La légende du Cid : Quelques informations

La légende du Cid est le premier long métrage d'animation réalisé par le studio d'animation espagnol Filmax Animation. Alors qu'il est sorti en salle en France le 18 août 2004, il est totalement passé inaperçu auprès du grand public. Pour ne pas arranger la situation, l'édition DVD commercialisée par TF1 vidéo le 24 février 2005 est aujourd'hui totalement épuisée et n'a jamais été rééditée.

En compétition en 2004 dans la catégorie du meilleur long métrage d'animation au Festival d'Annecy, il ne remporta cependant pas le trophée de Cristal. Cependant, le long métrage reçu deux prix exclusivement espagnols : le Goya du meilleur film d'animation et le Barcelona Film Award.

Résumé

Séduisant et téméraire, Rodrigue est un chevalier hors du commun qui a su ravir le coeur de la belle Chimène. Mais victime d'un complot, il perd son honneur et l'amour de sa bien-aimée. Dans l'espoir de reconquérir son rang, il va alors livrer une lutte sans merci pour sauver l'Espagne des mains du terrible envahisseur Ben Yussuf. Rodrigue entre ainsi dans la légende pour devenir un héros immortel : le Cid.

Analyse de l'oeuvre

Lorsque je vous évoque le Cid, quelle est votre première réaction ? Vous vous demandez de quoi il s'agit ? Vous vous dites que vous en avez déjà vaguement entendu parler ? Ou bien vous vous revoyez, alors collégien, avec une pièce de théâtre à étudier entre les mains ? C'est pas si mal surtout si vous vous retrouvez dans la dernière catégorie. Et si maintenant je vous affirme que le Cid a bel et bien existé ? Vous vous étranglez de stupeur ? Trêve de babillage, le Cid est effectivement un personnage espagnol historique : Rodrigo Díaz de Vivar. Vous auriez sans aucun doute pensé que cet homme n'était qu'un personnage de fiction. Ce n'est pas faux, puisque son surnom a été popularisé par Pierre Corneille dans sa tragi-comédie en cinq actes bourrées de rimes et d'alexandrins. Je me suis amusé à relire cette pièce récemment en sachant que j'allais réaliser l'analyse de ce film d'animation espagnol. J'en avais gardé un souvenir horrible, sentiment largement exagéré après sa dernière redécouverte, même s'il est vrai que ce type de lecture n'est pas des plus adaptés à des pré-adolescent à mon humble avis. Toujours est-il que la pièce ne fait que survoler la vie palpitante de Rodrigo Díaz de Vivar. C'est donc ce personnage historique que Filmax Animation décide de retranscrire de façon romancée dans La légende du Cid.

Premier, et l'un des meilleurs longs métrages d'animation réalisé par Filmax Animation, La légende du Cid étonne par son hypothétique, mais évidente, filiation avec Disney. Je mentirais en disant avoir trouvé une documentation complète et détaillée de Filmax Animation. Mon espagnol n'était pas des plus fameux non plus, tout juste puis-je affirmer sans crainte que ce studio d'animation est une filiale du distributeur barcelonais Filmax tout court. Par contre, permettez-moi de me hasarder dans des suppositions en raison de troublantes similitudes entre l'âme présente dans ce long métrage et le studio Disney. Explications. Si vous êtes un fan de Disney, vous savez sans aucun doute qu'entre 1989 et 2002, il existait une filiale des Walt Disney Animations Studios en France. Le célèbre studio de Montreuil-sous-Bois avait été fondé par les frères Paul et Gaëtan Brizzi.

