Princesse Mononoké : Quelques informations

Princesse Mononoké est sorti en salle le 12 janvier 2000 en France. C'est avec ce film que le studio Ghibli a pour la première fois commencé à percer en France, critiques et public ont en effet unanimement salués le film. Malheureusement, il ne sera pas encore le succès escompté. Ce n'est que deux ans plus tard, avec Le voyage de Chihiro que tous les projecteurs se sont enfin braqués sur le studio Ghibli.

Le saviez-vous ? Sur ses éditions vidéos, Princesse Mononoké est classé en tant que 1er film d'une collection numérotée alors qu'il s'agit en réalité du 10e film des studios Ghibli. Disney France aurait-il une fois encore créé une numérotation incohérente comme avec ses propres films ? En fait pas tout à fait. La collection numérotée française des films Ghibli respecte tout simplement l'ordre de distribution en vidéo des films en France. Princesse Mononoké est donc bel et bien le tout premier de cette liste. Malheureusement, l'ordre de mise en vente française ne respecte pas la chronologie de la création des films, rendant de fait cette numérotation légitimement étrange. A ce jour, seuls trois films n'ont pas (encore) été intégrés à cette collection numérotée : Le tombeau des lucioles (Car les droits sont détenus par Kazé), Si tu tends l'oreille et le téléfilm Entendre l'océan toujours inédits en France.

Résumé

Blessé par un sanglier rendu fou par les démons, le jeune guerrier Ashitaka doit quitter les siens et partir à la recherche du dieu-cerf qui, seul, pourra défaire le sortilège. Au cours de son voyage, Ashitaka rencontre Lady Eboshi, une sacrée femme à la tête d'une communauté de forgerons, qui doit se défendre contre ceux qui lui reprochent de détruire la forêt pour alimenter ses forges. Parmi ses pires ennemis se trouve San, une jeune fille sauvage élevée par des loups, la princesse des spectres...

Analyse de l'oeuvre

S'il y avait bien un film d'animation que je redoutais par dessus tout de devoir un jour analyser, c'est bien Princesse Mononoké. Les multiples niveaux de lecture de l'oeuvre ouvrent en effet d'immenses possibilités d'imprégnation. Tout un chacun aura forcément une vision unique et personnelle difficilement comparable à celles des autres. Princesse Mononoké est incontestablement une oeuvre exigeante. Soit on se contente de suivre le film sans se poser de question et on passe à côté de toute la richesse du récit, soit on s'y implique profondément au point d'être submergé par une très forte symbolique. Trouver la juste mesure pour évoquer le film est donc un exercice extrêmement hasardeux, dont je vais tenter de me prêter volontiers puisque vous avez longuement réclamé l'analyse de ce film sur le site.

Avant d'entrer dans le vif du sujet (je repousse un peu l'échéance, hein!), évoquons tout d'abord pourquoi Princesse Mononoké possède une aura si grande de nos jours. Il fut d'abord considéré comme le premier film a avoir été vraiment salué unaniment, faisant vraiment connaître le studio Ghibli au grand public. C'est pourtant loin d'avoir été le premier film à être sorti en salle, on se souviendra particulièrement de Porco Rosso au milieu des années 90 mais qui resta toutefois confiné à un public averti. Il fut ensuite considéré comme l'ultime réalisation de Hayao Miyazaki qui avait souhaité prendre sa retraite après ce film. Enfin, le rayonnement de Princesse Mononoké, on le doit surtout au contrat historique passé entre Disney et Ghibli remontant à 1996. Cette association insolite, jugée saugrenue voir même blasphématoire à l'époque, est née tandis que Ghibli cherchait un moyen de rentabiliser l'énorme budget alloué à Princesse Mononoké à l'époque, imposant le choix évident de devoir sortir le film à l'international pour ne pas risquer la banqueroute. Un problème s'imposait toutefois, Hayao Miyazaki était extrêmement frileux à une telle idée, traumatisé par l'effroyable remontage qu'avait subit son film Nausicaä de la vallée du vent durant les années 80.

Tous les grands studios furent contactés, plusieurs d'entre eux y voyait en effet une grosse opportunité. Malheureusement, nombres d'entre eux ne voulurent pas respecter les conditions imposés par le studio Ghibli. Tous, à l'exception d'un seul : Disney. La compagnie Disney fut à n'en pas douter aujourd'hui la meilleure possibilité à cette époque où elle était au sommet de sa gloire dans l'animation. L'association était en effet doublement profitable : d'un côté, Disney pouvait enfin trouver un moyen de percer au pays du soleil levant (les Ghibli ayant toujours battu à plate coutures les films d'animation Disney au Japon), et de l'autre, Ghibli s'associait inévitablement à une marque sûre, gage de qualité ! Une fois l'affaire conclut cependant, Disney se désillusionne en un tour de main. Pensant à l'origine accueillir dans son catalogue des films gentillets à l'image de Mon voisin Totoro ou Kiki, la petite sorcière, la marque Disney se trouve dans les mains avec un film résolument sanguinolent dont elle ne sait absolument pas quoi en faire ! Disney ne respecte donc pas son tout récent accord de « non modification » dès le premier film qu'elle est censé distribuer, édulcorant les dialogues, procédant à de menus modifications, puis repoussant sa sortie de plus de deux ans en le distribuant via sa filiale Miramax, afin de ne pas entacher la « magie gentillette » habituellement associée à la marque Disney.

