Souvenirs de Marnie : Quelques informations

Souvenirs de Marnie est le second long métrage réalisé par Hiromasa Yonebayashi après Arrietty - Le petit monde des chapardeurs. Il s'agit d'une adaptation du roman britanique When Marnie was there de Joan G. Robinson, mais transposé au Japon. Le long métrage est sorti en salle le 14 janvier 2015 en France.

Actuellement, il s'agit de l'ultime long métrage produit par le studio Ghibli qui a décidé de recentrer ses activités autour de la gestion de son patrimoine.

Résumé

Adolescente solitaire, Anna a perdu ses parents très jeune, et vit en ville avec ses parents adoptifs. Lorsque son asthme s'aggrave, sa mère adoptive l'envoie chez des parents, les Oiwa, qui vivent près de la mer dans un petit village au nord d'Hokkaïdo. Pour Anna, c'est le début d'un été d'aventures qui commence par sa découverte d'une grande demeure construite au coeur des marais, non loin du village. Même si elle semble avoir quelque chose de familier pour elle, La Maison des Marais, comme l'appellent les villageois, est inhabitée depuis bien longtemps. Et c'est là-bas qu'elle va faire la rencontre d'une étrange et mystérieuse fille : Marnie...

Analyse de l'oeuvre

L'année 2013 met le monde de l'animation en ébullition : Hayao Miyazaki et Isao Takahata proposèrent en salle, à quelques mois d'intervalle, leurs ultimes films d'animation. Les deux piliers du studio Ghibli prennent naturellement de l'âge, ils se voient difficilement réaliser un nouveau long métrage à l'avenir. Mais cela ne doit en rien compromettre l'avenir du studio Ghibli dont les activités de longs métrages pourront tout à fait continuer sans eux. Cependant, dans l'esprit de tout le monde, la même question s'impose : qui pourrait réussir à leur succéder ? Yoshifumi Kondo (Si tu tends l'oreille) parti trop tôt, Goro Miyazaki (Les contes de Terremer) incendié aussi bien par la presse que le public, Hiromasa Yonebayashi (Arrietty - Le petit monde des chapardeurs) semble le seul potentiel candidat. Dès lors qu'est annoncé en décembre 2013 qu'il réalisait Souvenirs de Marnie, tous les espoirs d'avenir du studio Ghibli se portent immédiatement sur le second long métrage du réalisateur. Rien ne laissait supposer à ce moment précis que Souvenirs de Marnie allait devenir la probable dernière production d'envergure du studio avant longtemps. C'est pourtant ce triste sort que va lui réserver le public japonais, qui préfère complètement bouder le film. Est-ce un problème de communication ou de promotion ? Est-ce le déferlement médiatique de la retraire de Miyazaki et Takahata qui a fait de l'ombre au film ? Ou est-ce l'humiliation suprême de constater l'écrasante victoire au box-office de Diancie et le cocoon de l'annihilation, sorti le même jour, qui a scellé le sort du film de Yonebayashi ? Peut-être un peu de tout cela à la fois à vrai dire et même un peu plus.

Pour son précédent film, Arrietty - Le petit monde des chapardeurs, Hiromasa Yonebayashi n'avait pas été totalement libre de faire ce qu'il voulait. Hayao Miyazaki avait « fourré son nez » un peu partout, ce qui avait laissé peu de chance au réalisateur de laisser sa propre marque. Malgré tout, il se dégageait de ce film une identité différente, agréable et qui alternait entre le réalisme et le merveilleux. Le long métrage racontait l'histoire de deux êtres que tout opposait, mais qui réussissaient à surpasser leur différence, à s'apprécier, et se faire mutuellement confiance. Le film offrait également quelques moments purement burlesques, principalement en raison de la succulente présence de Haru. Malheureusement, on ne retrouve pas cette heureuse combinaison dans Souvenirs de Marnie. Le peu d'éléments fantastiques du récit sont tués dans l'oeuf avant même d'avoir pu se mettre en place, éventé qui plus est par le titre même de l'oeuvre. Avouons que c'est regrettable. En l'absence de merveilleux, une certaine amertume emporte le spectateur qui découvre le film, frustré de devoir rester attentif d'un bout à l'autre du récit sans possibilité d'échappatoire. Souvenirs de Marnie, en plus d'être long, est en apparence un film exigeant. Particulièrement la première fois qu'on le découvre.

De prime abord, Souvenirs de Marnie semble vouloir imposer au spectateur une concentration intellectuelle intense alors qu'en réalité l'histoire s'avère plutôt plate et sans réel aboutissement, ni vrai rebondissement. Partagé entre la curiosité, afin de comprendre, et l'ennui, car le récit est de nature très posé, on se rend compte au final que notre cerveau accumule, de part ses innombrables dialogues, une quantité considérable d'informations au fur et à mesure que le récit se dévoile. Insidieusement, les grandes pièces du petit puzzle se mettent d'elle-même dans le bon ordre sans que l'on est besoin de se forcer à réfléchir. Du coup, au premier tiers du film on flaire déjà dans quelle direction va aller le récit. Au milieu, on découvre qu'on ne s'est pas trompé. Au deux-tiers, on a découvert le pot au rose. Au trois-quart, on n'est pas du tout surpris par la révélation majeure du long métrage qu'on avait déjà comprise longtemps avant. A la fin, on est frustré d'avoir compris trop vite qu'on avait été enfermé dans l'esprit d'une jeune fille tourmenté et qui s'était perdue dans ses propres souvenirs. Exclusivement des souvenirs d'ailleurs, puisque rien n'est fantastique dans l'histoire de cette jeune adolescente tourmentée qui passe son temps enfermée dans un passé inhibé. Heureusement que Souvenirs de Marnie se termine sur une note positive, car sinon, cela aurait été la déprime assurée !

