Richard et le secret des livres magiques / Richard au pays des livres magiques

Quelques informations

Richard et le secret des livres magiques est sorti en salle au Québec le 23 novembre 1994, puis le 15 février 1995 sous le titre de Richard au pays des livres magiques en France. Dans les deux cas, les titres francophones s'éloignent du titre originel relativement intraduisible en l'état car il est basé sur un jeu de mots anglais. The Pagemaster renvoie en effet à plusieurs notions telles que « Première de couverture », qui correspond à la première page extérieure d'un livre (où se trouvent généralement le titre), mais aussi à « Maître de la page », en l'occurrence l'écrivain ou dans le cas du film le bibliothécaire. Dans les faits, l'adaptation francophone la plus proche de l'idée de départ du titre pourrait être « Maîtriser son destin ». Richard doit en effet écrire sa propre histoire pour pouvoir changer son avenir.

Plusieurs sites mentionnent que le film bénéficie d'une version longue, ce qui s'avère en réalité faux. Le long métrage a été amputé de plusieurs scènes avant d'être projeté en salle et a été distribué tel quel partout dans le monde. Certaines de ces scènes inédites sont aujourd'hui visibles dans le making-of et dans les bandes annonces du film. La différence de durée entre la version américaine et française réside seulement dans la différence des fréquences d'image des supports vidéo entre les deux territoires (les formats PAL et SECAM tournant 4 % plus vite que le NTSC, le film semble donc plus court).

Pour une raison inconnue, le film est inédit en DVD et Blu-ray en France. Il existe cependant des éditions DVD et Blu-ray canadiennes mais, dans les deux cas, seul le doublage québécois y est proposé (très agréable soit dit en passant). Le film a cependant été diffusé le 21 décembre 2015 sur Gulli dans sa version française.

Résumé

Surpris par un orage, Richard s'abrite dans une grande bibliothèque ignorant qu'il pénètre ici dans un monde fabuleux, où les livres prennent vie! Aidé de ses amis Aventure, Horreur et Fantaisie, il cherche la sortie. Mais il devra d'abord affronter d'étranges personnages sortis des livres: docteur Jekyll et Mr. Hyde, Moby Dick, les pirates de l'Ile au trésor, des fées, et même un dragon...

Analyse de l'oeuvre

En 1994 Macaulay Culkin, qui était la plus jeune et la plus immense star du cinéma américain, est déjà inexorablement sur le déclin. Il devait son fulgurant succès grâce à son rôle de Kevin McCallister, l'enfant oublié involontairement chez lui par ses parents dans Maman, j'ai raté l'avion en 1990, qui l'a propulsé en tête du box-office mondial. Deux ans plus tard, en 1992, il devient l'enfant star le mieux payé au monde, alors qu'il n'a que 12 ans, en touchant le salaire exorbitant de huit millions de dollars pour Maman, j'ai encore raté l'avion dans lequel il triomphe à nouveau. Tous les studios vont avoir immédiatement la bave au lèvre rien qu'à l'idée d'engager le jeune prodige. Considéré comme une véritable poule aux oeufs d'or pour les producteurs, ces derniers ne cherchent alors même pas à construire des scénarios potables puisque de toute façon, il allait leur rapporter un maximum d'argent. Macaulay Culkin va donc tourner sans relâche de nombreux films pendant cinq ans, dans des rôles plus ou moins potables. Dans l'intervalle, sa famille va se déchirer violemment devant les tribunaux. Chacun voulant remporter la plus grande partie du juteux gâteau afin de prendre le contrôle de son immense fortune. C'est dans cette pagaille monstre, mais aussi au plus haut de sa carrière, en 1992 donc, que Macaulay Culkin va tourner dans ce qui s'avérera être plus tard son unique contribution à un long métrage principalement animé qui ne sortira finalement en salle qu'en 1994 : Richard au pays des livres magiques. Un long métrage assez moyen qui est, de plus, assez difficile aujourd'hui à qualifier de long métrage d'animation dans la mesure où un tiers de ce film est composé de scènes avec acteurs.

Richard au pays des livres magiques reste pourtant une oeuvre assez atypique. Le scénario, écrit par David Kirschner (un vétéran du cinéma d'animation, ayant travaillé pour Don Bluth, Amblimation et 20th Century Fox notamment) et David Casci, part d'une idée complètement originale : raconter la métamorphose d'un jeune garçon introverti qui va apprendre à s'ouvrir aux autres au contact des livres. Une manière intéressante de montrer les problèmes liés à l'adolescente en démontrant que le contact avec les autres ne suffit pas, il faut aussi prendre les bonnes décisions par soi-même pour réussir à s'intégrer à la société. Pour une fois, une bibliothèque est utilisée de manière judicieuse dans un film puisqu'elle plonge le héros dans un monde étrange et fantastique. Une manière plus rationnelle et plus visuelle de montrer ce qui se passe généralement dans l'esprit d'un lecteur qui s'aventure par la pensée dans des contrées lointaines à travers la lecture. Je saluerai d'ailleurs l'ingénieuse performance de Christopher Lloyd qui dépoussière le cliché tenace de la bibliothécaire binoclarde, hautaine et coiffée d'un odieux chignon qui a toujours la dent dure dans de nombreuses productions concurrentes, même très récentes (y compris chez Disney dans Dingo et Max 2 - Les sportifs de l'extrême mais aussi chez Pixar dans Monstres Academy). Il est juste dommage qu'il soit légèrement cinglé et qu'une fois transformé en personnage animé, celui-ci devienne en réalité un simple transfuge peu majestueux de l'incontournable Yen Sid figurant dans Fantasia.

