L'étrange Noël de Monsieur Jack : Quelques informations

Tout comme La belle et la bête deux années auparavant, L'étrange Noël de Monsieur Jack est sorti en salle le 29 octobre 1993 au Québec avec une version doublée intégralement en France, alors qu'il n'a pourtant été diffusé sur le territoire français que plus d'un an plus tard, le 7 décembre 1994.

Longtemps avant le succès de Avatar de James Cameron qui a réellement réintroduit la 3-D au cinéma, Disney s'était déjà lancé très tôt dans une mutation vers le tout 3-D. Chicken Little fut ainsi le premier film d'animation du studio historique à proposer en salle une version du film convertie en post-production en 3-D, L'étrange Noël de Monsieur Jack fut ensuite le second à bénéficier d'un traitement similaire en 2006 (2007 en France), complété de quelques retouches esthétiques supplémentaires. Ce n'est qu'à partir de Bienvenue chez les Robinson que les films ultérieurs du studio furent proposés nativement en 3-D (La Princesse et la grenouille et Winnie l'ourson exceptés).

Résumé

La ville d'Halloween est peuplée de gens étranges dont le plus grand plaisir est de se livrer à des farces du plus mauvais goût. Le grand ordonnateur de ces rites cassants est «le Roi des citrouilles», Jack Skelington, qui effectue ce métier depuis déjà plusieurs années. Mais aujourd'hui, Jack se lasse de tout ceci, et aspire à de nouvelles expériences. Lorsqu'il découvre par accident la ville de Noël, il est fasciné par ses couleurs chatoyantes et son style convivial. Il retourne chez lui avec la ferme intention de prendre le contrôle de la fête de Noël...

Analyse de l'oeuvre

Que feriez-vous si vous étiez enfermé dans une routine millénaire, à tenter constamment de trouver de nouvelles idées toujours plus brillantes années après années ? Parviendriez-vous à vous surpasser à chaque fois ou, comme Jack Skellington, arrivera-t-il un moment où vous vous lasserez totalement ? L'étrange Noël de Monsieur Jack, ce film de Halloween le plus « noëlesque » jamais conçu, est un étonnant film d'animation répondant de façon humoristique et joyeuse au syndrome d'épuisement professionnel, le « bore-out » comme l'aime à l'appeler les anglophones. Notre héros est au début du film en pleine période de doute. Mais sa rencontre avec l'univers intrigant et unique de la ville de Noël va complètement le bouleverser et raviver en lui une flamme qu'il croyait éteinte. Il décide alors naturellement d'organiser par lui-même les festivités de Noël ! Sauf qu'il ne comprend pas totalement la signification et la portée de la fête de Noël. Avec sa bonne humeur retrouvée, et des dizaines de nouvelles idées à expérimenter, Jack ne va pas se rendre compte du désastre auquel il va devoir faire face ensuite ! Basé sur un poème et un concept original par Tim Burton durant les années 1980, Henry Selick livre ici sa propre interprétation de l'univers, insufflant sa propre vision de l'oeuvre et apportant une touche résolument personnelle à L'étrange Noël de Monsieur Jack. Il renouvellera d'ailleurs avec brio le même exercice de style bien des années plus tard avec un tout aussi mémorable Coraline.

Mon expérience et ma découverte de L'étrange Noël de Monsieur Jack fut des plus compliquées. Ce n'est qu'assez récemment que j'ai réellement pu découvrir cette oeuvre dans sa globalité. Je savais depuis bien avant l'ouverture de mon site qu'il s'agissait d'un film distribué par Disney, mais je ne m'étais jamais vraiment intéressé à lui principalement parce qu'il avait été distribué par sa filiale Touchstone. Or, ce studio n'entrait pas dans ma ligne éditoriale originelle, j'ai donc constamment repoussé la découverte de ce long métrage. C'est indirectement via la franchise à succès Kingdom Hearts que j'ai eu mon premier véritable contact avec l'ambiance du film. Dès le premier jeu de cette saga vidéoludique, Jack Skellington avait un niveau qui lui était entièrement dédié reflétant plus ou moins fidèlement le scénario du film. J'eus alors un gros coup de coeur pour la bande originale. Une petite ritournelle musicale s'empara alors de mon esprit, me donnant envie de découvrir, enfin, le film. Par chance, L'étrange Noël de Monsieur Jack était un film multiple fois rediffusé à la télévision (sur France Télévisions majoritairement). La malchance voulant que systématiquement mes enregistrements ne fonctionnèrent pas. La première fois, je n'enregistrais que la fin, la seconde fois le début, une dernière fois une partie du milieu en version originale sous titrée... Allez savoir pourquoi je n'avais pas eu l'idée toute simple de l'acheter tout simplement ! Heureusement, je franchis enfin le pas et réalisait, avec ironie, que j'étais passé à côté d'un merveilleux film en stop motion !!

