U : Quelques informations

U est un film d'animation français réalisé par Grégoire Solotareff et Serge Elissalde. Il est sorti en salle le 11 octobre 2006. A ma connaissance, il n'a pas eu droit à une projection en salle au Québec.

Résumé

Une licorne prénommée U vient au secours de Mona, une petite fille désespérée par la cruauté de ses parents adoptifs. Le temps passe, Mona grandit et se transforme en une jolie adolescente rêveuse et très préoccupée par son aspect physique. Un jour débarquent dans ce pays imaginaire les membres d'une famille de bruyants et loufoques musiciens, les Wéwés, et, parmi eux, le charmeur Kulka.

Analyse de l'oeuvre

L'analyse du long métrage français U résulte d'un choix de toute dernière minute. J'avais en effet initialement envisagé un film complètement différent pour le tour du monde de l'animation réalisé en 2015, aussi bien d'approche que de conception : Kaena, la prophétie. Ce dernier avait pour particularité d'être le tout premier long métrage 3D réalisé en Europe. Sa réalisation avait même été plutôt palpitante. Finalement, c'est en discutant avec une amie de mon tour du monde de l'animation qu'a été évoqué U. Un film qui portait un nom aussi court et incongru, cela ne pouvait qu'attirer ma curiosité, d'autant que je n'en avais jamais entendu parler. Découvrant par ailleurs que Kaena, la prophétie était abondamment documenté, particulièrement sur Internet, et que près des deux tiers de sa conception fut réalisée au Canada, j'ai finalement décidé de prendre le total contre-pied et me procurer au plus vite un édition vidéo de U. Cela ne remet cependant pas en cause une future analyse de Kaena, la prophétie, surtout que Xilam est l'un de mes studios d'animation favoris.

L'expérience et la découverte de U fut des plus bizarres, car elle m'a amené dans un univers étrange, dans un genre cinématographique que je ne connaissais pas vraiment. Le long métrage est d'une nature atypique, il ne permet pas réellement de savoir à quel public il se destine. Entre son univers visuel rappelant surtout les livres illustrés pour jeunes enfants, mais saupoudrés de dialogues sans ambiguïté, jonglant entre la légèreté et le langage cru, clairement destinés aux adultes, cela fait de U un long métrage d'animation inclassable, tout aussi bizarre qu'hypnotique à découvrir. Son thème est pourtant de nature accessible, puisque U semble surtout brosser l'histoire du passage de l'enfance à l'adolescente, avec son lot de tourments affectifs. Mais entre son visuel enfantin et ses thématiques plutôt adultes, U ne semble au final pas réussir à se décider dans quel endroit se ranger. La meilleure solution serait de dire que le film s'adresse aux adolescents mais, là encore, ce public difficile n'y retrouvera pas son compte lui non plus. Bref, U m'a laissé totalement perplexe.

Grégoire Solotareff et Serge Elissalde avaient déjà collaboré ensemble en produisant Loulou et autres contes en 2003, qui réunissait quatre courts métrages (Micro-Loup, MariKa et le loup, T'es où Mère-Grand ?! et Pour faire le portrait d'un loup) et un moyen métrage (Loulou). Cependant, il s'agissait pour chacun d'eux d'adaptation à partir de livres. U a dès le début été envisagé comme un long métrage où l'on suivrait la vie d'une princesse, Mona, et d'une licorne baptisée U (U pour Unicorne). Une approche pas si différente d'un traditionnel conte de fées car la jeune princesse est élevée par des parents de substitution relativement cruels avec elle, tout du moins au début du film. Telle une marraine, U arrive donc à point nommé pour égayer la vie de Mona. En grandissant, le corps et les désirs de Mona vont peu à peu évoluer, jusqu'au jour où une famille de nomades vient s'installer quelque temps dans le domaine. Sa perception du monde va soudain changer et elle va connaître ses premiers émois. En parallèle du passage à l'adolescence de Mona va donc se dessiner un autre thème, celui de la tolérance envers les autres.

