Détective Conan 9 - Stratégie en profondeur : Quelques informations

Détective Conan - Stratégie en profondeur est le neuvième long métrage inspiré du manga créé par Gosho Aoyama. Il sort au Japon le 9 avril 2005 au Japon mais reste actuellement inédit en France et au Québec. De fait, il n'est disponible ni en langue française, ni en version originale sous-titrée. Il est cependant commercialisé en version anglaise, allemande et italienne dans leurs pays respectifs.

Résumé

Sonoko Suzuki, la meilleure ami de Ran Mouri, a invité Conan ainsi que tout son entourage à la croisière inaugurale de l'Aphrodite, le tout nouveau paquebot de luxe construit par la société Yashiro. Découvrant les joies du farniente, le détective privé Kogoro Mouri rêve de faire de belles rencontres chez la gente féminine. Il fait notamment la connaissance de Minako Akayushi, l'ingénieur à l'origine de la création du navire, qui ne le laisse pas indifférent. Les présentations tournent court quand Takae Yashiro, la femme du riche homme d'affaire et président de la société, meurt dans d'étranges circonstances...

Analyse de l'oeuvre

Shinichi Kudo est un brillant élève de Première au lycée Teitan de Beika au Japon. Fils d'un brillant écrivain de romans policiers et d'une célèbre actrice de cinéma, il a deux passions dans la vie : le football et, surtout, la résolution des affaires de meurtres, car c'est un brillant détective. Un jour, alors qu'il s'amuse à Tropical Land avec son ami d'enfance Ran Mouri, il est témoin d'une transaction douteuse. Trop absorbé par cet échange, Shinichi est frappé par derrière par un mystérieux homme habillé en noir. Afin de se débarrasser du témoin gênant, celui-ci lui fait avaler un poison expérimental. Mais au lieu de le tuer, la substance déforme son ADN et lui fait retrouver l'âge de son enfance. N'ayant plus aucun repère, ni personne à qui avouer la vérité, il va finir par se confier au voisin de sa famille, le professeur Hiroshi Agasa. Génial inventeur, quoi qu'un peu farfelu, celui-ci va conseiller à Shinichi de se forger une nouvelle identité. Suite à l'apparition impromptue de Ran, il improvise le pseudonyme de Conan Edogawa, en hommage aux auteurs Arthur Conan Doyle et Edogawa Ranpo dont il se passionne pour leurs récits policiers. Désormais, il est aux yeux de tous un jeune garçon de six ans qui va tout faire pour démasquer dans l'ombre cette mystérieuse organisation qui l'a fait rétrécir. Et pour cela, quoi de mieux que de s'installer chez Kogoro Mouri, le père de Ran, un ancien inspecteur de police reconverti en minable détective privé ?

C'est ainsi que commence l'intrigue de Détective Conan, un manga écrit par Gosho Aoyama dont la publication a commencé en 1994 et se poursuit encore aujourd'hui, plus de 22 ans plus tard ! Une longévité forcément exceptionnelle - le manga va bientôt approcher de son millième chapitre (soit environ 15'000 pages !) - qui s'explique en grande partie par une qualité d'écriture extrêmement soignée, des histoires accessibles aussi bien aux enfants et aux adultes, des jeux de mots ou des situations cocasses qui font rire, des personnages particulièrement savoureux et, plus particulièrement, un aspect extrêmement réaliste dans les enquêtes. Car, hormis le rétrécissement un peu « magique » du héros du récit, Gosho Aoyama a toujours su réaliser des histoires extrêmement cohérentes, crédibles et réalistes car il prend le temps de se documenter très méticuleusement. Cela lui permet de construire des mises en scène de crime absolument imprévisibles, le plus souvent en chambre close, un peu comme celle que propose Agatha Cristie dans Le Noël d'Hercule Poirot. Le succès immédiat de Détective Conan conduit naturellement TMS Entertainment Ltd a mettre en chantier une série télévisée dès le 8 janvier 1996, dont le succès ne fera qu'accroître la renommée de Shinichi/Conan. Si la série s'avère plus ou moins dispensable en terme de contenu narratif pour ceux ayant en possession les mangas (la série adapte toutes les enquêtes majeures du manga, plus quelques intrigues dérivées), ce n'est pas le cas des longs métrages dont la lignée cinématographique débutera le 19 avril 1997 par Le gratte ciel infernal.

