Le Roi et moi : Quelques informations

Ce long métrage est sorti en salle le 19 mars 1999 au Québec et le 21 juillet 1999 en France. Le film n'existe qu'en version française dans les deux cas.

Résumé

1862, le Royaume de Siam. Anna, une jeune anglaise devient l'institutrice des sept enfants du puissant roi Mongkut. Très vite, Anna découvre que son réel défi n'est pas l'éducation des petits princes mais l'arrogance du Roi de Siam en personne ! Lorsqu'une réelle amitié naît enfin entre eux, un danger survient : un sorcier met en place un complot pour s'emparer du trône...

Analyse de l'oeuvre

En 1870, Anna Leonowens publie le récit de ses cinq années passées au Siam, aujourd'hui la Thailande, en tant que professeur d'anglais au service des nombreux enfants du roi Mongkut (108 enfants !!). Elle y couche sur le papier, et d'une certaine façon juge, une culture qu'elle ne connaît pas à travers son regard typiquement britannique de l'époque victorienne. Pour les spécialites, elle va prendre beaucoup de liberté sur la réalité historique, se donnant notamment un rôle influant dans la modernisation du gouvernement du Siam. 74 ans plus tard, l'écrivain américain Margaret Landon va s'inspirer de ces mémoires pour concocter une version romancée qui deviendra vite un bestsceller. Il donne d'ailleurs rapidement lieu à une première adaptation cinématographie dès 1946, Anna et le roi de Siam sous la direction de John Cromwell pour le compte de la 20th Century Fox. Mais le grand public ne la retiendra pas vraiment, contrairement à son adaptation sous la forme de comédie musicale pour Broadway, Le Roi et moi, composée par Oscar Hammerstein II et Richard Rodgers en 1951. Cette version devint un immense succès populaire, jouée plus de 1000 fois durant quatre années, ancrant de fait la version romancée de l'histoire d'Anna Leonowens dans l'imaginaire collectif. Il n'en faut guère plus à la 20th Century Fox pour tourner un nouveau film, bien différent du premier, car cette fois basé sur la comédie musicale de Broadway. Le Roi et moi sort en 1956, il met en scène le couple Deborah Kerr et Yul Brynner (qui jouait déjà le même rôle à Broadway) dont l'alchimie fonctionne à merveille à l'écran. A son tour, le film devient un classique du cinéma américain. Passé ce succès, l'histoire d'Anna Leonowens va finalement être laissée de côté pendant quelques années, exception faite de 1972, où une série télévisée fut tournée, et de 1977, où la comédie musicale fut reprise. C'est finalement au milieu des années 1990 que le studio Warner Bros. va demander à Richard Rich, le réalisateur du peu connu Le cygne et la Princesse, de concevoir un remake animé : Le Roi et moi. Ce sera chose faite en 1999, où le long métrage dû d'ailleurs affronter un deuxième remake réalisé à nouveau par la 20th Century Fox, Anna et le Roi avec Jodie Foster.

Autant vous le dire tout de go, Le Roi et moi est une véritable catastrophe animée. Non seulement le long métrage souffre irrémédiablement de la comparaison avec le classique de 1956 qu'en plus sa qualité narrative est des plus limitées. Le film musical de 1956 était une oeuvre assez vaste, qui condensait déjà la comédie musicale pour réussir à faire tenir l'intrigue en un peu plus de deux heures. Richard Rich est ici contraint par la limite de durée imposée par les studios américains, c'est à dire une heure trente maximum. C'est en effet le délai d'attention maximal traditionnellement autorisée pour toute production destinée au jeune public. Richard Rich est donc obligé de rogner considérablement l'histoire originale. Comme cela ne suffisait pas, il ajoute des personnages et des séquences complètement nouvelles, réduisant de fait d'autant plus le matériau d'origine. Cela conduit vite Le Roi et moi à une situation des plus compliquées, puisque Richard Rich va vouloir conserver certains des passages les plus cultes du film de 1956. Ces derniers sont alors expédiés à la va-vite, sans réelle cohésion avec son récit, l'intrigue partant donc dans plusieurs directions à la fois. Les nouvelles scènes inédites noient complètement le récit, ce qui n'arrange guère la situation du long métrage. Le Roi et moi apporte également de nombreux nouveaux personnages dont la plupart sont vaguement et maladroitement inspirés de Disney, dont un antagoniste et son acolyte aussi insipides qu'inutiles. La construction narrative du film est tellement décousue qu'elle n'a plus la moindre légitimité. Bref, un vrai supplice.

