son propre doublage.

Résumé

Zootopie est une ville qui ne ressemble à aucune autre : seuls les animaux y habitent ! On y trouve des quartiers résidentiels élégants comme le très chic Sahara Square, et d'autres moins hospitaliers comme le glacial Tundratown. Dans cette incroyable métropole, chaque espèce animale cohabite avec les autres. Qu'on soit un immense éléphant ou une minuscule souris, tout le monde a sa place à Zootopie ! Lorsque Judy Hopps fait son entrée dans la police, elle découvre qu'il est bien difficile de s'imposer chez les gros durs en uniforme, surtout quand on est une adorable lapine. Bien décidée à faire ses preuves, Judy s'attaque à une épineuse affaire, même si cela l'oblige à faire équipe avec Nick Wilde, un renard à la langue bien pendue et véritable virtuose de l'arnaque...

Analyse de l'oeuvre

Zootopie. Voici encore un long métrage d'animation dont je n'avais pas connaissance ni de l'intrigue, ni de ses personnages. Certains me demandent comment je peux bien réussir à fuir systématiquement les infos et bandes annonces autour des futurs films. C'est pourtant si facile ! Encore une fois, cela s'est avéré positif, parce qu'en dehors du logo au début, je n'aurais pas pensé qu'il pouvait s'agir d'un film produit par les Walt Disney Animation Studios. Rien ne ressemble franchement à ce que le studio avait réalisé jusqu'à lui, un peu comme à l'époque de Kuzco, l'empereur mégalo qui sortait complètement des sentiers battus. Mais contrairement à Volt, star malgré lui dont la filiation avec Pixar m'avait affreusement hérissé les poils au point de le considérer comme hérétique dans leur filmographie, Zootopie réussit à s'inscrire dans la mouvance de cette décennie 2010 tout en s'affranchissant de certains de ses « antiques » codes légèrement passés de mode. Cette fois, pas de doute possible, on est bien en présence d'un film Disney. Un film Disney d'un nouveau genre !

Mon seul et unique reproche autour de ce film se porte sur son scénario. Pour une raison que je n'arrive pas totalement à cerner au moment où j'écris ces lignes, j'ai ce fort sentiment d'avoir été spolié parce que tout au long de la projection, très belle au demeurant, je n'ai pas réussit à me détacher de ce très fort, et désagréable, sentiment d'avoir déjà vu cette histoire ailleurs. Ceci quasiment mot pour mot, si ce n'est que celle-ci met en scène des animaux antropomorphes. Est-ce dans un autre film d'animation ? Une série télévisée ? Un livre ? Un jeu-vidéo peut-être ? Je n'arrive vraiment pas à cerner cette gémellité avec quelque chose que je connais pourtant très bien. Si jamais cela me revient, j'actualiserai cette analyse en conséquence. Du coup, cela a en grande partie gâché ma séance dont l'intrigue et le dénouement m'étaient déjà connu par avance, parce que Zootopie n'en dévie quasiment jamais. C'est la seule chose qui me chagrine, surtout après la formidable intrigue de Les nouveaux héros, dans ce pourtant très agréable film d'animation.

Dans les très grandes lignes, Zootopie raconte l'éternelle histoire de deux ennemis naturels qui doivent s'allier pour faire front commun devant une cause qui pourtant les dépasse complètement. D'un côté on a le héros plein d'entrain qui ne perçoit que le bon côté des choses, la lapine Judy, et de l'autre l'antihéros asocial considérant la vie comme une grande désillusion, le renard Nick. Une conception de duo vedette très classique, empruntée à n'importe quelle comédie digne de ce nom. Pourtant, il ne faut pas s'arrêter aux apparences puisque des traits caractéristiques de leur espèce sont en réalité attribués à l'autre. C'est ainsi que derrière la façade de jeune officier, Judy n'hésite pas à recourir à des stratagèmes sournois dignes d'un renard. Elle manipule son entourage pour arriver à ses fins, n'hésite pas à transgresser les interdits à son avantage et est une personne pleine d'arrogance. De l'autre, Nick s'avère fidèle en amitié, plus hésitant devant les obstacles et au final extrêmement chaleureux tout comme très ouvert aux autres. On assiste donc à une composition tout en nuance qui se révèle des plus réussies. Cette relation s'accommode ainsi à l'utopie que représente Zootopie, une grande ville où ce qui paraît idéal ne l'est en réalité pas du tout. C'est d'ailleurs intéressant de noter que la ville se décompose de quatre zones, qui peuvent à la fois s'assimiler aux quatre saisons, mais également aussi à diverses émotions. C'est ainsi que la zone hivernale est propice au mystère et aux frissons durant l'intrigue, tandis que la zone pluvieuse tropicale est propre à la peur et au désespoir !

