Le royaume des chats : Quelques informations

Le royaume des chats est sorti en salle le 30 juillet 2003 en France. Au Québec, le film est sorti deux ans plus tard directement en vidéo le 22 février 2005.

Le saviez-vous ? Il existe actuellement une forte confusion quand à l'existence ou non d'un premier doublage réalisé en Belgique pour ce film. Certaines éditions DVD fournissent en effet un carton de doublage incohérent par rapport aux comédiens réellement présents dans le film. Les comédiens indiqués sont par ailleurs plus souvent associés à la série et aux films Pokémon. S'agit-il d'un réel premier doublage abandonné par la suite ou d'une erreur - coutumière de la part de Disney - dans les crédits du DVD ? Le mystère reste entier, d'autant plus que cette situation invraisemblable au premier abord n'est pas si unique.

Par exemple, on peut citer en 1994, Bernard Tiphaine qui enregistra le rôle Scar dans Le roi lion (car il doublait occasionnellement Jeremy Irons), avant que Jean Piat récupère finalement le personnage dans la version finale dévoilée au public. Plus emblématique, Chicken run fut également entièrement doublé en français avant d'être finalement immédiatement redoublé avec des comédiens plus connus avant sa projection en salle en France. Ce premier doublage subsiste d'ailleurs aujourd'hui dans les éditions vidéos québécoises.

Toujours est-il qu'aujourd'hui, seul un seul et unique doublage français est exploité en salle, vidéo et télévision pour Le royaume des chats. Ce doublage français fut confié à Dubbing Brothers, studio attitré pour les doublages de films Disney, sous la direction de Matthias Koslowski. Ce doublage reçu d'ailleurs les félicitations du studio Ghibli pour sa grande qualité d'adaptation.

Résumé

Haru est une jeune lycéenne pleine de doutes qui ne trouve pas sa place au milieu des autres. Sa vie bascule le jour où, sur le chemin de retour du lycée, elle sauve la vie d'un chat qui manque d'être écrasé par un camion. Une fois le danger écarté, le chat se lève sur ses pattes arrières, lui dit au revoir et disparaît. Le soir venu, Haru reçoit la visite d'un cortège de chats...

Analyse de l'oeuvre

Un ouragan a déferlé à travers le monde lorsque Le voyage de Chihiro est sorti en salles en 2001. Il fut même ovationné unanimement par le public, les festivals et la presse. Une lourde tâche repose donc inévitablement sur les épaules de Le royaume des chats amené à lui succéder. Heureusement pour lui, ce long métrage offre un contrepied sous une forme plus légère et qui reprend, plus ou moins, l'histoire de Alice aux pays des merveilles. Le tout combiné à une durée relativement restreinte pour un film de l'écurie Ghibli (à peine 1h10), Le royaume des chats offre une agréable histoire sans le moindre temps mort, sans chercher à embarquer ses spectateurs dans un univers incompréhensible. Tout est simple, probablement un peu trop même. Mais dans les grandes lignes, cette simplicité fait la force du récit qui parvient donc dignement à succéder à Le voyage de Chihiro, sans pour autant briller surtout si vous avez une certaine culture du film d'animation.

Étonnamment, Le royaume des chats peut être considérée comme une suite - directe ou spirituelle, à vous de choisir - de Si tu tends l'oreille. Ce long métrage paru au cinéma en 1995 racontait l'histoire de la jeune Shizuku qui écrira une nouvelle inspirée par une figurine en forme de chat. Le gros matou Mouta et le Baron Humbert Von Gikkingen (à vos souhaits) y faisait en effet leur premier pas. Ce long métrage est longtemps resté inédit en France, pour une raison inconnue, mais a finalement été commercialisé en septembre 2014. Il n'est bien entendu pas utile d'avoir vu Si tu tends l'oreille pour apprécier Le royaume des chats. Je souhaitais juste marquer cette curieuse filiation entre les deux oeuvres produites par le studio Ghibli. Curieuse oui, mais pourtant logique, car elle émane directement de Hayao Miyazaki ! Contacté en 1999 par un parc d'attraction qui souhaitait au départ projeter un court métrage, Miyazaki imposa en effet la réutilisation de ces deux personnages. Il demanda donc à Aoi Hiiragi, auteur du manga ayant inspiré Si tu tends l'oreille, d'écrire une toute nouvelle histoire. Vous voyez le lien désormais ? Toujours est-il que le travail fourni par Aoi Hiiragi fut si dense que de court métrage, Le royaume des chats devint long métrage.