Sorti en salle en 1993, L'étrange Noël de Monsieur Jack est le digne héritier du renouveau des Walt Disney Animation Studios. Bien qu'il fut distribué par Touchstone, ce long métrage aurait pu parfaitement trouver sa place parmi toutes les comédies musicales de la période. L'étrange Noël de Monsieur Jack bénéficie de la même construction narrative, de la même approche et de la même profonde intégration de chansons à texte. C'est précisément ce troisième aspect qui m'a irrésistiblement attiré vers le film. Je n'en connaissais pourtant à l'origine que leurs versions instrumentales dans Kingdom Hearts. J'ai pris un grand plaisir à les retrouver dans le film, sans avoir été effrayé une seule fois par la proéminence des chansons dans le déroulement du récit. Car il faut l'avouer, la musique et les chansons sont d'une telle importance qu'elles ne laissent jamais en paix l'oreille du spectateur. Bien peu de films d'animation peuvent se vanter d'être construit autour d'une longue et quasiment ininterrompu bande originale. Est-ce un mal ? Pas vraiment. Preuve en est que l'allergique aux comédies musicales que je suis y a survécu, avec un certain plaisir qui plus est. Chacune des chansons du film se révèle épique, entraînante et surtout importante. Pas une seule d'entre elles n'accuse la moindre faiblesse, mes félicitations à Danny Elfman. Donnons même une mention spéciale à la version française qui, en s'offrant des libertés obligatoires pour les besoins de l'adaptation et de la synchronisation labiale, réussit habilement à réinterpréter à sa manière l'essence des thématiques du film sans encombre. L'ensemble est même rehaussé par Olivier Constantin qui se fond avec maestria dans les tourments de Jack.

Vingt-deux ans plus tard, L'étrange Noël de Monsieur Jack reste entièrement ancré dans son époque car il a plutôt moyennement bien vieilli. En cause, un certain studio Aardman qui a porté l'animation image par image a un bien plus haut niveau depuis lors, particulièrement avec Les Pirates ! Bons à rien, mauvais en tout qui reste un vrai bijou esthétique à l'heure actuelle. Malgré ce constat, les quelques animations légèrement saccadées de L'étrange Noël de Monsieur Jack , qui interpellent tant de nos jours, s'accordent à merveille avec son thème morbide. Reconnaissons aussi que la totalité des personnages et décors de la ville de Halloween sont d'incontestables réussites, plus troublants que réellement effrayants, tout au contraire des humains du monde réel et des lutins de la ville de Noël qui gardent un aspect plus neutre et lisse. Bien que le film soit en majorité composé de scènes en stop-motion, de nombreux effets spéciaux sont également utilisés, la plupart utilisant le dessin traditionnel animé à la main. La combinaison des deux à l'écran se marient sans la moindre anicroche, d'autant que le film multiplie les plans audacieux afin d'être raccord avec les nombreux numéros musicaux de L'étrange Noël de Monsieur Jack.

Aujourd'hui, faut-il bouder L'étrange Noël de Monsieur Jack un peu surrané ? Certainement pas, car Henry Selick nous livre un long métrage franchement succulent qui ne laisse personne indifférent ! En creusant un peu sous la surface des choses, on se rend compte que L'étrange Noël de Monsieur Jack suinte la mélancolie de tous ses pores. Pourtant, en combinant deux thématiques totalement opposées (Halloween et Noël) tout en bénéficiant d'une excellente bande originale, le long métrage laisse au final une impression générale d'euphorie une fois que celui-ci se termine. Au final, L'étrange Noël de Monsieur Jack a tout du chef d'oeuvre !

30 octobre 2015 par Olikos

Voxographie sélective

Version française d'origine (1993)

Jack Skellington : Olivier Constantin 1

Sally : Dorothée Jemma 1 (dialogues)

Sally : Nina Morato 1 (chant)

Docteur Finklestein : Bernard Tiphaine 1

Le maire : Daniel Beretta 1

Am : Michel Costa 1

Stram : Céline Monsarrat 1 (dialogues)

Stram : Karine Costa 1 (chant)

Gram : Bertrand Liébert 1

Oogie Boogie : Richard Darbois 1

Père Noël : Henri Poirier 1

Voix additionnelles : Georges Costa 1 , Karine Costa 1 , Michel Costa 1 , Jean Stout 1 , Michel Élias 1 , Jean-Claude Briodin 1 , Daniel Beretta 1 , Johana Michel 1 , Martine Latorre 1 , Philippe Videcoq 1

Sources : 1Carton DVD