Contrairement à la série télévisée, les longs métrages sont systématiquement des histoires inédites à la fois indépendantes et associées au manga. A cela deux raisons, Gosho Aoyama s'est toujours appliqué à surveiller et approuver le contenu de chacun des scénarios mais, également, il a toujours fait en sorte de prendre en compte par la suite les évènements des films dans la suite de sa saga papier. Par exemple, Gosho Aoyama a d'abord imaginé le détective de l'ouest Heiji Hattori spécialement pour la série télévisée afin que Conan est un adversaire à sa mesure. Finalement, il est d'abord devenu un personnage régulier du manga avant de rejoindre la série. C'est également grace à sa très grande popularité que le personnage inédit Wataru Takagi, cette fois conçu à l'origine par l'équipe en charge de la série télévisée, a finit par devenir un personnage régulier et incontournable dans le manga. C'est également dans un film que l'on apprend pourquoi Kogoro Mouri vit séparé de sa femme Eri, une explication particulièrement cocasse qui ressurgit depuis de temps à autre dans le manga. Manga et films sont donc depuis 20 ans des médias interconnectés sans pour autant que les non connaisseurs se sentent exclus. Car c'est aussi là que réside l'autre grande force des longs métrages Détective Conan : ils sont tous accessibles et compréhensibles par tout un chacun. Cependant, ce n'est qu'en ayant au préalable lu le manga que la puissance narrative de chacun des histoires portées sur grand écran prend inévitablement toute sa véritable saveur !

Ma relation avec Détective Conan n'est finalement que très récente. Je n'ai réellement fait l'intime connaissance de Shinichi Kudo qu'assez récemment. Certes, la première fois a eu lieu il y a huit ans, en août 2008, lorsque France 3 avait diffusée la série télévisée en version malheureusement censurée. Elle m'avait particulièrement marquée, mais je l'avais plus ou moins oubliée... jusqu'à l'an dernier ! Me posant la question sur ce qu'était devenue cette série, dont seul un misérable coffret de 40 épisodes (sur plus de 800) avait été commercialisé, je découvrais qu'il existait une série de longs métrages dont les cinq premiers avait été édités par Kazé en France. Je me suis alors empressé de les découvrir, quasiment les uns à la suite des autres. Ressortant totalement enchanté par cette expérience, j'ai alors poursuivi avec les 14 volets supplémentaires, toujours avec le même enthousiasme. Car chaque nouveau volet cinématographique surpasse presque systématiquement son aîné. Arrivé au milieu de l'année 2016, j'apprenais qu'un vingtième long métrage était sorti en avril. En attendant de pouvoir le découvrir, je choisis donc de me lancer dans la lecture du manga. Une grosse dose de courage fut nécessaire tant l'investissement est relativement considérable : pas moins de 86 volumes sont parus en France à l'heure actuelle. Trois mois déjà, et je suis loin d'en voir le bout ! Mais ce problème fut balayé en un claquement de doigt. Non seulement la découverte du manga fut des plus agréables, qu'en plus elle me permettait de découvrir les longs métrages sous un tout autre angle, celui du connaisseur !

Naturellement, je me suis demandé s'il ne serait pas intéressant de partager cette expérience sur mon site. J'ai donc demandé l'avis des lecteurs sur Facebook afin de pouvoir me décider. La réponse fut finalement positive. Et là, un problème majeur survint ! Quel film, parmi les vingt, allais-je pouvoir honorer de sa présence sur le site ? Ils ont tous un véritable potentiel. Fallait-il commencer par le très bon Le gratte ciel infernal, premier de la lignée ? Ou alors peut-être le 3e Le Magicien de la fin du siècle où l'Insaisissable Kid fait sa première tonitruante apparition ? Le 5e Décompte aux cieux n'est pas mal non plus, rien que pour sa séquence finale d'anthologie où les personnages doivent évacuer d'un immeuble depuis une voiture de sport ! J'aurais aussi pu choisir le 10e Le Requiem des détectives, dont l'intrigue macabre mettaient en scène une prise d'otage franchement cruelle pour nos personnages favoris. Le 12e La Mélodie de la peur vaut aussi son pesant d'or par son intrigue musicale intense, tout comme peut l'être l'imprévisible 18e Le Sniper Dimensionnel. Que dire aussi du 13e Le Chasseur noir de jais, sans doute le film le plus dantesque de toute la filmographie de Détective Conan mettant en scène les hommes en noir ! Que choisir alors ? Contre toute attente, j'ai arrêté mon choix sur le 9e Stratégie en profondeur, pourtant considéré par beaucoup de fans comme la plus grande déception de la filmographie du Détective Conan. Pourquoi avoir voulu le réhabiliter aux yeux de tous ? Tout simplement parce que c'est à ce jour l'unique long métrage où Shinichi Kudo échoue en partie dans son raisonnement, laissant pour la toute première (et unique) fois le soin à Kogoro Mouri de résoudre l'enquête de façon perspicace !

Les longs métrages de Détective Conan sont pour la plupart toujours construit de manière similaire. Exception faite du 15e Les Quinze Minutes de silence qui offre une scène d'action dès le début du film, tous les autres longs métrages de la saga commence assez posément (voire poussivement) par des activités plus ou moins anodines. Puis le mystère s'installe, laissant le spectateur à ses réflexions pendant que Conan reconstitue la trame par ses déductions. Une fois arrivé au dernier tiers, l'action finit par totalement s'emballer pour atteindre un climax souvent de plus en plus dantesque (sur le génial thème musical « Kimi Ga Ireba » qui bénéficie d'un remix exclusif à chaque film), parfois même accompagné d'un rebondissement inattendu, dans chacun des nouveaux films. Malgré toute les qualités que l'on puisse donner au manga Détective Conan, il existe pourtant un défaut récurrent. Le format papier et le nombre de chapitres limités (trois en moyenne pour chaque enquête) ne permettent pas d'aller très loin dans la narration. Conan étant un excellent analyste, il résout systématiquement les enquêtes avant même que la procédure légale de l'arrestation et de l'interrogatoire des coupables par la police ne commence. On sort donc assez rarement du huit clos de la scène de crime autour duquel les protagonistes sont réunis.

