Le prince d'Égypte : Quelques informations

Le prince d'Égypte est le tout premier long métrage 2D de Dreamworks, mais leur second long métrage d'animation à sortir en salle après Fourmiz qui l'a précédé quelques semaines plus tôt. Il s'agit aussi de la première production animée d'envergure confiée à une femme au poste de réalisatrice chez Dreamworks : Brenda Chapman.

Le film a eu le privilège de sortir le 16 décembre 1998 en France, soit deux jours avant les Etats-Unis et le Québec. Notons que fidèle à ses mauvaises habitudes, Dreamworks n'a pas jugé bon de proposer une version québécoise de ce film.

Insolite : Dans certain pays le film ne fut jamais diffusé ni commercialisé. Moïse étant en effet un personnage biblique, certaines religions s'opposent à toute représentation d'un personnage divin aussi bien dans les livres, la peinture, la sculpture qu'au cinéma.

Résumé

Fils d'un esclave hébreu, Moïse est sauvé des eaux du Nil par la femme du pharaon. Adulte, il apprend la vérité sur ses origines. Guidé par la main de Dieu, il prend la tête du peuple hébreu affrontant pour cela Ramsès celui qui fut autrefois son "frère"...

Analyse de l'oeuvre

Qu'est-il donc passé par la tête des studios Dreamworks lorsqu'ils ont décidé de réaliser Le prince d'Égypte ? Faut-il y voir une sorte de métaphore cinématographique destinée à prouver que la libération du joug de l'hégémonique Disney dans le secteur de l'animation est possible ? Ironie mise à part, toujours est-il que ce film est une oeuvre foncièrement atypique, bercée de religion, mais non dénuée d'intérêt. Cependant Le prince d'Égypte pâtit d'un énorme handicap. En adaptant librement le récit de l'exode biblique de Moïse venant de l'Ancien Testament, il se met en concurrence directe avec l'une des plus grandes oeuvres cinématographiques de l'histoire du cinéma : le somptueux péplum qu'est Les dix commandements réalisé par Cecil B. DeMille en 1952 avec Charlton Heston dans le rôle titre. Le prince d'Égypte souffre inévitablement de la comparaison, d'autant qu'il se permet nombre de raccourcis inhérent au choix d'en faire un film d'animation, et surtout par l'apport de ces chansons qui prêtent à discussion dans un récit biblique. Il ne fait d'ailleurs aucun doute que Dreamworks s'est largement inspiré du péplum de 1952 pour réaliser son film.

Il est donc recommandé - même indispensable - d'aborder Le prince d'Égypte comme un film différent qui raconte la même histoire, et de fermer son esprit à toute tentative de comparaison avec son aîné. Vous en sortiriez foncièrement frustré et très déçu sinon. Et c'est d'ailleurs dans cet état d'esprit que je vais désormais poursuivre mon analyse. Le prince d'Égypte raconte ainsi l'histoire de la libération des hébreux du joug de Pharaon par Moïse. Moïse, c'est cet enfant sauvé par les eaux du Nil de l'infanticide massif ordonné par Pharaon des jeunes garçons hébreux nouveaux nés, et qui fut ensuite recueilli par la fille de ce dernier (dans ce film cependant, c'est la femme de Pharaon qui recueille Moïse). Une fois adulte et apprenant la vérité sur ses origines, Moïse devient ensuite l'élu de Dieu, celui qui va libérer son peuple et le conduire en terre promise. Que l'on soit pratiquant, profane, ou athée, le récit de Moïse est très connu dans le monde, et l'on sait donc forcément que cette histoire est sinistre. Le prince d'Égypte est indubitablement à mille lieu de la féérie de Disney et, avec cette première production 2D, Dreamworks essai de nous convaincre de leur différence.

