Fantasia : Quelques informations

Aujourd'hui culte, ce film fut pourtant à l'origine l'échec le plus retentissant de l'histoire des studios Disney. Suite à la seconde guerre mondiale, le film est sorti sur les écrans français le 1er novembre 1946, soit six ans après les Etats-Unis. Le film ne possède pas de version québécoise, par contre, on peut identifier actuellement quatre doublages français différents.

Fantasia a été proposé plusieurs fois en salle en France : le 1 novembre 1946, à l'été 19671, le 27 octobre 19761, en 1986 avec la nouvelle orchestration, et enfin en 1990 avec la bande sonore d'origine.

Alors que Walt Disney souhaitait au départ faire un film en constante évolution avec de nouvelles séquences, le projet tomba à l'eau. Trop en avance sur son temps (nous sommes en 1940), le film fut boudé. Ce n'est que bien des années plus tard que le film fut reconnu comme le plus grand chef d'oeuvre de Walt Disney. Les studios l'ont compris, et c'est dans cet esprit que fut produit Fantasia 2000, 60 ans après.

Mickey ne faisait à l'origine pas parti de la séquence L'apprenti sorcier. C'était Simplet de Blanche-Neige et les sept nains qui était envisagé pour jouer dans cette séquence. Mais Walt Disney lui-même apporta la modification au dernier moment, offrant ainsi une excellente prestation à Mickey.

Fantasia a connu dans sa longue existence de nombreux bouleversements : remontage, censure, réorchestration, restauration... Vous pouvez consulter le détail de ces modifications en consultant la fiche dédiée Fantasia : péripéties des divers montages.

Pour sa sortie à l'international, Fantasia fut raccourci en éliminant chaque intermède narratif entre les séquences. Ce n'est finalement qu'en 2010 que le film fut proposé en version intégrale en Europe.

Résumé

Il n'est pas possible de résumer le film, puisqu'il est constitué de 8 séquences musicales. Il y a tout d'abord "Toccata et fugue en ré mineur", "Casse-noisette", "L'apprenti sorcier", "Le sacre de printemps", "La symphonie pastorale", "La danse des heures", "Une nuit sur le Mont Chauve" et "Ave Maria".

Analyse de l'oeuvre

Fantasia est sans aucun doute possible une oeuvre expérimentale unique en son genre parmi tous les films qui ont vu le jour au sein des Walt Disney Animation Studios. Sans doute beaucoup trop puisqu'elle n'était en fin de compte réservée qu'à une élite de spectateurs. Son perfectionnisme aura au final raison d'elle, et l'oeuvre qui devait être continuellement renouvelée fut boudée. Walt Disney enterra dès lors son « opéra » visuel et auditif, avant que sa renaissance bien des années plus tard retrouve au passage son statut de chef d'oeuvre culte du studio.

Fantasia est une oeuvre qui divise et qui rassemble à la fois. D'un côté, les puristes amoureux des partitions musicales crient souvent au sacrilège les remaniements des partitions faites pour les besoins des segments du film, de l'autre le grand public applaudit cette vulgarisation de la musique classique aux codes trop compliqués. Personnellement, je me rangerai volontiers dans la seconde catégorie, même si je trouve aujourd'hui encore que Fantasia aurait gagné d'être amputé d'au moins une de ses séquences. Le film y est en effet extrêmement long pour un long métrage d'animation principalement contemplatif, mais sincèrement quelle séquence aurait pu être ainsi sacrifiée ? Aucune d'entre elle, et c'est là tout le paradoxe de Fantasia !

