Sommaire
Les faits réels de la jeunesse de Picsou (1/5) : Episodes 1 à 4 et 3bis
Les faits réels de la jeunesse de Picsou (2/5) : Episodes 5 à 7 et 6bis
Les faits réels de la jeunesse de Picsou (3/5) : Episodes 8, 8bis et 8ter
Les faits réels de la jeunesse de Picsou (4/5) : Episodes 9, 10 et 10bis
Les faits réels de la jeunesse de Picsou (5/5) : Episodes 11, 12 et 0

La Jeunesse de Picsou et Les Grands Classiques, c'est une longue histoire mutuelle qui remonte aux balbutiements de la conception du site. L'oeuvre magistrale de Don Rosa y a toujours tenu une place de choix, et a été l'objet de nombreux remaniements et approfondissement sur sa fiche dédiée. Depuis, Blanche-Neige et les sept nains a beau lui tenir tête, c'est souvent La jeunesse de Picsou qui lui vole la vedette en caracolant régulièrement en tête des consultations depuis des années. Aussi, il était temps de revenir une nouvelle fois sur cette somptueuse saga, sous un regard entièrement nouveau et absolument inédit !

Les faits réels de la jeunesse de Picsou (2/5)

Après un premier séjour aux Etats-Unis dans lesquels il a connu déjà d'innombrables aventures, il a réussit à rapporter une coquette somme d'argent. Mais une sombre affaire juridique, quelque peu magouillée, l'oblige à revenir dans le château de ces ancêtres afin de redorer le blason familial. Il repart ensuite vers un nouvel avenir plus glorieux.

Episode 5 : Le maître du manoir Mc Picsou

Le cinquième épisode de La jeunesse de Picsou est, tout comme le premier, assez peu avide en faits réels historiques. Pour autant, dans de nombreuses vignettes, on peut évoquer de très nombreuses choses. A commencer par la désormais célèbre paire de lunettes de Picsou qui fait ici sa toute première apparition.

La traduction française originale de l'oeuvre publiée en décembre 1994 nous indiquait avec une grande justesse que Picsou avait désormais des bésicles. En 1998, lors de la publication de l'intégrale de l'oeuvre, les auteurs de Picsou Magazine en profite pour apporter de nombreuses corrections et font alors une maladresse de traduction. En effet, désormais, Picsou porte des lorgnons. La traduction initiale était nettement plus juste. Pour être plus précis, Picsou porte des bésicles à pont arrondi, une invention qui date du 15e siècle : deux verres cerclés de métal relié entre eux par un petit arc de cercle en forme de pont. Comme il suffisait de les poser sur le nez pour les utiliser, il fallait être doué pour les faire tenir correctement en équilibre. Les lorgons au contraire étaient équipés d'une branche de métal supplémentaire permettant de garder les lunettes en places avec la main. Ce qui n'est justement pas du tout le cas des lunettes que porte Picsou.

L'action de cet épisode se déroule principalement au château ancestral des McPicsou. Profitons du retour de Picsou à cet endroit pour compléter les informations que j'ai noté dans le dossier précédent. Pour rappel, celui-ci se situe dans les Hautes Terres d'Ecosse proche du Loch Ness. On ne peut réellement savoir où se situe exactement le château, mais Don Rosa a fait le choix de le placer dans une grande zone marécageuse, l'accès y est donc assez délicat. Quiconque ne sachant pas où aller peu se retrouver piégé. Les Highlands sont réputés pour être un endroit extrêmement humide, pas besoin de chercher très loin pourquoi tout cet épisode se déroule intégralement sous la pluie. Cela permet par ailleurs à Don Rosa de renforcer le caractère épique de l'épisode et d'y placer son célèbre final indiquant à Picsou la voie à suivre.

Plus parlant pour notre imaginaire collectif, l'épisode 5 de La jeunesse de Picsou se concentre principalement sur un élément incontournable de l'Ecosse : les châteaux hantés ! De quel château hanté d'Ecosse s'est donc inspiré Don Rosa pour écrire cet épisode ? Difficile de le dire, tant ils sont nombreux. Serait-ce les histoires de fantôme du château d'Armadale, celles du château d'Urquhart où le mythique Nessy y fait aussi des apparitions, ou encore le célèbre château de Dundevan ? Qui sait ? Il y a matière à beaucoup d'imagination tant les fantômes sont nombreux dans cette région écossaise.

Autre fait marquant de ce cinquième épisode, les Biskerville manigancent un stratagème afin de voler le chèque de Picsou : il le provoque en duel d'honneur. Les duels étaient très répandus durant les siècles précédents, mais à la fin du 19e siècle, la pratique s'était largement raréfiée. Je n'ai par contre pas pu trouver la trace de la date d'interdiction des duels au Royaume-Uni, fait que mentionne Fergus McPicsou dans cet épisode.