Bien qu'effectivement plus sombre, Dreamworks ne fait cependant preuve d'aucune originalité avec Le prince d'Egypte, qui se contente d'utiliser quelques unes des recettes traditionnelles de son nouveau rival Disney. On y retrouve nombre de similitudes, que ce soit dans le découpage du récit, dans les chansons qui arrivent au moment propice, dans le traitement des personnages ou bien dans le style dynamique des effets de caméra, ainsi que leurs incrustations 3D. On peut donc sans honte dire que Le prince d'Egypte est le plus Disneyens des films Dreamworks. Toutefois, le film parvient à se démarquer via le design anguleux des personnages qui détonne pour un film d'animation et se rapproche des hiéroglyphes ou des peintures murales égyptiennes. Si dans les premières minutes ce détail saute vraiment aux yeux, force est de reconnaître que ce parti prit graphique est une réussite artistique indéniable, et qu'elle colle merveilleusement au récit. Les personnages bénéficient d'un travail exceptionnel, que ce soit au niveau du petit détail visuel, de la physionomie ou de leur morphologie, que c'est un réel plaisir de les suivre dans leurs étonnantes aventures.

A contrario, les décors du film font vraiment peine à voir. Très dépouillés, rarement détaillés, ils sont également marqués par une 3D envahissante, lisse et fade. Ces décors jurent régulièrement, car ils paraissent flous, parfois lointains et rarement en harmonie avec les personnages. Et c'est sans compter que, parfois, les décors répondent tout simplement aux abonnés absents au profit de fortes dominantes de couleurs uniques (noires, bleu foncées, rouges...), comme si le film avait été achevé un peu trop vite sans avoir été complètement terminé. En même temps, cela n'a rien de dégradant, tant l'action ou les dialogues parviennent à capter l'attention.

Heureusement, Le prince d'Egypte bénéficie d'une partition musicale de grande qualité, quoique trop empreinte de spiritualité. Hans Zimmer signe ici une excellente bande originale pour un film d'animation, une des meilleures de la fin des années 1990 sans doute. Toutes les chansons de Stephen Schwartz font mouche et sont de qualité, quoiqu'un peu maladroitement adaptées en version française. Probablement en raison d'une difficulté de retranscrire et respecter correctement le texte d'origine. Donnons d'ailleurs au passage une mention spéciale à Emmanuel Jacomy pour les dialogues de Ramses II, et surtout à l'excellent Olivier Constantin au chant pour Moïse.

Sans transcender l'art du cinéma d'animation, Dreamworks montre clairement qu'il veut entrer dans la cour des grands avec Le prince d'Égypte. Mis en concurrence directe avec Mulan à l'époque, le film a sans aucun doute été capable de lui tenir tête, même s'il n'a pu lui ravir la place d'honneur faute d'avoir été mieux travaillé. Au final, s'il souffre nécessairement à être comparé au film Les dix commandements et s'il affiche peut être un peu trop son ambition de propagande religieuse « à l'américaine » appuyée, Le prince d'Égypte reste finalement aujourd'hui une oeuvre formatée mais suffisamment intéressante à découvrir, pourvu que vous n'ayez aucun a priori religieux autour de ce film. C'est aussi une excellente mise en bouche annonçant le meilleur pour les futures (mais trop peu nombreuses) productions 2D des studios Dreamworks.

16 novembre 2012 par Olikos

Voxographie sélective

Doublage français d'origine (1998)

Moïse / Dieu : Emmanuel Curtil 1 (Dialogues)

Moïse : Olivier Constantin 1 (Chant)

Ramsès II : Emmanuel Jacomy 1 (Dialogues)

Ramsès II : Patrick Fiori 1 (Chant)

Tsypporah : Brigitte Berges 1 (Dialogues)

Tsypporah : Isabelle Georges 2 (Chant)

Myriam : Annie Milon 1 (Dialogues)

Myriam : Laurence Cartier 2 (Chant)

Aaron : Bernard Lanneau 1

Jéthro : Lionel Peintre 1

Séthi Ier : Bernard Tixier 1

Mouttouya : Frédérique Tirmont 1

Hotep : Vincent Grass 1

Uy : Pierre-François Pistorio 1

Choeurs : Michel Barouille 3, Michel Chevalier 3 et Patrice Schreider 3