En plus d'être une oeuvre unique, Fantasia est aussi un film atypique puisqu'il a connu des bouleversements au cours de sa longue vie. Si l'orchestration de la version originale fut assurée par Leopold Stokowski, une nouvelle bande son entièrement supervisée par Irwin Kostal fut proposée en 1982. Très peu appréciée par les critiques, la compagnie fit alors machine arrière pour les ressorties suivantes, et la version de Kostal fut enterrée à tout jamais. Autre élément de taille, des interventions vocales furent perdues, et Fantasia eu besoin d'être redoublé une première fois, puis une seconde fois. Si la coutume est très répandu en langue française, le cas est extrêmement rare aux États-Unis pour être souligné. Enfin, la séquence de la symphonie pastorale fut censurée à partir de 1969, retirant de l'écran tous les apparitions des jeunes centaurettes noires véhiculant de forts propos raciaux. La censure obligea d'ailleurs à recomposer entièrement cette séquence par effet de zoom, d'inversion d'image ou d'effacement numérique pour les copies les plus récentes, dans un premier temps sans que la bande son puisse être corrigée en conséquence. La version de Kostal, réalisé après censure, permettra de réduire considérablement ce sentiment de manque auditif, même si elle lui obligea de remanier la partition d'origine, puis l'ère du numérique permit de corriger à son tour la version de Stokovski.

En version française, Fantasia connu tout autant de bouleversements. Un premier doublage fut réalisé en 1946 à partir d'une version « courte » du film qui supprimait l'entracte et la totalité des interventions de Deems Taylor. En 1982 probablement, le film revient en salle avec cette fois la nouvelle bande son de Irwin Kostal et un tout nouveau doublage. En 1990 pour la sortie vidéo, Disney France effectue un troisième doublage, passage obligé suite au retour de la version d'origine de Stokowski. La carrière de Fantasia en langue francophone s'achève finalement par un quatrième et ultime doublage réalisé en 2010. Le film y est en effet proposé pour la toute première fois en version complète, les narrations de Deems Taylor de la version courte ne pouvant être reprises, il était une fois encore indispensable de refaire entièrement le doublage du film.

Il est d'ailleurs intéressant pour nous autres francophones de pouvoir comparer la version « courte » et la version complète de Fantasia. Alors que nous n'avions ici connue que la première depuis 1946, la version complète de Fantasia surprend. En plus de rallonger la durée du film déjà conséquente, les apparitions de Deems Taylor se révèlent au final lourdes et longues. Certes il prend le temps de remettre les choses dans leur contexte, mais ses interventions nombreuses obligent les spectateurs à un retour à la réalité abrupt entre chaque segment onirique de l'oeuvre. Au contraire, la version courte gagne en fluidité, ne faisant jamais sortir les spectateurs de la contemplation de Fantasia, et n'allant qu'à l'essentiel en seulement quelques secondes de transition. Le spectacle est nettement plus attrayant sous ce format raccourci.

Fantasia s'oeuvre tout d'abord par une séquence relativement abstraite où la musique ne fait qu'un avec l'image : Toccata et Fugue en Ré Mineur. Cette courte introduction est d'ailleurs une agréable mise en bouche de l'oeuvre, son principe sera d'ailleurs repris bien des années plus tard pour sa séquelle Fantasia 2000. Elle est ensuite suivie par Le ballet de Casse-Noisette qui compose six thématiques tantôt attendrissantes tantôt humoristiques tantôt envoutantes. Vient alors le segment le plus célèbre : L'apprenti sorcier. Le métrage connait depuis lors une carrière exceptionnelle, Mickey en est devenu l'emblème du film, et il fut distribué à de nombreuses reprises comme court métrage autonome (en France, il n'eut cependant l'honneur d'avoir une VHS à son nom qu'à la location, et dans une compilation à la vente) y compris à la télévision. L'histoire de cet apprenti, qui essaie de faciliter sa vie par la magie, tourne vite au cauchemar quand il ne parvient pas à stopper le sortilège qu'il a jeté. L'un des plus grands moments de Fantasia, que la version de Kostal permet de gagner en intensité. Il reste tout de même étonnant de savoir que la version de préproduction aurait due faire jouer Simplet, Walt Disney eu l'heureuse bonne idée de s'y opposer, offrant ainsi à Mickey l'un de ses plus beaux rôles.

Le sacre du printemps est sans conteste le segment le plus long de l'oeuvre. Il reste aussi le moins accessible au public non averti. Véritable docu-fiction avant l'heure, ce segment de Fantasia reconstitue avec une quasi-exactitude étonnante les premiers cycles de la vie sur Terre, notre planète ayant en effet connu plusieurs extinctions massives. Le caractère inhabituel de ce segment, qui tranche radicalement avec les autres, est également appuyé par une bande son oppressante. A l'inverse la technique utilisée est d'une rare qualité, tout comme les effets spéciaux très élaborés.

