Sommaire
Les faits réels de la jeunesse de Picsou (1/5) : Episodes 1 à 4 et 3bis
Les faits réels de la jeunesse de Picsou (2/5) : Episodes 5 à 7 et 6bis
Les faits réels de la jeunesse de Picsou (3/5) : Episodes 8, 8bis et 8ter
Les faits réels de la jeunesse de Picsou (4/5) : Episodes 9, 10 et 10bis
Les faits réels de la jeunesse de Picsou (5/5) : Episodes 11, 12 et 0

La Jeunesse de Picsou et Les Grands Classiques, c'est une longue histoire mutuelle qui remonte aux balbutiements de la conception du site. L'oeuvre magistrale de Don Rosa y a toujours tenu une place de choix, et a été l'objet de nombreux remaniements et approfondissement sur sa fiche dédiée. Depuis, Blanche-Neige et les sept nains a beau lui tenir tête, c'est souvent La jeunesse de Picsou qui lui vole la vedette en caracolant régulièrement en tête des consultations depuis des années. Aussi, il était temps de revenir une nouvelle fois sur cette somptueuse saga, sous un regard entièrement nouveau et absolument inédit !

Les faits réels de la jeunesse de Picsou (3/5)

La majorité des lecteurs sont unanimes, la période de la vie de Picsou se déroulant pendant la ruée vers l'or du Klondike constitue l'apothéose de la saga. C'est là que se joue le destin du héros qui y fait l'expérience de la vie. Et autant le scénario est extrêmement fort autant cette période de la vie de Picsou est d'une richesse en faits réels historiques. Absolument rien n'est laissé au hasard, Don Rosa reconstitue avec une minutie exceptionnelle toute l'histoire du Klondike.

Episode 8 : L'empereur du Klondike

Dès le début de cet épisode, Picsou arrive à Skagway à bord d'un bateau appelé The Southern Cross. Il faut sans doute y voir ici un clin d'oeil à la British Antartic Expedition de 1898 et à son bateau construit en 1886 nommé le SS Southern Cross qui eu l'occasion de séjourner quelque temps en Australie (destination où se trouvait justement Picsou dans l'épisode 7). Mais la comparaison s'arrête seulement au nom, car le bateau dessiné par Don Rosa et le véritable SS Southern Cross n'ont en effet absolument rien d'autre en commun.

Picsou met pour la première fois le pied dans l'état de l'Alaska dans la ville de Skagway. Si de nos jours, cette ville ne compte même plus le millier de résidents, en 1897 cette ville connu une affluence massive pendant plus d'un an. Des dizaines de milliers de prospecteurs passaient en effet par cette ville afin de rejoindre le Canada et faire fortune. La ville de Skagway fut fondée à peine dix ans plus tôt, son nom lui provient d'une ancienne tribu indienne qui vivait dans cette région. La folle ruée vers l'or du Klondike fait rapidement grimper la population en quelques semaines, et son taux de criminalité croit de façon exponentielle pour devenir rapidement la ville la plus dangereuse des Etats-Unis !

Cette migration importante de personnes à Skagway s'explique très facilement : c'était l'un des deux seuls points de départ possible vers l'or du Klondike. Le premier était le sentier du Dead Horse Trail, qui partait de Skagway, et le second le col de Chilkoot. Le sentier du Dead Horse Trail reçu ce nom en 1897 car environ 3000 chevaux l'empruntèrent mais peu d'entre eux purent atteindre le sommet du col White. Les malheureux animaux morts furent piétinés sans aucun ménagement par la foule qui déferlait. Ce sentier fut donc définitivement fermé durant l'hivers 1897 et les prospecteurs se tournèrent dès lors le sentier du col de Chilkoot que l'on découvre justement dans cet épisode.

Le Chilkoot Trail était un sentier réputé pour être un itinéraire encore plus difficile que le Dead Horse Trail. Son point de départ se situait dans la ville de Dyea, alors concurrente de la ville à de Skaway situé à 15km au sud. Ce sentier de 53km permettait d'atteindre la ville de Bennett, mais il passait par le redoutable col de Chilkoot qui culminait à 1067 mètres. Le dénivelé y est extrêmement important allant de près de 40% à plus de 70% dans les passages les plus délicats. Ce sentier était un cauchemar en hivers où le froid atteignait les -50°C, mais cela ne sembla pas compromettre la soif de l'or des 22'000 prospecteurs qui l'empruntèrent en flot ininterrompu ( de jour comme de nuit) pendant deux années. Et il fallait être d'une patience à toute épreuve car il ne fallait pas moins de 4 heures d'attente pour seulement espérer gravir ce col ! De nos jours ce sentier existe toujours, et il reste tout aussi difficile sans préparation et matériel d'expédition approprié. Toutefois, la fin du chemin débouche désormais sur la ville fantôme de Bennett, car elle fut abandonnée à la fin de la ruée vers l'or.