Enfin, Picsou fait une sorte d'EMI (Expérience de Mort Imminente). Rien de bien particulier à relever ici, mais on se demande quand même s'il n'y a pas là aussi une référence plus ou moins indirecte à Sir Arthur Conan Doyle. Ce dernier n'est jamais apparu dans La jeunesse de Picsou, pourtant on est amené à se demander si Picsou et Conan Doyle ne se sont finalement pas rencontré. En partant de ce fait, on pouvait très bien imaginer que Conan Doyle s'est inspiré de l'histoire du chien (aperçu dans le premier épisode) pour écrire son roman « Le chien des Basquerville ». De la même façon, ce dernier a très bien pu s'inspirer de cette EMI que vit Picsou pour écrire son ouvrage « La nouvelle révélation ». Il s'agit bien sûr que de la pure spéculation de ma part.

Episode 6 : La terreur du Transvaal

Nous retrouvons désormais Picsou en Afrique du Sud au tout début de ce nouvel épisode se déroulant en 1887. Rien ne permet de savoir ce qu'il a bien pu faire en 1886, ni combien de temps il a séjourné dans le manoir de ses ancêtres. Il est fort à parier qu'il n'y a séjourné que très peu de temps, on peu raisonnablement penser qu'il y ai resté au plus que quelques semaines. Mais je doute qu'il y soit resté plusieurs mois. En mars 1886, Picsou finit par apprendre, par voie de presse sans doute, que des filons d'or ont été découverts dans le Transvall. Il saute évidemment sur l'occasion pour tenter de s'enrichir.

Picsou débarque tout naturellement en Afrique du Sud dans la ville de Le Cap, alors colonie britanique puis remonte le continent vers le nord est en passant par la ville de Kimberley. Le « trou à diamant » que l'on aperçoit existe réellement. C'est en 1867 qu'un jeune garçon découvre un diamant dans une colline déclenchant alors une fièvre du diamant. Des milliers de mineurs s'empressent dès lors à creuser sans relâche la colline pour en extraire tout le minerai précieux. A tel point que la mine devient le plus gros trou jamais creusé par la main de l'homme : presque 5km de diamètre et près de 370m de profondeur !

Picsou évoque ensuite sa destination : le Rand. Il s'agit en fait d'une région montagneuse au centre du Transvall, dont le nom complet est Witwatersrand. Cette région allait devenir à cette époque l'un des plus gros producteurs d'or au monde. C'est sans doute pour cette raison commémorative que de nos jours la monnaie locale s'appelle le rand. La ville de Johannesburg s'est très rapidement développée grâce à ce filon aurifère dès 1886, à tel point qu'en 1887 une bourse de valeur va ouvrir ses portes : la Johannesburg Stock Exchange.

Le début de cet épisode 6 recèle encore quelques données insoupçonnées jusqu'ici. Don Rosa y fait ainsi un petit clin d'oeil à Paul Kruger. Il n'était certes pas au fonds de la mine en 1887, puisqu'à ce moment là il était président du Transvall.

C'est bien entendu dans cet épisode que Picsou rencontre - sans le savoir - pour la première fois son rival de toujours Gripsou. Bien qu'ayant été créé par Carl Barks, faisant de lui un africain, Don Rosa fait le choix très habile d'en faire un Boer. Les boers ont été les premiers colons néerlandais de l'Afrique du Sud. Tout comme l'empire britanique et les boers furent en conflit à deux reprises (les premiers voulant annexer le territoire des seconds), Picsou et Gripsou se retrouvent tout naturellement en conflit également par simple lien du sang. Ce qui explique sans doute pourquoi Picsou accueille assez froidement l'origine de la naissance de Gripsou. Leur rivalité n'en démordra finalement jamais.

Dans cet épisode, particulièrement riche en réalité historique, notre héros rencontre un nombre impressionnant d'espèces de la faune locale. A commencer par le buffle qui n'a toutefois rien d'aquatique (comme le lui fait croire Gripsou) si ce n'est qu'il est très dépendant de l'eau pour survivre, et se déplace généralement en troupeau vers un nouveau point d'eau.

Il fait aussi la rencontre de nombreux animaux typiques de la région : lyon, panthère, éléphant, hyène, girafe, vautour, zèbre, rhinocéros, autruche, fourmilier, antilope, babouin...j'en passe... il y a même un rat-taupe, la taupe nue africaine !

Dernier fait marquant de cet épisode, Don Rosa détourne de façon extrêmement humoristique la célèbre publicité française de 1990 mettant en scène une femme et un lion qui convoitent une bouteille de Perrier .