Du côté de la qualité visuelle, Le Roi et moi reprend plus ou moins la même technique que pour Le cygne et la Princesse. C'est à dire que les arrières plans sont souvent fixes, plats et sans la moindre vie, et qu'ils sont couplés à des personnages globalement bien modélisés mélangeant animation traditionnelle et rotoscopie. La seule réelle variante provient de l'utilisation d'animation assistée par ordinateur, dont le rendu 3D n'est pas vraiment mémorable (hormis pour la séquence du bateau prit dans la tempête). Pourtant, visuellement, Le Roi et moi est bien pire que le déjà peu glorieux Le cygne et la Princesse. Il faut dire que les personnages sont beaucoup plus nombreux dans ce long métrage. Mais là où réside la grosse lacune du film, c'est que contrairement à Juliette et Arthur qui se révélaient charismatiques malgré leur animation saccadée, tous les personnages sont tous ici horriblement fades. De plus, en ne voulant pas s'éloigner du film de 1956, le design du Roi et d'Anna les dessert complètement car ils ne peuvent pas éviter le dangereux jeu des comparaisons. Deborah Kerr et Yul Brynner avaient un talent certain et un charisme qui transparaissait à l'écran. Ici, ils sont réduit à de vilaines caricatures puisqu'elles exagèrent les petits traits de caractères et les manières adoptés par les deux comédiens. Problème, cela fait de Le Roi et moi une irrévérencieuse parodie dont le couple romantique vedette ne fonctionne pas du tout.

En vérité, Le Roi et moi doit son unique salut à quelque chose qui n'est pas de son fait : la bande originale. Reprenant plus ou moins fidèlement les chansons et musiques les plus populaires de la comédie musicale de 1951, la bande originale du film est incontestablement la seule réussite du film. Les morceaux écrit par Richard Rodgers et Oscar Hammerstein II pour Broadway se prêtent à merveille aux scènes musicales du long métrage animé, alors que la mise en scène de celles-ci sont pourtant très éloignées de leur version originale. Mais il est cependant désagréable que la synchronisation entre les scènes et la musique ne soit du tout respectée, contrairement à la comédie musicale et au film, ce qui ternie donc aussi en partie l'expérience auditive dans ce film d'animation, décidément très boiteux. En fin de compte, Le Roi et moi cumule donc irrémédiablement toutes les tares car il ne fonctionne pas du tout en tant que film autonome et sa légitimité est remise en cause si jamais vous tentez de le comparer au classique de 1956. Contrairement à mes habitudes, je vous déconseille donc très fortement de regarder ce film si vous avez plus de 6 ans. Pour tous les autres, tournez vous soit vers le film musical de 1956, soit vers le remake de 1999 avec Judie Foster pour mieux apprécier cette jolie, quoi que peu réaliste, romance entre un Roi de Siam et une roturière britannique.

11 mars 2016 par Olikos

Voxographie sélective

Doublage français d'origine (1999)

Anna : Brigitte Bergès  1 (Dialogues)

Anna : Lori Rault  1 (Chant)

Roi de Siam : Richard Darbois  1

Kralahome : Robert Guilmard  1

Maître Rikiki : Daniel Lafourcade  1

Prince Chululongkorn : Damien Boisseau  1 (Dialogues)

Prince Chululongkorn : Paolo Domingo  1 (Chant)

Tuptim : Véronique Volta  1 (Dialogues)

Tuptim : Katia Aznavour  1 (Chant)

Louis Loenowens : Paul Nivet  1

Sir Edward Ramsay : Patrick Osmond  1

Première épouse : Véronique Alycia  1

Capitaine Orton : Yves Barsacq  1

Capitaine du bateau de Sir Edward : Pierre Dourlens  1

Emissaire birman : Gilbert Levy  1

Princesse Ying : Marion Jeanneret  1

Princesse Naomi : Kelly Marot  1

Sources : 1 Carton DVD