Dans cet épisode, Picsou fait la rencontre de deux figures emblématiques : Wyatt Earp et Soapy Smith. J'aurais l'occasion de revenir sur le premier un peu plus loin dans ce dossier, aussi concentrons nous sur le second, qui inspira à Don Rosa le personnage de Soapy Slick. Soapy Smith, de son véritable nom Jefferson Randolph Smith, était un escroc et gangster ayant la main mise sur de nombreuses organisations criminelles aux Etats-Unis. Ce dernier est devenu célèbre suite à une escroquerie de grande ampleur qui dura près de 20 ans ! Elle était pourtant extrêmement simple : il vendait dans la rue des morceaux de savon emballé. Et pour attirer les clients, il indiquait avoir glissé dans les emballages des billets de 1$ à 100$. Évidemment, personne ne s'est jamais rendu compte que les heureux détenteurs des lots de 100$ faisait en fait partie de sa bande. Parallèlement à cette escroquerie, Soapy Smith développe les jeux d'argent et de hasard, d'abord au Texas, puis dans le Colorado. Il doit finalement quitter précipitamment Denver et part s'installer à Skagway en 1896. Là il se refait très rapidement une santé en ouvrant son Saloon et en s'asseyant à la tête de nombreux arnaqueurs et prostituées malhonnêtes. La ruée vers l'or de 1897 est d'ailleurs un excellente opportunité pour lui d'escroquer les prospecteurs. Il ne fut d'ailleurs jamais inquiété par la police locale car il laissait transparaître un honnête citoyen et brillant homme d'affaire. Sa vie, constitué de magouilles et de tours de passe-passe, se termine finalement dans un bain de sang puisqu'il meurt en 1898, tué d'une balle. Don Rosa fait toutefois le choix de garder en vie son personnage de Soapy Slick afin d'opposer à Picsou son plus grand rival à ce moment de sa vie. Soapy Slick poursuit en effet sa vie malhonnête à Dawson aux côtés de Goldie qu'il n'a aucun mal à convaincre de participer à ses escroqueries.

Après avoir franchi le col de Chilkoot, Picsou traverse sans aucun doute possible les villes de Bennett (qui ne sera d'ailleurs jamais évoquée dans la saga) et de Whitehorse, remontant ainsi le long fleuve Yukon afin d'atteindre la légendaire Dawson City. La petite bourgade s'étant rapidement pour devenir une ville immense d'environ 40'000 personnes. C'est à quelques kilomètres de là, dans la vallée de Bonanza située au sud-est, que les vaillants chercheurs d'or vont pendant trois ans creuser sans relâche le sol congelé. Picsou, au contraire, décidera d'aller au nord-est, et c'est d'ailleurs là la seule transgression à la réalité historique. Il n'est en effet pas fait mention d'une quelconque rivière ni vallée de l'Agonie Blanche dans l'histoire de la ruée vers l'or de Dawson City. Mais en regardant la région vue du ciel, on peut toutefois distinguer une zone potentielle, avec le relief d'un cour d'eau asséché, qui pourrait être la vallée de l'Agonie Blanche imaginée par Don Rosa.

Alors qu'il remonte la rivière de l'Agonie Blanche, pour ce faire, il traverse un glacier dans lequel il fait une surprenante découverte : un mammouth congelé parfaitement préservé. Aussi inattendu que cela puisse paraître, il n'est pas aussi incroyable de trouver cet animal parfaitement conservé dans les glaces du Canada, de la Sibérie ou de l'Alaska. Beaucoup d'entre eux ont en effet été retrouvés intact, le premier fut ainsi découvert en 1797 en Sibérie. Ces découvertes nombreuses de mammouths parfaitement préservés alimentent encore de nos jours les discussions pour comprendre les circonstances de leur disparition. Ils étaient d'ailleurs si bien préservé qu'aujourd'hui subsiste une anecdote, véridique ou non allez-savoir, racontant qu'il était possible de manger des steaks de Mammouths à Ferbanks en Alaska !