Episode 6 bis : Le protecteur de Pizen Bluff

Les allusions à la réalité historique sont très nombreuses dans cet épisode bis de la saga. Dès la première page, on y fait la rencontre de Jacob Waltz. Surnommé par erreur le Hollandais (alors qu'il était Allemand), Jacob Waltz a été prospecteur d'or mais ce n'est qu'après sa mort en état de pauvreté que la légende de la mine perdue fait son apparition (Picsou le rencontre donc alors qu'il a déjà 80 ans). Tout se déclenche en effet en 1891, lorsque un article de la presse locale révèle qu'une certaine Mme E. W. Thomas, ancienne propriétaire d'un salon de crème glacée à Phoenix, a tout laissé tombé pour partir à la recherche d'une mine d'or perdue dans les Montagnes de la Superstition en Arizona. La population se remémore alors une chose : Jacok Waltz avec l'aide de son ami Jacob Weiser aurait sauvé en 1871 un certain Miguel Peralta. En remerciement, celui-ci leur aurait montré la carte d'une mine d'or que les Apaches lui avait remis. Les trois hommes y aurait trouvé une importante fortune, mais ne purent par la suite jamais y retourner et Jacob Waltz fut d'ailleurs le dernier et seul survivant suite à une attaque indienne qui tua son camarade. La recherche de la mine d'or perdue du hollandais s'emballe mais celle-ci n'est au final jamais retrouvée, aujourd'hui encore. Le mythe de la mine perdue du Hollandais (aussi connue sous le nom de Peralta) n'est qu'à peine évoqué dans cet épisode de La jeunesse de Picsou, mais Don Rosa exploitera la légende de manière extrêmement crédible dans la suite de cet épisode 6bis intitulé « Le secret du Hollandais ». Tous les faits relatés y sont authentiques.

Dans cette histoire, Don Rosa fait côtoyer deux figures mythiques de l'Ouest américain : Buffalo Bill et Phinéas T. Barnum. Je n'ai trouvé aucune trace qu'ils se seraient associés pour organiser un grand spectacle à Phoenix. Les deux hommes dirigeaient en effet deux spectacles itinérants différents : le Buffalo Bill's Wild West d'un côté et le Barnum & Bailey Greatest Show On Earth de l'autre. Cette histoire les réunis donc pour la première fois ensemble.

Aux côtés de ces deux hommes figure une autre légende de l'Ouest américain : Annie Oakley. Celle-ci rejoint le cirque de Buffalo Bill dès 1885 et ses exploits au tir en font rapidement l'une des vedettes incontournable du show.

A partir des rares éléments que j'ai pu trouver, rien ne fait mention d'une quelconque contribution de Geronimo au cirque de Buffalo Bill. Ce dernier était en effet un prisonnier de guerre en 1886 et ne fut libéré qu'en 1894. Le seul indien que pouvait donc rencontrer Picsou en 1890 était le chef sioux Lokotas Hunkpapas. Pour quelle raison Don Rosa a-t-il décidé de faire apparaître Geronimo dans cette histoire ? Le mystère reste entier. Sans doute parce qu'il est beaucoup plus connu dans le monde et un « contemporain » de Picsou. Ou bien, s'agit-il ici d'un clin d'oeil dissimulé à Théodore Roosevelt ? Geronimo a en effet participé à la cérémonie d'intronisation de Roosevlet en tant que président des Etats Unis en 1905. Je doute toutefois qu'il s'agisse d'une maladresse historique de Don Rosa, connaissant son sens très pointu de la réalité. Il existe donc un sens à la présence de Geronimo dans cette histoire que je ne peux malheureusement pas expliquer.

Les dernières figures mythiques de l'Ouest américain sont trois frères : Robert, Gratt et Emmet Dalton. Leur nom extrêmement populaire, surtout grâce à la bande dessinée Lucky Luke qui les popularise ainsi que, dans une moindre mesure, par les frères Rapetou, n'est pas une pure fiction. Bien au contraire, le gang des Dalton étaient des hors-la-loi qui ont réellement sévit entre les années 1890 et 1892 attaquant majoritairement banques et diligences. Seul Emmet survivra après une tentative ratée de dévaliser deux banques simultanément en 1892.