Le film n'arrive donc en France que trois ans plus tard, où Disney France lui fait pourtant un accueil radicalement opposé à celui de la branche américaine. Il faut dire que les bonnes relations franco-japonaises remontent au milieu des années 70, et que la chasse aux sorcières de la « japoniaiserie » s'est considérablement tassé à la fin des années 90, où le manga s'est peu à peu imposé sur le territoire. Malgré de nombreux défauts d'adaptation, Disney France soigne la sortie du film de Ghibli. Sans transcender le box office, Princesse Mononoké parvient à s'imposer et la marque Ghibli perce doucement pour la première fois en France (contrairement au Québec notamment, où il est toujours quasi-inexistant de nos jours). Reconnaissons que les raisons sont aussi multiples qu'évidentes, Princesse Mononoké met en place une histoire aussi pertinente que résolument compréhensible du public français. Contrairement au public américain, il est en effet capable de ne pas faire l'amalgame infantilisant « L'animation, c'est uniquement pour les enfants » et perçoit donc plus facilement le message véhiculé par Princesse Mononoké.

Le film n'est pourtant pas simple à aborder, c'est un constat sans doute personnel, mais je pense que c'est réellement le cas. Je considère en effet difficile de parvenir à vraiment comprendre l'oeuvre de Hayao Miyazaki sans prendre la peine de se poser de nombreuses questions. Car la mythologie et la symbolique japonaises y sont fortes, et relativement hermétiques à un spectateur occidental, moi y compris. On ne peut absolument pas résumer l'intrigue du film à la seule lutte de l'homme contre la nature, ce serait bien trop réducteur. Chaque personnage du film a ses bons et ses mauvais côtés, chaque personnage campe dans ses positions, et chaque personnage a des arguments pertinents sur les buts qu'ils poursuivent. San veut protéger le foyer qu'elle a toujours connu, Dame Eboshi veut au contraire que le progrès puisse servir aux laissés pour compte, Ashitaka est quand à lui déchiré entre les deux mondes, incapable de choisir. La portée de Princesse Mononoké est donc immense car il n'y a ni des gentils, ni des méchants, juste des gens ordinaires qui vivent des situations extraordinaires. Quitte à mettre tout à feu et à sang.

Le film du studio Ghibli contrebalance cette histoire presque sinistre par une réalisation magnifique à l'opposée même du récit. A l'exception de la forge, et de la longue scène finale, les décors sont tout simplement somptueux. Un rayon de soleil traversant des feuillages touffus, un rayon de Lune à travers la caverne, le ruissellement de l'eau semble apaisant, faisant fi des conflits qui se livrent alentour. L’ambiance sonore du film accentue d'ailleurs régulièrement ce sentiment rendant certaines scènes oniriques. L'amour trouve aussi sa place dans le récit, de façon touchante et sincère, marquant d'ailleurs ouvertement une première vrai intrusion du genre dans un long métrage Ghibli où tout était jusqu'ici platonique.

En fin de compte, Princesse Mononoké est un drame, une tragédie même. C'est l'histoire d'un changement brusque et profond, qui rompt définitivement le mince équilibre entre l'humain et la nature qui existait autrefois. Autrefois confiné à un succès critique plus que populaire, Princesse Mononoké n'a réellement prit son envol qu'au moment où tout le monde braquait les yeux sur l'immense succès de Le voyage de Chihiro. Le grand public découvrant dès lors l'éblouissant précédent film qu'il avait négligé jusque là. Désormais devenue culte pour certains spectateurs, Princesse Mononoké constitue sans aucun doute l'oeuvre charnière de Hayao Miyazaki qui amorça là une profonde mutation pour ses réalisations suivantes. Sans doute difficile d'accès au premier abord, le film mérite pourtant amplement d'être connu et reconnu aujourd'hui.

03 octobre 2013 par Olikos

Voxographie sélective

Doublage français d'origine (2000)

San : Virginie Mery 1

Ashitaka : Cédric Dumont 1

Eboshi : Micky Sebastian 1

La louve : Catherine Sola 1

Toki : Adèle Carasso 1

Jiko : André Chaumeau 1

Gonza : François Siener 1

La doyenne : Jacqueline Danno 1

Kôroku : Jérome Pauwels 1

Okkotonushi : Said Amadis 1

Un Villageois : Claude Brosset 1

Un villageois : Yves Barsacq 1

Un sanglier : William Sabatier 1