Le royaume des chats a beaucoup de mal à se défaire de l'univers imaginé par Lewis Carol. Haru est une jeune fille tête en l'air, qui vivote dans une certaine routine, tout comme l'est Alice. Elle va elle aussi se mettre à suivre un matou blanc qui, certes involontairement, va la conduire vers un autre royaume. Là, elle va y rencontrer le Roi des chats, tout aussi méprisant et bourru que ne l'était la Reine de Coeur. N'oublions pas non plus Natoru qui fait penser sans équivoque au Chat du Cheshire. Dans cette folle épopée, seul le duo Baron / Mouta semble échapper à la caricature, même s'ils évoquent naturellement aussi le Chapelier et le Lièvre de Mars. Le tableau est posé ! Le royaume des chats évoque aussi, dans son graphisme et ses personnages anthropomorphes, la célèbre série animée italo-japonaise Sherlock Holmes qu'Hayao Miyazaki avait autrefois supervisée en 1981. A la seule différence finalement que l'univers plutôt canin de la série télévisée a été transmutée en un univers félin dans ce long métrage. Sans réel rapport direct, Le royaume des chats nous évoque aussi le succulent jeu Tail Concerto paru en 1998 (un an avant la mise en production de ce long métrage, troublante coïncidence), dont l'ambiance et l'univers ont été fortement influencé par les oeuvres de Miyazaki.

Un autre emprunt à la culture européenne est faite dans Le royaume des chats : Pinocchio. Haru se laisse en effet complètement manipuler par le Roi des chats. Elle ne voit pas venir le sortilège qui l'afflige, tel Pinocchio métamorphosé en véritable âne dans le conte écrit par Carlo Collodi (ce que l'adaptation Disney a très fortement édulcoré). Haru se laisse ainsi embobiner sans jamais broncher de cette cocasse situation de mariage arrangé. Pire, elle est même à deux doigts d'accepter cette situation, finalement pas si inconfortable selon elle. Heureusement que le Baron viendra à son secours, tel le cavalier sur son cheval blanc ! Comble de l'ironie, cette situation nous évoque immédiatement les contes de Cendrillon et de La belle au bois dormant. Haru doit en effet à tout prix quitter le royaume avant l'aube afin de briser le sortilège ! S'ensuit alors une course folle vers la sortie, qui évoque alors à nouveau le psychédélisme de la scène finale dans Alice au pays des merveilles de Disney.

Premier et actuellement seul film réalisé par Hiroyuki Morita pour le studio Ghibli, Le royaume des chats est donc un long métrage foncièrement imparfait. Constitué d'un amalgame d'emprunt à divers contes internationaux, le film manque cruellement d'une identité propre. Malgré tout, le film reste agréable à regarder car il entraîne avec lui le spectateur dans une folle aventure, à la fois reposante et amusante. Bref, de quoi largement se remettre du tourbillon provoqué par Chihiro deux ans auparavant.

20 juin 2014 par Olikos

Voxographie sélective

Doublage français d'origine (2003)

Haru : Emilie Rault 1

Baron : Patrick Borg 1

Roi des chats : Michel Barbey 1

Mouta : Jean-Claude Sachot 1

Toto : Gérard Dessalles 1

Le prince Loon : Alexis Victor 1

Blanche : Julie Turin 1

Natorn : Evelyne Grandjean 1

Natori : Jean-Pierre Leroux 1

Hiromi : Noémi Orphelin 1