Episode 8 bis : La fiancée du Grand Nord

Cet épisode ne fait pas parti, selon Don Rosa, de La jeunesse de Picsou. Il ne s'agit en effet que d'un épisode hors série, sa saga ne compte en effet que 12 épisodes et pas un seul de plus. Mais s'il on s'en tenait à cet avis, le lecteur manquerai en effet la meilleure partie de l'histoire. Cet épisode bis fait intégralement parti des douze autres. A tel point d'ailleurs qu'il s'agit actuellement du seul et unique épisode bis ne faisant absolument pas intervenir ni Donald, ni Riri, Fifi et Loulou. Et cet épisode bis regorge lui aussi de faits et personnages historiques.

L'intégralité de cet épisode fait mention d'une famine à Dawson. Don Rosa fait une transgression volontaire à la réalité historique, car il n'y eu jamais de famine dans la ville en 1898. Comme le sol et les rivières se gelaient en automne et en hivers, il était à la fois impossible de cultiver quoi que ce soit et d'acheminer des vivres par bateau. Aussi, la police montée canadienne s'assurait dès le col de Chilkoot que tous les prospecteurs qui souhaitaient se rendre à Dawson emportait un an de vivre avec eux, soit environ 1 tonne, ou au moins l'équivalent en argent liquide. De fait, bien que la crainte de famine soit restée sur toutes les lèvres, particulièrement en 1898, il n'y en eu pas dans la ville de Dawson.

Mais le reste de l'Amérique et du Canada était persuadé que la famine allait bientôt toucher la ville, de nombreuses coupures de presse faisaient en effet des constatations alarmantes à ce sujet. A tel point d'ailleurs qu'elles alimentaient les conversations au Congrès de Washington. Aussi, le gouvernement américain attribua 200'000 de dollars afin de monter une expédition de secours. Il leur fallut plus d'un an et demi pour atteindre Dawson. L'ironie de l'histoire c'est que c'est l'expédition de secours qui fut la plus en peine au vu des innombrables difficultés qu'elle rencontra pour atteindre la ville, alors que les prospecteurs n'avaient au final aucun réel besoin de leurs vivres. L'expédition de secours arriva très mal en point à Dawson le 27 janvier 1899. Ce qui permet de situer cet épisode bis cette année là, et non en 1898 comme on le supposait jusqu'à présent.

Aucune famine ne toucha les prospecteurs grâce à l'ingéniosité d'un homme : le colonel Samuel Benfield Steele. Il s'assura en effet que chaque prospecteur respectait la condition d'emporter une tonne de vivre pour espérer franchir la frontière canadienne. Sam Steele fait figure de personnage emblématique du Yukon, car il imposa dès son arrivée en 1898 de percevoir des droits de douane, de confisquer toute arme à feu et d'arrêter quiconque maltraitait ses animaux. Ceci résulte en effet de sa rencontre avec la bande Soapy Smith à Skagway dont il refusait qu'ils puissent imposer leur loi en territoire Yukon. A ce titre, Sam Steele parvint à rendre cette ruée vers l'or la plus civilisée qui ai jamais existé, et rendre à la ville de Dawson City un climat plus sain. On compte également à ces actifs la mise en place d'une commission sanitaire car les rues étaient de vrais nids à microbes. Le personnage dessinée par Don Rosa, bien que caricaturé, se veut donc extrêmement réaliste. Malheureusement, sa brillante carrière fut stoppée net en septembre 1899, des politiciens véreux mettent en effet un terme à son mandat car ce dernier se montrait trop récalcitrant en s'opposant à leurs magouilles.

A ses côtés, figure un scribouillard semble-t-il inconnu : Mister London. Au contraire, il s'agit ici du plus célèbre écrivain lié aux légendes du Klondike : Jack London. En France, on le connait avant tout pour son roman Croc-Blanc, par contre aux États-Unis et au Canada c'est principalement sa nouvelle L'appel de la forêt (cité dans cet épisode) qui est plus connue. Elle a d'ailleurs fait l'objet d'une adaptation en bande dessinée dans laquelle Pluto joue le rôle de Buck et Mickey celui de John Thornton. Ces deux oeuvres de Jack London partagent un point en commun, en dehors du fait qu'un chien est le héros dans les deux, elles ont toutes les deux étaient inspirés par la ruée vers l'or à laquelle Jack London a participé.