Il reste finalement un dernier personnage que je n'ai pas évoqué jusqu'ici, et pour cause, il n'a rien de réel : John McPicsou qui fait ici sa seconde et dernière apparition dans La jeunesse de Picsou. Pourquoi alors l'évoquer quand même ? A cause de son fameux « projet secret ». De quoi s'agit-il ? Et bien tout simplement de l'invention - ni plus ni moins - du premier comic trip américain ! C'est en effet à partir de 1897 que Rudolf Dirks invente les « ballons » dans Katzenjammer Kids (Pim, Pam et Poum en français). Aujourd'hui, on parle de bulles dans lesquelles peuvent s'exprimer les personnages. La nature visionnaire des McPicsou permet à John d'être le premier à imaginer ce concept qui deviendra révolutionnaire dès 1890, mais son neveu Balthazar finira par lui faire renoncer à cette idée qu'il trouve saugrenue.

Episode 7 : Le flûtiste du désert

L'histoire de ce nouvel épisode débute en 1893, c'est l'année durant laquelle fut fondée la ville de Kalgourlie. La ville est née, un peu comme Kimberley, à la suite de la ruée de mineurs voulant s'enrichir. On trouve quelques traces indiquant que la ville regorgeait à cette époque de nombreux bandits qui côtoyaient des aborigènes Maduwangka. C'est sans doute de ces deux « peuples » dont s'est inspiré Don Rosa pour les deux personnages qui apparaissent dans cette histoire.

Dans cet épisode, Picsou détient un instrument que tout le monde connait aujourd'hui : le boomerang aborigène. Bien qu'on est retrouvé des traces plus anciennes du boomerang, c'est bel et bien celui conçut par les aborigènes qui le popularisa en Europe. Don Rosa ne fait toutefois du boomerang qu'un très rapide clin d'oeil à l'Australie, puisqu'on ne l'aperçoit que sur deux uniques vignettes de tout l'épisode.

Toujours avide en références réelles, Don Rosa fait apparaître le scorpion d'Australie dans une seule vignette en début d'épisode. Cette espèce, typique du pays, peut avoisiner la taille impressionnante de 12cm, et possède une paire de pince ainsi qu'un dard très venimeux. On y aperçoit bien évidemment d'autres animaux plus emblématiques comme le kangourou ou l'émeu.

Don Rosa puise également dans le folklore australien en évoquant le Bunyip. Il s'agit d'un créature mythique aborigène qui hante les eaux afin d'y dévorer un humain qui aurait eu la mauvaise idée de passer par là. On ignore encore aujourd'hui si cet animal a existé ou non tant les témoignages sur son apparence sont diverses.

L'aborigène que rencontre Picsou lui demande de jouer dans un instrument à vent. De quoi s'agit-il ? Et bien, c'est le Didgeridoo qui produit un son relativement particulier si vous ne l'avez jamais entendu auparavant. On comprend assez ironiquement pourquoi l'aborigène trouve que Picsou joue très mal ! Par contre, entre les mains d'un talentueux musicien, il produit des musiques très entrainantes. Pour vous donner une idée, on entend régulièrement cet instrument dans le film Bernard et Bianca au pays des kangourous, je vous laisse le soin de chercher à le trouver. Le Didgeridoo est un instrument de conception aborigène, et a été conçu dès l'origine en Australie.

L'élément réel le plus remarquable de cet épisode concerne les fameuses mains en négatif au fond de la grotte. Ici, Don Rosa fait une petite entorse à la réalité historique. Souhaitant apporter une grande cohérence entre son récit et les indices laissés par Carl Barks dans ses oeuvres, cet épisode devait obligatoirement se dérouler en Australie. Mais ces célèbres mains se trouvent en réalité à Bornéo. On trouve de nombreuses empreintes de mains dans le monde, la majorité se trouve en Asie et en Océanie. Mais la plus grande concentration de ces peintures murales a été découverte à Bornéo entre 1994 et 2006 par deux français : Jean-Michel Chazine et Luc-Henri Fage. Plus de 2000 empreintes de mains ont été identifiées dans cette région, et elles remontent effectivement à 10000 ans.

Dernier fait marquant de cet épisode, la vague monstrueuse qui dévale inexorablement dans le désert. Le phénomène n'est malheureusement pas impossible, et cela arrive encore fréquemment de nos jours. Toutefois, Don Rosa s'est visiblement inspiré des rivières Murrumbidgee et de son afluent Molonglo. La rivière Molongo a connu jusqu'à très récemment des débits d'eau très irréguliers. De nombreuses et meurtrières inondations ont eu lieu, dont la plus importante en 1852 détruisit entièrement la ville de Gundagai. Ce n'est qu'en 1963 que le barrage Scrivener fut construit pour canaliser les fortes inondations du fleuve. C'est ainsi qu'à pris naissance le lac Berley Griffin au centre de la capitale de l'Australie : Canderra.

Lire la troisième partie (Episodes 8, 8bis et 8ter) en cliquant ici.

22 juillet 2010 par Olikos