Les films au contraire se débarrasse totalement de ce carcan en proposant des intrigues beaucoup plus complexes. Elles permettent de mieux apprécier le contexte de l'affaire, de découvrir en détail chacun des éventuels coupables, d'imaginer la possible résolution de l'affaire, tout en abordant un peu plus en profondeur la relation entre les personnages. Ce qui est parfaitement le cas de Stratégie en profondeur que j'ai choisi d'aborder avec vous ! Ce 9e long métrage nous propose une intrigue à bord d'un paquebot de croisière, où le meurtre d'une passagère va pousser le criminel à faire disparaître un autre passager et à l'agression Sonoko, la meilleure amie de Ran, enfermée vivante dans un caisson hermétique. Durant le film, plusieurs intrigues parallèles s'entrecroisent, puisque le meurtre semble étrangement lié à deux affaires, un ayant eu lieu en mer plusieurs années auparavant, l'autre récemment sur la terre ferme. Stratégie en profondeur va donc mener deux enquêtes, une marine, l'autre terrestre, qui finiront évidemment par se rejoindre. Pendant ce temps, des éléments parfois anodins vont être présentés aux spectateurs, comme cette dispensable partie de cache-cache, qui va finalement s'avérer fondamentale lors du dénouement du film !

Comme je l'ai indiqué plus haut, Stratégie en profondeur vaut son pesant d'or pour son fabuleux twist où ce n'est pas Conan qui démasque le véritable coupable, car il est à ce moment là trop inquiet du sort de son amie Ran, mais bel et bien le détective Mouri. Son incapacité légendaire à résonner correctement est un incontournable du manga. Il est généralement toujours le premier à donner une explication totalement absurde, avant que Conan ne l'endorme et ne résolve tout à sa place. Ici au contraire, Kogoro Mouri fait preuve de flair, ce qui ne lui arrive que très rarement dans le manga, mais jamais jusqu'ici il n'avait tenu une telle habileté intellectuelle dans les films de Détective Conan. Le scénariste Kazunari Kochi (malheureusement décédé cette année), déjà à l'oeuvre de plusieurs épisodes télévisée et d'une majorité des films, connaît parfaitement les personnages conçus par Gosho Aoyama. Cela lui permet donc d'amener adroitement le spectateur à se concentrer uniquement sur les réflexions de Conan, laissant du coup de côté Kogoro Mouri comme il est de coutume depuis neuf longs métrages. Mais une fois le film vu dans son entier, Stratégie en profondeur incite obligatoirement à revoir le long métrage. On y découvre alors que Kazunari Kochi avait déjà balisé ce fantastique moment car de nombreux indices visuels, certaines répliques pleines de doubles sens ou même une simple attitude inhabituelle chez lui, montraient clairement que le détective Mouri était sur la bonne piste dès le début du récit ! En soit, cela balaye tous les menus défauts que peu contenir Stratégie en profondeur, le plus mal aimé des longs métrages par les fans. Curieux paradoxe, il est vrai !

Paru en 2005, Stratégie en profondeur n'a pas du tout vieilli, bien au contraire. Un constat que l'on peut d'ailleurs aussi faire pour l'intégralité des longs métrages de la saga Détective Conan car chacun d'entre eux bénéficie systématiquement d'une écriture de qualité. Or, pour qu'un film fonctionne, il faut que son intrigue tienne la route. Stratégie en profondeur a également cet indéniable avantage d'être un oeuvre autonome qui se suffit à elle-même. Elle permet à tout un chacun de pouvoir s'immerger dans le récit sans craindre une perte de repère. Par ailleurs, c'est aussi l'un des rares films qui permet de comprendre la profonde relation amoureuse qui lie Shinichi et Ran, sans qu'elle ne paraisse ni trop mielleuse, ni trop forcée, contrairement au film précédent Le Magicien du ciel argenté où elle était trop excessive. Bref, tout ça pour dire que les longs métrages Détective Conan sont de petites pépites du cinéma d'animation japonais dont il est regrettable que seul les cinq premiers soient parus dans le commerce en France, à cause du peu de succès rencontré chez nous par le jeune détective. Stratégie en profondeur n'est peut-être pas la meilleure entrée en matière pour un non connaisseur (Le Gratte-Ciel infernal est très bien pour commencer), mais il est représentatif de l'ingéniosité de la majorité des intrigues policières écrites par Kazunari Kochi. Son corps a peut-être rétréci, mais son cerveau reste le même, car il n'y a qu'une seule vérité : Détective Conan est à savourer sans modération !

18 novembre 2016 par Olikos