D'abord cantonné à des productions télévisuelles, le studio de Montreuil s'était par la suite vu confier deux longs métrages : La bande à Picsou, le film - Le trésor de la lampe perdue puis Dingo et Max. Leur talent avait ensuite été mis à profit pour les célèbres « grands classiques » tels que Le bossu de Notre-Dame (où fut notamment créé l'intégralité de la scène d'introduction du film), Hercule, Tarzan (dont le héros a été intégralement animé en France, sous l'oeil avisé de Glen Keane), Kuzco, l'empereur mégalo, ou encore Atlantide l'empire perdu, sans oublier une séquence entière pour Fantasia 2000 (L'oiseau de feu). Pourtant, Disney va connaître une grave crise et se voir contraint de fermer une à une toutes ses filiales à travers le monde. Le studio de Montreuil, originalement envisagé pour déménager dans les locaux du second parc Walt Disney Studios à Marne-la-Vallée, est remercié puis fermé définitivement en mai 2003. De nombreux animateurs s'éparpillent alors à travers l'Europe. Mais beaucoup d'entre eux avait préféré partir longtemps avant cette date fatidique, soit parce que leur contrat initial était arrivé à terme, soit parce qu'il redoutait déjà ce qu'allait advenir la filiale française.

C'est à partir de ces éléments que le mystère s'épaissit. Mais en même temps, c'est là qu'il en devient plus troublant et plus passionnant. Curieusement, Filmax Animation est né précisément à la même période, pendant la tourmente disneyenne, quand les talents se dispersaient au-delà de la France. La majorité de l'équipe de La légende du Cid est ainsi constitués de jeunes premiers plein d'enthousiasme (les plus âgés dépassent à peine la trentaine), avides de faire leur preuves. C'est peu pour monter une théorie, je vous l'accorde. Mais attendez un peu la suite. Plus que tout autre chose me permettant de dire que La légende du Cid est un descendant des films d'animation Disney, c'est le film en lui-même qui le confirme. Lorsque vous avez une bonne connaissance de la période des années 1990 à 2000 chez Disney, vous serez à de nombreuses reprises amené à penser devant lui que La légende du Cid est une ingénieuse, tout autant qu'imparfaite, synthèse du renouveau de Disney ! Par où commencer par vous en convaincre ? Il y en a tellement de possibilité de points de départ...

Pourquoi pas par le personnage de Chimène ? La jeune femme fougueuse du film a la même démarche aérienne que Belle, un visage très « keanien » proche d'Ariel, un caractère emporté comme Esmeralda, tout en étant capable d'user de ses charmes face à Ben Yussuf comme Jasmine. Ben Yussuf est une mélange habile entre Scar et Jafar, qui plus est doublé en français par Féodor Atkine renforçant d'autant plus l'improbable parenté entre les personnages. Rodrigue, quand à lui, est accompagné par un cheval aussi taciturne que celui de Mulan, tandis que le blaireau est un cousin éloigné de Meeko. Si cela ne suffisait pas, La légende du Cid comporte aussi d'impressionnantes scènes de courses poursuites aussi dantesques que la débandade des gnous de Le roi lion, mais également des séquences d'une immense foule hostile comme dans la prise de Notre-Dame. Ajoutons à cela la judicieuse utilisation de la caméra multiplane, l'adroite combinaison 2D/3D, les mouvements de camera inspirés et le soin apporté aux décors ressemblant à des toiles de peintures (même si un peu vides), tout ceci finit par me convaincre que ma théorie - des artistes ayant côtoyés des techniques et des outils que l'on ne trouvait qu'au studio de Montreuil fût un temps - est plus que convaincante !

Faut-il pour autant condamner La légende du Cid comme un passable clone des films d'animation Disney ? Que nenni ! Puisant dans le folklore et la réalité autour de la vie de Rodrigo Díaz de Vivar, Filmax Animation offre une histoire crédible et extrêmement bien ficelée. Pas un seul défaut n'est à relever sur la narration, ni sur la psychologie des personnages. Le caractère adulte de l'histoire est parfaitement équilibré par des éléments cartoonesques spécifiquement dédiés aux enfants. Les dialogues, y compris en français, pullulent d'un double sens succulent tandis que le récit offre plusieurs niveaux de lecture judicieux. Ajoutant à tout cela une bande originale acoustique, mélangeant sonorités orientales et hispaniques, franchement ma-gni-fi-que (j'appuie volontairement et très fortement sur chaque syllabe de ce mot), que dis-je, sensationnelle, somptueuse, inoubliable même, La légende du Cid semble aller vers le sans faute ! Cruellement, ce serait hypocrite de ma part d'affirmer que c'est le cas. Car le long métrage espagnol connaît trois principaux défauts.