Je ne connais pas du tout le travail de Grégoire Solotareff ni aucun de ses livres illustrés pour enfants. Le peu de documentation que j'ai pu lire sur ses dessins met en avant son inspiration profonde pour l'art graphique et plus particulièrement les tableaux de maîtres dont il truffe de références la plupart de ses oeuvres. Je ne suis malheureusement pas du tout familier avec ce style artistique et suis donc bien incapable de les déceler. Aussi ne m'attarderai-je que sur la forme, et non sur le fonds, de l'univers visuel de U. Le long métrage met ainsi en scène des animaux anthropomorphes aux caractéristiques assez étonnantes. Mona est une chienne gigantesque, égoïste et capricieuse, élevée par deux rats, Goomi et Monseigneur, dont la relation mère-fils est des plus douteuses. Elle rencontre ensuite Kulka, le chat, dont la guitare avec laquelle il joue l'émerveille. Son attachement grandissant pour lui l'éloigne peu à peu de U qui trouve alors réconfort auprès de son nouvel ami Lazare le lézard. Autour d'eux gravite deux lapins, Baba et Mama, Rouge le loup, et Mimi la souris qui ne servent principalement que de bouche-trous dans le scénario.

U bénéficie d'un univers très coloré, sans équivoque échappé d'un livre. L'ensemble des éléments du films sont rehaussés d'un gros contour noir propre au style des bandes dessinées. Quelques scènes surréalistes jalonnent ça et là le film, sur une musique énergique où se mêle violon et guitare. U ne comporte cependant aucune réelle perspective, chaque élément du décor n'étant au final qu'un simple enchevêtrement d'éléments sans aucun volume. Cela ne gêne pas vraiment l'expérience, contrairement aux dialogues. Foncièrement bavard, tout en bénéficiant pourtant de bons comédiens dont l'excellent Bernard Alane, U parle constamment pour ne rien dire. Les trois quart du temps, les personnages discutent de choses et d'autres sans aucun intérêt, alourdissant un scénario qui se veut faussement compliqué. Alors que le thème du film se veut adulte dans son approche, la niaiserie de certains propos pose souvent problème, ce qui explique pourquoi je ne parviens pas à classifier le genre de ce long métrage d'animation décidément hors norme.

Le tour du monde de l'animation était l'occasion de vous faire connaître des longs métrage d'animation que j'avais déjà eu l'occasion de voir longtemps avant d'en réaliser leur analyse. U aura finalement été aussi l'occasion pour moi de découvrir un film d'animation jusqu'alors inconnu au bataillon et dont l'expérience fut des plus troublantes. Sortant franchement des sentiers battus, ainsi que du formatage habituel des productions animés, U est un de ces films inclassables que réussissent à mélanger des sentiments contradictoires. On fait cohabiter l'ennui profond que l'on ressent autour de ses personnages amorphes avec l'émerveillement visuel, tout autant que la puérilité des dialogues s'accorde aux sentiments enfouis en nous que l'on a effectivement ressenti un jour à l'adolescence. Difficilement accessible pour le très jeune public, trop simplet pour un adulte, U restera donc au final une oeuvre atypique qui n'atteindra que ceux qui y seront sensibles.

11 septembre 2015 par Olikos

Voxographie sélective

Doublage français d'origine (2006)

U : Vahina Giocante 1

Mona : Isild Le Besco 1

Goomi : Marie-Christine Orry 1

Monseigneur : Jean-Claude Bolle-Reddat 1

Archibald "Baba" Wéwé : Bernard Alane 1

Mama Wéwé : Bernadette Lafont 1

Lazare Wéwé : Guillaume Gallienne 1

Kulka Wéwé : Sanseverino 1

Mimi Wéwé : Maud Forget 1

Rouge Wéwé : Artus de Penguern 1

Sources : 1Générique du film