Richard au pays des livres magiques joue sur trois terrains cinématographiques différents, ce qui lui a d'ailleurs causé quelques tracasseries administratives. C'est en effet un film qui mélange prises de vues réelles, animation 2D et surtout, animation 3D. C'était même l'un des premiers, hors Disney, à se lancer dans l'aventure ! Au tout début du film, le long métrage expérimente l'utilisation de l'outil informatique pour assurer le passage du monde réel vers le dessin traditionnel. Pour cela, les (magnifiques) peintures du plafond de la bibliothèque fondent en une matière visqueuse puis s'agglomèrent pour former un impressionnant dragon. La peinture étant à la fois organique et synthétique, les « couleurs » se prêtent vraiment très bien au rendu en trois dimensions. Une fois agglomérées, les artistes mélangent adroitement la 3D et la 2D pour lancer le dragon à la poursuite de Richard. Le procédé, très habile, permet de transformer parfaitement les décors réels dans leur version animée. La transition est donc agréable à découvrir ! Une fois le film complètement transformé en version animée, le rendu global reste cohérent avec l'univers établi au départ mais il reste quand même très éloigné du standard de la période, que ce soit par rapport aux films de Don Bluth, d'Amblimation ou de Disney. Cela crée malheureusement un très fort contraste entre la qualité relativement pauvre des personnages à l'écran et leurs doublures, puisque derrière eux se cachent d'immenses stars telles que Whoopi Goldberg, Leonard Nimoy, Patrick Stewart ou encore Frank Welker.

Richard Tyler est ainsi un garçon qui a peur de tout, il se réfugie derrière les statistiques pour éviter d'avoir à affronter ses peurs et esquiver les problèmes. Tout va pourtant se lier contre lui, à commencer par la météo, qui va l'obliger à se réfugier dans la bibliothèque de son quartier. Contrairement au reste du scénario qui s'aventure dans plusieurs des romans les plus populaires pour lui faire passer diverses épreuves, la rencontre entre Richard et M. Dewey, le bibliothécaire, fait immédiatement penser à la relation similaire entretenue entre Bastien et le libraire dans L'histoire sans fin. Mais là où ce dernier film, culte pour toute une génération (moi y compris), s'avère bien plus subtil dans son approche, la relation entre Richard et M. Dewey ne fait qu'effleurer la surface des choses. C'est d'ailleurs là où va résider le défaut majeur de Richard au pays des livres magiques. Le long métrage ne cherche jamais à approfondir les propos qu'il tient. De cause à effet, il se contente seulement d'un seul niveau de lecture. Et le message véhiculé, s'il est certes universel, ne suffit pas à contenter les spectateurs plus âgés et un tant soit peu exigeants. Alors que le film est relativement court (une heure et sept minutes, hors génériques), il ne faut pas s'étonner s'il l'on trouve constamment le temps long. Bref, on s'ennuie un petit peu. La seule chose qui tient en éveil reste les références aux livres et histoires que traversent Richard. Jack et le haricot magique, Moby Dick, Les voyages de Gulliver, Docteur Jekyll et M. Hyde sont d'autant d'apparitions habilement intégrées à l'intrigue. En soit, c'est la bonne trouvaille du film, bien loin devant les misérables livres anthropomorphes qui ne servent que de faire-valoir sans surprises. Un peu comme tout le reste du film en somme.

Vingt-deux ans plus tard, reconnaissons que Richard au pays des livres magiques a moyennement bien vieilli. Le long métrage s'adresse désormais principalement au très jeune public, d'autant plus que Macaulay Culkin est pour eux un illustre inconnu. Couplé à une bande originale très moyenne dirigée par un James Horner pas au mieux de son génie (car il nous ressert ici à peine quelques variantes sonores de Le petit dinosaure et la vallée des merveilles), Richard au pays des livres magiques reste un petit film sympathique sans prétention aucune qui conviendra parfaitement aux petites têtes blondes. Quand aux autres, nostalgiques exceptés, le scénario bien trop pauvre ne retiendra pas leur attention car aussitôt vu, le film sera aussitôt oublié.

03 mars 2016 par Olikos