Zootopie est avant toute chose une comédie pure, légèrement mitonnée d'un soupçon d'intrigue policière très secondaire. Dans les faits, tout s'enchaîne donc très très vite sans jamais réellement prendre le temps de s'attarder sur les personnages secondaires. Ils sont donc réduit à de simples caricatures sans nom (ils en ont, mais dans l'action, on n'en retient aucun) dont on ne garde à l'esprit que leurs caractéristiques principales comiques. Malgré ce constat, cela fonctionne pleinement. On s'amusera à remarquer que la hiérarchie animale dans Zootopie est globalement la même que celle du royaume de Naboombu vu dans L'apprentie sorcière. Ce n'est d'ailleurs pas l'unique référence faite à de nombreux films d'animation Disney, puisque Zootopie multiplie les clins d'oeils en tout genre. Certains font mouche, d'autres sont moins évident, mais cela s'avère très agréable pour tout amateur et connaisseur de l'univers Disney. Hormis ces références internes, le long métrage multiplie également les références culturelles externes. Elles demandent souvent une très grande culture cinématographique pour en capter toutes leurs essences, mais elles se révèlent heureusement sans conséquence pour le jeune public qui les découvre. Disney retrouve ici une chose qu'il avait un peu perdu depuis quelque temps, la capacité de faire rire les spectateurs quel que soit le niveau de lecture. L'enfant rira de bon coeur sur des gags facilement compréhensibles pour lui, les adultes riront à des références plus subtiles qui ne s'adressent qu'à eux. Parfois, même les deux riront aux larmes sur des blagues universelles. Cela contrebalance donc fort heureusement le défaut factuel que représente le scénario à mes yeux.

Qualitativement parlant Zootopie semble faire moins bien que Les nouveaux héros, qui avait sans nul doute élevé l'animation du studio à son plus haut niveau (tout du moins en 3D, Le bossu de Notre-Dame restant inégalé en terme de 2D). En réalité, c'est un faux argument. Zootopie ne joue pas dans le même registre pseudo-réaliste comme son prédécesseur, il est obligé de tout créer de A à Z pour construire cette utopie animalière organique et réaliste. Le rendu visuel réussit à la fois à être dépaysant, démesuré et bourré de vie. Certes la foule est moins compacte que dans Les nouveaux héros, mais là où la foule de ce dernier était globalement informe, chaque animal de Zootopie a des caractéristiques uniques. Il arrive très régulièrement que notre attention pour l'intrigue soit soudain distraite par des détails complètement insignifiants en arrière plan. Zootopie est en effet un film visuellement très riche qui ne lésine pas sur les moyens pour offrir une expérience visuelle des plus satisfaisantes. On est donc vraiment très loin de ce que pouvait être l'exécrable Chicken Little dans le même registre, si tant est que vous vous en souveniez encore (il est en effet facilement escamotable de n'importe quel esprit sain). Bref, c'est une façon de se rendre compte que Disney a enfin réussit aujourd'hui à revenir au meilleur de sa forme, sans nul doute possible, comme c'était le cas il y vingt-cinq ans maintenant !

Pour la bande originale, j'émets une réserve très ciblée, concernant plus particulièrement la présence omniprésente de Shakira (sur une unique chanson pourtant). Celle-ci n'a absolument pas la moindre utilité dans le long métrage. Son rôle y est limité, figuratif et sans consistance aucune. Ce qui me pousse à conclure qu'elle n'est présente au casting que pour faire parler de sa présence dans la presse et, à mon sens, conduit à une petite trahison de la part de Disney qui se rapproche ici bien plus du phénomène « Dreamworksien » dont le principe est de convier les célébrités simplement pour faire le buzz (à l'image de En route ! et de Rihanna) plus que comme valeur artistique. On est très loin ici de l'ingéniosité qu'avait apporté Robin Williams sur le Génie par exemple. Le personnage de Gazelle n'est jamais mis en valeur, par rebond Shakira ne l'est donc pas elle non plus. De plus, du fait de son statut de célébrité, la version française ne prend pas non plus la peine de proposer une adaptation dans notre langue, ce que Disney avait toujours réussit à faire jusque là. C'est d'autant plus dommage qu'une partie du public échappera complètement au contenu de la chanson, qui prône à elle seule les valeurs positives et négatives de Zootopie. Mais cela n'est réellement que broutille tant l'immersion musicale dans le film se révèle très convaincante et que la présence de cette chanson se justifie pleinement. Sans compter qu'elle est suffisamment énergique et entraînante pour plaire aux plus jeunes, même s'ils n'en saisissent pas les paroles.

Zootopie s'avère donc au final un très bon divertissement cinématographique qui réussit à marier les deux styles proposés par ces prédécesseurs. Il est en effet très accessible pour le jeune public, comme l'était La Reine des neiges, et très consistant pour le public adulte, cible principale de Les nouveaux héros. Je ne lui reproche donc en fin de compte que son scénario des plus convenus (qui plus est visiblement emprunté à un autre média qui m'échappe) dont le défaut majeur est d'être un pamphlet cinglant contre le terrorisme. Parce qu'en réalité, le seul message pontifié par Zootopie, c'est bien celui-là.

16 février 2016 par Olikos