Doublage : Aladdin

Aladdin existe en français en trois versions distinctes. Deux grandes interprétations par le Québec et la France, et une retouche d'une ligne de dialogue dans la version québécoise, en respect de la rectification de la version anglaise. La France a échappé à cette censure, car la traduction originale ne faisait aucune mention à cette ligne de dialogue, préférant jouer sur des rîmes.

Comme quasiment tous les doublages effectués au Québec, la version d'Aladdin se veut une version francisée du film reprennant toute l'essence émotionnelle des dialogues originaux, respectant avec une virtuosité certaine les moindres allusions et lignes de textes de la version anglaise. Un quasi sans faute sur toute la ligne pour ce doublage d'excellente qualité où l'on retient quasi-immédiatement certaines répliques mordantes. On pourra cependant reprocher une adaptation maladroite de la première chanson d'Aladdin qui manque légèrement de punch, mais le reste est excellent.

Immanquablement, comme presque toujours chez nous autres français, l'oeuvre est entièrement approprié par notre culture locale. Sans jamais trahir l'esprit du film original, la version française se permet d'adapter ou d'incruster des diologues parfaitement intégrés aux films, sans en dénaturer son âme. C'est inévitablement au niveau des chansons que la différence est flagrante. Privilégiant l'intonation, le rythme et les rimes, celles-ci sont assez éloignés des dialogues anglais, mais s'accorde parfaitement à l'intrigue. Ce doublage français est aussi une réussite.

En 2004, la version québécoise connut un remaniement. En fait, il ne s'agit pas d'un redoublage intégral, mais d'une retouche partielle effectuée au moment de la ressortie du film en vidéo. En effet, peu de temps après la sortie du film au cinéma, un scandale éclata à propos de la ligne de dialogue suivante "Oh je viens d'un pays, qui est certes très lointain. La caravane passe quand aboie les chiens. On vous coupe les oreilles, si votre air nous revient pas, c'est barbare mais on sent chez soit" dans la chanson d'ouverture du film, aussi bien en anglais qu'en québecois. Cette allusion fut donc complètement gommée et remplacée par ceci "Oh je viens d'un pays, qui est certes très lointain. La caravanne passe quand aboie les chiens. Cette terre de mystère, au décors si sévère, regorge d'histoires légendaires". Il s'agit en fait d'une ligne de dialogue "empruntée" à la version française.

Difficile personnellement d'établir un choix définitif entre les deux versions. S'il faut inévitablement trancher entre les deux doublages, je dirais simplement ceci. Les amoureux des versions originales se doivent de posséder la version québécoise car elle reste qualitativement identique. Les autres y préfèreront la version française. Mais si vous ne vous arrêtez pas à cette frontière, les deux versions ont leurs qualités et leurs défauts. Au final, elles sont mêmes complémentaires. On reste par exemple émerveillé par la qualité d'interprétation de Jafar, Iago ou le Sultan, où l'on croirait presque que les mêmes doubleurs ont travaillé dans les deux pays. Jasmine possède une voix particulièrement sexy lorsqu'elle parle en québécois, mais chante mieux en français. Aladdin possède une excellente voix dans les deux cas, quand au Génie, c'est selon votre goût auditif. Deux particularités cependant différencient les deux doublages. La version québécoise fait en premier une distinction de "classe sociale" entre les personnages par exemple (Le sultan tutoie Jafar, mais celui-ci le vouvoie), et se prette plus facilement à l'allusion d'Allah lors d'exclamations soudaines des personnages. Ce que l'on ne retrouve pas en français. La seconde particularité revient à la qualité des réinterprétations des chansons en français, qui ne se veulent pas du tout fidèles à la version anglaise, mais de meilleure qualité. Choix cornélien au sujet des doublages francophonnes sur Aladdin donc, je vous recommande au final d'en posséder les deux !

11 septembre 2007 par Olikos