Fievel et le nouveau monde : Quelques informations

Fievel et le nouveau monde est sorti en salle le 21 novembre 1986 au Québec, puis le 4 février 1987 en France. Le film possède le même doublage français sur les deux territoires. Contrairement à Brisby et le secret de NIMH, le film fut un énorme succès critique et populaire, faisant de ce film le premier succès majeur du tandem Don Bluth et Gary Goldman.

Le film possède pas moins de trois suites, dont le premier est sorti en salle : Fievel au Far West (1991), Fievel et le mystère du monstre de la nuit (1999) et Fievel et le trésor perdu (2000). Notons qu'il existe également une série télévisée diffusée en 1992.

Le saviez-vous ? En 1982 Steven Spielberg, impressionné par la qualité de Brisby et le secret de NIMH, proposa à Don Bluth de réaliser Fievel et le nouveau monde. Le succès gigantesque du film, aussi bien en salle qu'en vidéo, permis de délocaliser entièrement le studio d'animation en Irlande. Il devint par la même occasion le plus grand complexe européen dédié à l'animation. Le petit dinosaure et la vallée des merveilles y fut ainsi intégralement réalisé.

Résumé

Emigrant aux Etats-Unis, un jeune souriceau russe est séparé de sa famille. Il va alors tenter de les retrouver tout en tâchant de survivre dans ce nouveau pays.

Analyse de l'oeuvre

Contrairement à Walt Disney qui préférera disséminer, voire diluer le thème de la religion dans la plupart de ses longs métrages, avec pour seule véritable exception Blanche-Neige faisant ouvertement une prière avant d'aller dormir, Don Bluth n'hésitera pas à faire une place de choix à cette thématique dans ses films. Par exemple, il y aura au tout début des années 1990 Charlie, mon héros qui évoquera immanquablement le christianisme. Mais avec Fievel et le nouveau monde, le second long métrage du studio offre une parabole à une véritable persécution antisémite russe qui obligea des millions de juifs à quitter leur foyer. Plus qu'une persécution, c'est dans une terreur inimaginable que va vivre la population juive à la fin du XIXe siècle car la police tsariste n'hésite pas à piller ou tuer de la plus violente des manières. Don Bluth, tout comme Steven Spielberg qui sera associé au projet en tant que producteur, ont en effet en commun des membres de leur famille ayant émigré aux Etat-Unis durant cette période noire. Il est donc évident de retrouver dans l'histoire de Fievel et le nouveau monde une matérialisation en animation de cette sinistre période, où les souris doivent affronter de diaboliques chats de gouttières sanguinaires. Bien peu de spectateurs savent d'ailleurs que ce film évoque une réalité historique.

Pourtant, dès lors que l'on connaît cette vérité, toute la portée narrative du récit prend une ampleur différente, bien loin du seul divertissement familial que possède quand même le film même lorsque l'on ne se doute de rien. Au delà de la seule fuite du peuple juif de Russie, Fievel et le nouveau monde décrit aussi une autre réalité historique, celle qui faisait croire aux innombrables immigrants que les Etats-Unis étaient loin de la misère et de la persécution. Malheureusement, ils découvrirent tous à leur dépend qu'ils étaient loin d'être les bienvenues là-bas, et que ce nouveau monde était loin d'être aussi idyllique que la fameuse image de « rêve américain » laissait croire. Tout le film retranscrit avec une réalité presque dérangeante tous les dangers d'un tel voyage. En deux films, Don Bluth aura prouvé qu'il aborderait ses films d'une manière qui lui est propre et n'a plus rien à voir avec les films produits par la compagnie Disney qu'il avait quitté avec fracas.