Difficile de savoir qui peut bien être l'inspecteur Scarth de la police montée canadienne qui figure dans cet épisode se déroulant en 1899. La seule et unique trace d'un quelconque Scarth est le rapport d'un certain W.N. Scarth qu'il a écrit en 1897, disponible sur microfiche dans les Arviches Nationales Canadiennes. Serait-ce donc lui ? Une seconde théorie peut être explorée, on trouve en effet une seconde référence au nom de Scarth, celle du colonel William Henry Scarth qui fut un lieutenant écossais entre 1966 et 1972, et qui aurait séjourné au Klondike en 1997. Don Rosa aurait-il fait un amalgame entre ces deux personnages, sautant d'ailleurs sur l'occasion d'avoir un nouveau personnage aux racines écossaises dans sa saga ? Je l'ignore.

Évoquons pour terminer un dernier point concernant cet épisode bis : la concession minière. L'acte de Picsou est au coeur même des épisodes 8 et 8 bis. Quel est donc ce principe de concession ? Il s'agit pour une personne de demander un droit exclusif de recherche et d'exploitation minière d'une zone géographique définie. Leur durée de validité peut varier, de seulement 3 mois jusqu'à 25 ans, et sont généralement renouvelables. A l'époque de la ruée vers l'or, c'était un document écrit qui faisait fois, et bon nombre de malfrats n'hésitaient pas à voler ces documents pour s'en octroyer leurs richesses. Soapy Slick s'y adonne d'ailleurs dans l'épisode 8, s'en prenant dès lors à Picsou et c'est ce qui causera d'ailleurs sa perte, et la raison pour laquelle il n'apparait pas dans l'épisode 8bis, car il s'est réfugié à Whitehorse. De nos jours, bien que les régions du Yukon et du Klondike n'attirent quasiment plus aucun prospecteur d'or, il est toujours possible d'obtenir une concession dans cette région. De nombreuses annonces dans la presse locale en font régulièrement mention. Et l'on dit d'ailleurs que même si la majorité de l'or a été extrait entre 1897 et 1899, il resterait encore quelques réserves d'or. A bon entendeur !

Episode 8 ter : La prisonnière de la vallée de l'Agonie Blanche

L'épisode 8 ter détient deux choses en particulier pour lui : il s'agit tout d'abord de l'ultime oeuvre que Don Rosa a réalisé et surtout elle apporte un point crucial à toute la saga. Cette histoire permet en effet à elle seule d'apporter un nouvel éclairage sur la fin de l'épisode 8bis apportant avec elle toute la tragédie de la relation entre Goldie et Picsou.

Nous n'avons jamais eu la moindre occasion de visiter la cabane de Picsou. Les quelques images nous la montrant dans l'épisode 8 et 8bis ne permettait pas de se faire une quelconque idée sur le mobilier ni sur sa disposition. Aussi avare que nous connaissions le personnage, ces quelques esquisses nous faisait au contraire croire que l'intérieur était extrêmement dépouillé. Pour cet épisode 8ter, dans lequel une grande partie de l'action se déroule, Don Rosa décide de changer complètement l'intérieur de l'habitation de Picsou. Et il semble avoir été inspiré par le film de Nicolas Vanier sortie en 2004 « Le dernier trappeur ». Il est également possible que Nicolas Vanier se soit lui même inspiré des aventures de Picsou dans la vallée de l'Agonie Blanche tant les points communs entre le héros de son film et Picsou sont nombreux.

Les forêts du Yukon sont réputées pour être infestées de moustiques, la pauvre Goldie le découvre à ses dépends. Il ne s'agit ici pas d'un simple gag visuel dans cet épisode, bien au contraire. Il existe d'ailleurs de nos jours un bulletin moustiques, qui à l'instar du bulletin météo, donne une estimation quotidienne d'envahissement de ces vilaines bestioles. Tout randonneur avisée se doit de toujours y jeter un oeil !

Dans cet épisode, nous retrouvons Wyatt Berry Stapp Earp, que l'on avait à peine croisé au début de l'épisode 8. Il s'agit d'un très célèbre Marshall des États-Unis particulièrement depuis que le film « Règlement de Compte à OK Corral » est sorti en salle en 1957, et qui s'inspire d'une rixe véridique qui se déroula en 1881. Au moment supposée des faits de cet épisode, Wyatt Earp est donc déjà connu, et il a effectivement tenu un saloon dans la ville de Nome en Alaska durant la ruée vers l'or aux côtés de sa troisième femme et actrice Joséphine Sarah Marcus.

