Voyage vers Agartha : Quelques informations

Voyage vers Agartha est un film d'animation japonais, réalisé par Makoto Shinkai en 2011. Même s'il a eu droit à quelques projections dans certains festivals sur toute la France, officiellement il est paru directement en vidéo le 4 juillet 2012.

Résumé

Un jour, alors qu'elle écoute l'émetteur radio que lui a légué son père, Asuna entend une mystérieuse chanson. Marquée par ce chant qui semble être l'incarnation même de l'âme de son interprète, Asuna ne parvient pas à l'oublier. En route pour son refuge dans les collines, elle est attaquée par une bête étrange et sauvée par Shun, un jeune homme sorti de nulle part. Il dit venir d'une contrée lointaine nommée Agartha et être venu à la surface voir quelque chose et parce qu'il voulait rencontrer quelqu'un. Les deux jeunes gens commencent à se confier l'un à l'autre, mais Shun disparaît soudainement...

Analyse de l'oeuvre

On aurait tort de croire que Ghibli est l'unique studio d'animation emblématique au Japon. Contrairement aux États-Unis, où Walt Disney a effectivement plus ou moins régné sans partage pendant plusieurs décennies avec ses films d'animation à la qualité indéniable face à la timide concurrence, le Japon est une terre riche qui a toujours su accorder une place de choix à l'animation. Il n'y est pas fait non plus l'amalgame typiquement français qui consiste à dire « dessin animé = gamineries ». L'animation y est intergénérationnelle, on y trouve de tout, pour tous les publics, pour tous les âges. Par contre, il est beaucoup plus vrai de dire que Hayao Miyazaki a bel et bien influencé toute une génération d'enfants, devenus plus tard réalisateurs à leur tour. Makoto Shinkai est incontestablement un de ceux-là, il ne s'en est d'ailleurs jamais caché. Avec Voyage vers Agartha, son troisième long métrage, il propose au spectateur un hommage manifeste aux oeuvres de Miyazaki. Tout ou presque nous rappelle les grands longs métrages du réalisateur, peut-être même parfois un peu trop car cela fait perdre un peu d'originalité au récit. Il n'empêche que Makoto Shinkai offre ici son film le plus enchanteur et le plus accessible après un La tour au-delà des nuages alambiqué et un 5cm Per Seconds passablement névrosé !

Au delà du voyage en lui-même, Voyage vers Agartha est surtout un voyage intérieur. Plus que ça, c'est l'histoire du deuil pour trois protagonistes. Il y a d'abord Asuna, la fille solitaire, qui avait plus ou moins accepté la perte de son père mais qui doit revivre une nouvelle tragédie quand Shun disparaît. Alors qu'elle le connaissait à peine, elle éprouve pour lui des sentiments qu'elle est incapable d'expliquer. Il y a ensuite le professeur Ryuji Morisaki qui n'accepte pas la mort de sa bien-aimée, disparue alors qu'il n'était pas auprès d'elle. Il se raccroche au minuscule espoir de la revoir vivante, car une légende prétend qu'à Agartha on peut ramener les morts à la vie. Il y a enfin Shin, le jeune frère de Shun, anéanti par la perte de son frère aîné même s'il refuse de se l'avouer. Si leurs désirs divergent, chacun d'eux va être entraîné dans la quête d'Agartha et ses mystères.

La citée perdue, thème universel par excellente, nous remémore inévitablement Le château dans le ciel, le film préféré de Makoto Shinkai. L'intrusion des humains dans un monde irréel, peuplés d'étranges créatures, nous évoque ensuite Le voyage de Chihiro tandis que le monde d'Agartha, figé dans le temps, nous fait penser à Nausicaa de la vallée du vent. Enfin, le côté médieval fantastisque, tout comme le trio de personnages, font irrémédiablement penser à Les contes de Terremer réalisé par Goro Miyazaki. Malgré tout ce mimétisme flagrant, il se dégage tout de même de Voyage vers Agartha une identité qui lui est propre. Makoto Shinkai réussit simplement à se réapproprier les idées de Miyazaki, mais en créant ses propres codes. Et je dois reconnaître que l'absence de côté tortueux ou alambiqués propre à Miyazaki permet de mieux s'immerger dans ce récit.

La tour au-delà des nuages était un film uchronique aussi intéressant à suivre qu'austère et froid à regarder. 5cm Per Second était une histoire poussive, de personnages aux tourments sentimentaux n'attirant aucune compassion pour eux, dans un univers magnifique quoi-qu'extrêmement trop réaliste. Voyage vers Agartha est heureusement beaucoup plus nuancé que les deux premiers, réussissant à trouver un excellent équilibre entre les personnages et les décors. L'ensemble des environnements présents durant les deux heures du film sont tous magnifiques à regarder. Le long métrage prend le temps de poser son récit, d'expliquer son contexte, de détailler chaque lieu, chaque endroit, pour y révéler ses détails ou ses mystères mais aussi chaque personnage.

Le royaume d'Agartha, inspiré par les théories du XIXe siècle autour de la Terre creuse, ne fait ainsi son apparition qu'après la 45e minute, sans pour autant que l'on est à souffrir d'une quelconque faiblesse dans l'histoire. Débarrassé du contexte réaliste dans lequel le début de l'histoire était enfermé, Makoto Shinkai propose un monde imaginaire magnifique où le regard peut se perdre jusqu'à l'horizon. Rien n'est laissé au hasard, démontrant un évident soucis du détail ! Même les quelques séquences ayant recours à l'animation assistée par ordinateur ne jurent pas avec le reste. On retrouve également cette harmonie avec la bande originale du film. Elle offre des thèmes intenses, apportant avec eux de profondes émotions. Bref, sur ces aspects visuels et auditifs, Voyage vers Agartha est une réussite incontestable !

Certains spectateurs reprocheront sans doute à Voyage vers Agartha d'être à la fois trop proche et trop éloigné des chef d'oeuvres produits par Hayao Miyazaki. Trop proche parce qu'on y retrouve quelques unes de ses mêmes idées, un même design caractéristique et une même construction narrative. Trop éloigné parce que le film n'inclue pas plusieurs niveaux de lectures ni n'intègre un fort symbolisme et encore moins d'allégorie. Malgré tout, Voyage vers Agartha est un récit poignant, magnifiquement mis en scène, qui m'a personnellement touché. A vous de voir si vous considérez ce long métrage comme une bonne alternative d'un film Ghibli, ou si vous auriez préféré voir quelque chose de complètement éloigné de cet esprit.

14 août 2015 par Olikos

Voxographie sélective

Doublage français d'origine (2011)

Asuna : Lucille Boudonnat 1

Ryuji Morisaki : Nicolas Djermag 1

Vieux sage : Jean-Claude Sachot 1

Capitaine de la garde : Luc Boulad 1

Voix additionnelles : Benoit Du Pac 1