La symphonie pastorale permet heureusement de revenir à une « narration » plus légère, elle arrive d'ailleurs au bon moment pour récupérer les spectateurs qui se sont égarés dans le segment précédent. Les couleurs y sont plus chatoyantes et moins réelles. Les puristes critiqueront d'ailleurs fortement ce partie prit qui ne colle pas du tout à la symphonie de Beethoven. Le segment se décompose d'ailleurs en deux temps, l'un consacré à un troupeau de chevaux ailés et l'autre à un troupeau de centaures. C'est d'ailleurs principalement cette seconde partie qui est malheureusement le résultat d'une forte censure que nous connaissont aujourd'hui.

Si l'on excepte L'apprenti sorcier, mon second coup de cour de l'oeuvre reste indéniablement La ronde des heures. Délicieux ballet caustique, ce segment met en scène des autruches, des éléphants, des hippopotames et des crocodiles devenus tout comme Mickey très célèbres au delà du film. La version de Kostal se veut d'ailleurs beaucoup plus humoristique que celle de Stokovski, même si quelques effets rajoutés par ce dernier valent aussi le détour. La légèreté fait alors place à un segment réellement effrayant : Une nuit sur le mont chauve, inspiré d'une légende Ukrainienne. La musique accentue fortement ce qui se passe à l'écran, le dieu Chernabog y est resplendissant dans toute sa froideur ! La séquence finale se mêle ensuite à l'Ave Maria dont les chants semblent mettre un terme au courroux de Chernabog. Étonnant dans son concept, Fantasia est véritablement une oeuvre complètement à part dans le catalogue de Disney. Sans aucun successeur depuis lors, le film est donc absolument unique en son genre. Il existe bien Fantasia 2000, mais celui-ci se place plus en héritier d'un mythe qu'en véritable concurrent.

Assez ironiquement, Fantasia n'a jamais été pour moi une oeuvre coup de coeur. Il était d'ailleurs rare que j'y prête une attention particulière. Jusqu'à cette occasion récente et unique de pouvoir redécouvrir cette oeuvre avec l'orchestration de Irwin Kostal ! C'est alors avec des étoiles plein les yeux que je redécouvrais le concept de Fantasia. Incontestablement, la version de Kostal me convient merveilleusement mieux que celle de Stokovski. Certes, je me rends compte que je trahis la vision d'origine de l'oeuvre, mais qu'importe, j'ai enfin fut m'approprier Fantasia et replonger dans un chef d'oeuvre inoubliable. Et c'est d'ailleurs avec cette orchestration dans la tête que j'ai rédigé cette analyse. Ce qui m'amène donc à penser que Fantasia est une oeuvre qu'on ne peut apprécier que lorsqu'on y est réellement entré et approprié son concept. Sans cela, vous passerez inexorablement à côté d'une expérience auditive et visuelle intemporelle. A vous de voir si tel sera aussi votre cas ou pas !

10 janvier 2011 par Olikos

Voxographie sélective

Doublage français d'origine (1946) :

Narrateur : René Marc 1

Mickey et Leopold Stokowski ne sont pas doublés et conservent leurs voix américaines.

Second doublage français (1976) :

Narrateur : Jean Piat 2

Troisième doublage français (1986) :

Narrateur : François Périer 3

Leopold Stokowski : René Bériard 4

Mickey : Marc François 3

Le film bénéficie de la réorchestration de Irwin Kostal

Redoublage français partiel de la version de 1986 (1990) :

Narrateur : François Périer 3

Leopold Stokowski : Georges Aubert 5

Mickey : Jean-Paul Audrain 3

Retour à l'orchestration de Stokowski

Quatrième doublage français (2010) :

Narrateur : Pascal Germain 6

Leopold Stokowski : Philippe Ariotti 6

Mickey : Laurent Pasquier 6