A ses côtés, on trouve Bartholomew Masterson, réputé pour être un as de la gâchette. Flanqué de son tout aussi célèbre chapeau melon, Bat partageait avec Wyatt un amour inconsidéré pour le jeu de hasard. Pour autant, il semble que les deux hommes se sont effectivement rencontrés de leur vivant, mais c'était dans un saloon en Arizona en 1881 et non au Yukon. Il ne s'agit ici que d'un prétexte pour Don Rosa de réunir trois figures légendaires contemporaines afin de les opposer à Picsou.

Le troisième et non moins célèbre personnage est le juge Roy Bean. Nommé juge de paix en 1882 au Texas, il gagne une réputation sulfurée au fil des années car ses jugements sont souvent à la limite hors-la-loi. Il n'hésitait pas une seule seconde à faire sa propre justice car il utilisait à son profit les failles de la justice américaine. En plus d'un caractère emporté, Don Rosa lui ajoute une curieuse manie de vouloir pendre toutes les personnes qu'ils jugent coupables de délit mineur. Rien dans la biographie de Roy Bean ne fait mention de ce fait, il faut en fait y voir une allusion à la peine de mort au Texas, l'état qui est applique le plus actuellement cette peine capitale dans le monde. Le Texas et la peine de mort aux Etats-Unis sont intrinsèquement liés, et cela depuis la déclaration d'indépendance. Jusqu'en 1924, la justice du Texas condamnait des personnes à mort sans que le prévenu ne puisse se défendre, la peine était alors appliquée de trois façons différentes : la fusillade, la décapitation et la pendaison.

Nous rencontrons des hors-la-loi tout aussi légendaires dans cet épisode 8bis : Butch Cassidy et Sundance Kid. Les deux hommes se connaissaient effectivement durant les faits supposés de cet épisode, rien ne permet cependant d'affirmer qu'ils aient jamais été dans le Yukon. Bien au contraire, ils s'étaient réfugiés à cette époque dans une région de l'état du Wyoming nommée Hole in the Wall. Toutefois, depuis 1920, un ranch (le Klondike Ranch !) y est installé et propose une visite touristique de la région. Faut-il y voir un clin d'oeil indirect ? Toujours est-il que les deux hommes étaient extrêmement dangereux, et comme dans cet épisode, leur fin fut des plus brutales.

Dans cette ultime oeuvre de Keno Don Rosa, celui-ci ne manque pas une seule occasion de rendre homage à son propre travail, et lève le voile sur des éléments scénaristes écrit dix ans plus tôt. Ainsi, il lève le voile sur la mystérieuse mèche de cheveux blonds que Balthazar emporte avec lui partout dès l'épisode 9. Il revient également sur le célèbre Mammouth de l'épisode 8. Il refait intervenir brièvement Soapy Slick. Enfin, il met en scène l'une des plus grandes répliques de Picsou dans l'épisode 12 : « Passez-moi ma palette à or ! Je vais vous montrer comment je défendais mon filon ! ». Astucieusement, la fameuse palette à or ne se pliera pas dans l'épisode 8ter, conformément à ce qu'il advient d'elle durant l'épisode 12. Astucieux !

Je ne pouvais absolument pas conclure ce long dossier consacré au Klondike sans évoquer un élément crucial de toute l'oeuvre : l'amour et la sexualité des personnages. Jamais encore aucune oeuvre de Disney n'avait été aussi loin, et pour cause. L'univers de Disney est très souvent stigmatisé et possède des codes immuables. Keno parvient avec cet épisode à briser tous les codes de la compagnie aux grandes oreilles, et de façon parfaitement habile. Sans un oeil avisé, on passe ainsi devant l'élément crucial de toute la saga. Après quelques allusions plus ou moins dissimilés sur les activités de Goldie dans chaque épisode où elle intervient, en seulement deux images, Don Rosa met un point d'orge à l'épisode 8ter. Ces deux images donnent désormais tout leur sens à la conclusion somptueuse de l'épisode 8bis, la fameuse lettre que n'ouvrira jamais Picsou. La tragédie qui se déroule sous nos yeux est magnifiée par cette ultime oeuvre du maitre, et on l'applaudit fortement pour cela.

Lire la quatrième partie (Episodes 9, 10 et 10bis) en cliquant ici.

31 août 2010 par Olikos