Commençons par le moindre, car il n'est pas de son ressort, mais de celui du distributeur du film. Pour une raison inexplicable, le film a été distribué en Europe à partir de son adaptation anglaise, et non espagnole (elle est indisponible du DVD prétendant pourtant contenir la VO !). En a résulté un transfert DVD désastreux, ternissant à jamais la qualité visuelle du film. Cette comparaison est possible en visionnant le vidéoclip de la chanson titre de La légende du Cid qui est la seule vidéo proposant actuellement des extraits du film dans ses couleurs d'origines. Cela prouve que le film n'est pas présenté à son avantage dans le DVD, d'autant qu'il ne respecte pas non plus son cadrage de diffusion original. Le second défaut vient des personnages en eux-mêmes. Filmax Animation a volontairement disproportionné leur physionomie, afin de se démarquer de la touche Disney. La musculature impressionnante des combattants est donc bizarrement retranscrite, puisque nous avons surtout l'impression de voir des dizaines de Sammo Hung parader ou se battre à l'écran. Enfin, le troisième et le plus gros des problèmes du film provient de l'animation de ces mêmes personnages. Elle y est imparfaite, parfois peu soignée et souvent maladroite. Faut-il pour autant blâmer le film pour cela ? Moi, je dirais que non, surtout pour ce brillant premier coup d'essai de Filmax Animation.

La légende du Cid fait parti de ces quelques films dont personne n'a jamais entendu parler. Je ne l'ai moi-même découvert qu'à travers un programme jeunesse italien où j'ai eu un immense coup de coeur pour ce film espagnol. Il a été ensuite extrêmement difficile de mettre la main sur son édition DVD française, pressée en quantité dérisoire par TF1 Vidéo et aujourd'hui totalement introuvable dans le commerce et de toutes les boutiques en ligne. La contrepartie de son impopularité a cependant offert au film quelque chose de merveilleux. N'ayant visiblement jamais intéressé personne, aucune star ni starlette à la mode n'a été conviée à figurer dans la version française du film. De fait, La légende du Cid bénéficie de comédiens certifiés, inégalables et totalement imprégnés dans leur rôle, rehaussant inévitablement la qualité générale des dialogues. Du coup, il m'est difficilement concevable aujourd'hui de ne pas reconnaître les qualités de cette ambitieuse production espagnole que j'apprécie fortement, malgré ses défauts de jeunesse, d'autant que les autres films produits par Filmax Animation n'auront depuis jamais vraiment réussi à le surpasser. Étant bien trop peu connu à mon goût par le grand public, j'espère que cette fiche rendra ses lettres de noblesse à La légende du Cid et vous donnera à vous aussi, l'envie de le connaître voire même de vous procurer sans attendre sa bande originale. Ne manque plus qu'une édition HD restaurée dans ses apparats et couleurs d'origines pour que je sois totalement comblé !

04 septembre 2015 par Olikos

Voxographie sélective

Doublage français d'origine (2004)

Rodrigue : Jean-Pierre Michael 1

Chimène : Barbara Tissier 1

Ben Yussuf : Féodor Atkine 1

Don Diègue : Michel Leroyer 1

Roi Ferdinand Ier : Marc Cassot 1

Urraca : Déborah Perret 1

Alphonse : Philippe Catoire 1

Sanche : Francois Siener 1

Comte Ordonez : Michel Papineshi 1

Comte Gormas : Richard Darbois 1

Fanez : Pierre-François Pistorio 1

Garces : Benoît Allemane 1

Al-Mutamin : Laurent Natrella 1

Sources : 1Carton DVD