Doublage : Le bossu de Notre-Dame

Le bossu de Notre-Dame a eu droit à trois versions distinctes. Une première interprétation fut proposée en France en début d'année 1996 sous la forme d'une bande annonce, puis les deux véritables doublages furent diffusés d'abord au Québec puis en France.

Avant de parler du doublage du film à proprement parler, il est intéressant d'évoquer le doublage promotionnel du film en 1996. Tout comme pour Pocahontas, une légende indienne, la bande annonce promotionnelle originale du film fut rapidement traduite en français. Cependant, le film n'étant pas encore sorti au cinéma aux États-Unis, les doubleurs définitifs ne furent ainsi pas encore choisis. Cette bande annonce rare et superbement mise en image rassemble plusieurs visuels de la ville de Paris, dans un montage sonore inédit et exclusif à cette bande annonce, absente aujourd'hui dans le film lui-même. Pour ménager le suspens, Quasimodo, Phoebus et Esméralda ne sont qu'aperçus brièvement et ne prononcent aucun mot. Seul le juge Frollo apparaît dans toute sa froideur avec une voix française - et un étrange accent - qui n'apparaîtra pas dans la version finale (Il s'agit en fait de Tony Jay, le comédien américain parlant en français). Il est accompagné ici par Richard Darbois en voix off. Vous pouvez d'ailleurs admirer cette bande annonce dans la fiche dédiée au film.

Étonnamment pour le Québec, le doublage du film se révèle être supérieur au doublage original, alors que généralement il fait jeu égal avec celui-ci. Cependant, il se veut beaucoup plus sage et étonnamment respectueux envers l'église. En effet, il est rare que les personnages aient une phrase ou un mot déplacé à ce sujet. Si dans la version française l'une des gargouilles n'hésite pas à cracher sur un moine, la version québécoise choisira un mime. D'autres exemples du même genre sont facilement identifiables si vous connaissez les deux doublages. Malgré cette constatation, de vrais trésors enrichissent le jeu d'acteur du film. Quasimodo est ainsi l'une des plus belles réussite dans ce doublage. Phoebus s'en sort lui aussi admirablement bien. La chanson "Un gars comme toi" réussi même à être potable ici (contrairement à la VFF et la VO). Clopin et Frollo sont par contre assez décevant lorsqu'ils chantent, mais s'en sortent beaucoup mieux dans les dialogues. Assurément une contre-performance par rapport à la version anglaise, le doublage québécois est particulièrement séduisant.

L'ayant déjà évoqué dans ma critique du film, je développe ici ce que je qualifie aujourd'hui encore comme le meilleur doublage jamais réalisé par Disney France pour un long métrage animé. Incroyablement maîtrisé, ce doublage d'exception balaye tout sur son passage. A oublier la fade version anglaise ! C'est incontestablement au niveau des chansons que ce doublage fait ici très fort ("Un gars comme toi" excepté). Remarquablement réécrites, elles s'accordent parfaitement au scénario du film. Au lieu d'en dénaturer l'oeuvre, elles l'améliorent. Incroyable ! Majestueusement interprété, les voix sont toutes parfaitement accordées entre elles, et il serait insensé par Disney d'envisager prochainement d'y toucher. Ouvertement plus adulte, la version française n'est jamais infantilisante, et c'est tant mieux.

Sans vouloir jouer la carte du chauvinisme avec lequel un français est souvent habitué de vivre, il est difficile pour le doublage québécois de rivaliser avec le doublage français. Attention, je ne renie à aucun moment la version québécoise qui reste incontestablement une réussite artistique, qui dépasse, et de loin, le doublage anglais. En fait, avec le premier doublage de La petite sirène, il s'agit ici du meilleur doublage jamais réalisé par Disney France. Tous les personnages rayonnent par un investissement irréprochable de tous les acteurs. Une fois encore la France s'approprie les chansons qui parviennent à sortir des notes poignantes. Par exemple, comment ne pas avoir la larme à l'oeil lorsque Esméralda fait sa déchirante prière en français (beaucoup moins puissant en québécois) ? Comment ne pas frissonner d'effroi lorsque Frollo chante sa passion (la version québécoise est un peu plus sage qu'en français) ? Une incontestable prouesse vocale chez tous les participants. La justesse des propos de Quasimodo, la poignante prière d'Esméralda, et la passion malsaine de Frollo déchirent le coeur du plus insensibles des spectateurs. Il n'est cependant pas question une seule seconde de jeter aux orties la version québécoise de Le bossu de Notre-Dame. Très riche lui aussi, il perd un peu de charme en se voulant trop sage pour ne pas choquer la sensibilité des plus jeunes spectateurs.

22 septembre 2007 par Olikos