Ceci étant dit, rendons quand même grâce à la beauté visuelle de Souvenirs de Marnie. C'est simple, on ne peut rien trouver à redire sur tous les décors du long métrage. Qu'ils soient urbains ou ruraux, ils sont tout bonnement magnifiques ! Ils fourmillent de tant de détails, parfois anodins, qu'on est sidéré de voir ces endroits aussi chaleureux, aussi... familiers ! Du désordre à l'abondance d'objets de toutes sortes, la maison de Kiyomasa et Setsu paraît naturelle et vrai. Certes, on ne s'attarde pas sur ces détails à la première vision du film, mais on ressent tout de même que cette maison est accueillante, sans pourvoir expliquer pourquoi. Lorsque l'on décide de revoir le film, ces petits détails sautent au yeux. On ne les avait pas du tout aperçu la première fois, pourtant on avait ressenti leurs présences. Preuve que ce sont toujours les plus infimes détails qui font toute la différence. Du côté des personnages, exception faite de Marnie et Anna, ceux de Souvenirs de Marnie sont pour la plupart caricaturaux : l'adolescente capricieuse Nobuko et sa mère aigrie, la binoclarde Sayaka, le pêcheur bourru, le gentil couple de fermiers Kiyomasa et Setsu, sans oublier la dépressive Yoriko. A contrario, Anna et Marnie ressortent du film alors qu'elles visuellement assez différentes. Anna est représentée telle une jeune fille moderne mais tourmentée, tandis que Marnie ressemble à une belle, mais fragile, poupée de porcelaine. Le symbolisme de fragilité des deux personnages est sans aucun doute la plus grande force de cet improbable duo. D'une certaine manière, en évoquant la souffrance intérieure, Souvenirs de Marnie avait anticipée, de nombreux mois à l'avance, l'idée générale du scénario de Vice-versa réalisé par Pixar.

Si vous n'avez encore jamais eu l'occasion de découvrir ce film, la plus malheureuse des approches serait de voir dans Souvenirs de Marnie l'ultime réalisation du studio Ghibli. N'ayant jamais été conçu en ce sens, non seulement cela va considérablement le désavantager face au poids immense des années et des films qui l'ont précédé, mais en plus vous allez regretter de ne pas y retrouver la fantaisie habituelle des productions de ce studio. D'autant plus que cela va exacerber le principal défaut du film : il ne laisse pas de place au mystère et donne trop d'explications, contrairement à nombre de ces prédécesseurs. En ne sachant au final pas qui était réellement Marnie, le film aurait sans aucun doute gagné une tout autre portée. Malgré tout, tout ceci reste facilement surmontable face à l'ingéniosité de l'animation, des dialogues et des décors. Sans oublier bien sûr une bande originale très soignée. En fin de compte, Souvenirs de Marnie tourne simplement une page de l'histoire de l'emblématique studio japonais tout en nous proposant, d'une certaine manière, une histoire qui fera vibrer à l'unisson nos émotions. Parce que, dans un sens, les propos du film symbolisent la fin d'une étape, l'acceptation de la perte et le début d'une nouvelle ère !

16 août 2015 par Olikos

Voxographie sélective

Doublage français d'origine (2015)

Anna : Adeline Chetail 1

Marnie : Emmylou Homs 1

Père de Marnie : Patrick Borg 2

Mère de Marnie : Anne Rondeleux 2

Setsu : Josiane Pinson 1

Hisako : Anne Deleuze 1

Yoriko : Alix Schmidt 1

Sayaka : Pauline Brunner 1

Kiyomasa : Pierre Dourlens 1

Nobuko : Juliette Poissonnier 1

Mademoiselle Kadoya : Joëlle Fossier 1

Yamashita : Jérôme Cachon 1

Voix additionnelles : Colette Venhard 1 , Claire Baradat 1 , Corinne Martin 1 , Bénédicte Rivière 1 , Oscar Biavan 1 , Alban Thuilier 1 , Mathias Cartigny 1 , Matt Mouredon 1 , Coralie Thuilier 1 , Ambre Foubert 1 , Lya Ghalaimia 1 , Yoann Borg 1 , Julien Alluguette 1 , Thierry D'Armor 1 , Pierre-Jean Pages 1 , Christian Peythieu 1 , Isabelle Desplantes 1 , Jean-Marc Charrier 1 , Guy Vouillot 1 , Manuel Blanc 1 , Jocelyne Mbembo 1 , Catherine Artigala 1 , Marie-Christine Robert 1 , Eric Stouvenaker 1 , Emma Gamet 1 , Jean-Jacques Chollet 1 , Marie Tirmont 1