Fievel et le nouveau monde s'ouvre ainsi sur le départ de la famille de Fievel qui décide de fuir la tyrannie des chats, persuadés que le nouveau monde offre un endroit dépourvu de ces prédateurs. Leur traversée en bateau est traitée sans concession, nous montrant que ce voyage était aussi périlleux que précaire. Et dans un élan de curiosité, poussé par les belles histoires de l'Amérique racontées par son père, Fievel est éjecté hors du bateau. Il va dès lors devoir se débrouiller tout seul dans cette immense ville de New York. La famille est ainsi séparée, et chacun d'entre eux va dès lors être l'objet de la convoitise des tortionnaires de toutes sortes qui savent jouer habilement de la crédulité de ces nouveaux arrivants. Heureusement, tout le film n'est pas forcément glauque, et ceci grâce à Fievel. Il est la lumière, la petite étincelle d'espoir du film, et c'est sur lui que repose toute la force mais aussi les faiblesses du récit. Car reconnaissant que lorsqu'on apporte un regard adulte à Fievel et le nouveau monde, force est de reconnaître que les propos du film frôle parfois l'endoctrinement. De fil en aiguille le long métrage nous livre en effet une vision très américano-américaine que le nouveau monde est la seule et unique terre promise. Difficile donc de s'étonner que le film est remporté un succès immense là-bas.

Techniquement, le film est sans aucun doute un ton en dessous de l'écurie Disney, mais un ton au dessus de bien d'autres productions moins connues de la même période. Les décors sont particulièrement soignés et plusieurs d'entre eux donnent même le frisson. L'animation des animaux anthropomorphes a également fait un grand bon en avant par rapport à Banjo, le chat malicieux dont c'était le principal défaut. Concernant les personnages, avouons que l' « humanisation » des animaux rend ces derniers forcément très attachants. Fievel rayonne d'ailleurs sur tout le film, car entre sa bouille craquante et sa personnalité puérile, il parvient à rassembler n'importe quel spectateur à lui. Non content d'être attachant, la force de volonté et l'ingéniosité de Fievel pour retrouver sa famille font oublier tout les a priori autour du film.

Énorme succès populaire lors de sa sortie en salle, grâce notamment au passage à vide de Disney à ce moment précis, Fievel et le nouveau monde reste aujourd'hui une oeuvre tout aussi poignante que merveilleuse. Tellement colossal que Don Bluth pu délocaliser son studio d'animation en Irlande, constituant au passage le plus grand studio d'Europe à la fin des années 80, où fut produit intégralement Le petit dinosaure et la vallée des merveilles. Fievel poursuivra d'ailleurs ses aventures en partant vers l'ouest, sans la participation de Don Bluth en 1991, puis dans une série télévisée en 1992, continuera à vivre sous la forme de deux longs métrages paru directement en vidéo en 1999 et 2000, et recevra enfin sa consécration ultime en devenant ambassadeur de l'ONU en 2000. Malgré son grand âge, Fievel et le nouveau monde reste donc aujourd'hui encore un grand classique du cinéma d'animation qui ne souffre au final que de ses chansons parfois douteuses.

24 mai 2013 par Olikos

Voxographie sélective

Doublage français d'origine (1986)

Fievel Souriskevitch : Sauvane DELANOE 1

Mama Souriskevitch : Nathalie NERVAL 1

Papa Souriskevitch : Roger LUMONT 1

Tanya Souriskevitch : Géraldine GUYON 1 (Dialogues)

Tanya Souriskevitch : Mathilde GOURET 1 (Chant)

Henri : Gérard RINALDI 1

Boniface de Rat : Roger LUMONT 1

Cancrelat : Roger CAREL 1

Moe : Georges ATLAS 1

Tony Toponi : Rachid FERRACHE 1

Bridget : Isabelle GANZ 1

John Loyal : Christian MARIN 1

Gussie Sourisfeller : Perrette PRADIER 1

Tiger : Alain DORVAL 1

Agent des services d'immigration : Serge SAUVION 2

Souris : Guy PIERAULD 2 ("Lâchez l'arme secrète!")

Souris : Michel MELLA 2 ("Soldes exceptionnelles, le pont de Brooklyn pour un dollar!")

Souris : Francis LAX 2 ("Un billet pour Chicago qui n'a servi qu'une fois")

Souris : Guy PIERAULD 2 ("Goûtez ma pomme")

Souris : Gérard RINALDI 2 ("Bienvenue, pieds tendres")

Souris tragédienne : Alain ZAEPFEL 2 (chanson "En Amérique")

Souris italienne : Jean-Christophe BENOIT 2 (chanson "En Amérique")

?: Philippe DUMAT 2