Le livre de la jungle, souvenirs d'enfance est une série d'animation Disney diffusée à partir de 1996 aux Etats-Unis, puis à partir de 1998 en France. Afin de promouvoir la série, trois VHS ont été commercialisées en France la même année : Les petits sauvages, analysée dans cette fiche, Une mémoire d'éléphant et Les affaires sont les affaires. Les trois vidéofilms ont été entièrement doublés en France. Une éventuelle sortie au Québec est inconnue.
Alors que Baloo et Bagheera sont en chemin pour ramener Mowgli vers le village des hommes, l'ours et la panthère se remémorent leurs jeunes années afin de passer le temps. À cette époque, ils étaient une bande d'amis très soudés avec le tigre Shere Khan, l'orang-outan Louie, l'éléphant Hathi et le serpent Kaa. Tous ensemble, ils vivaient de drôles d'aventures au fin fond de la jungle...
Lorsque Michael Eisner prend la tête de la compagnie Disney en 1984, celle-ci n'est vraiment pas au mieux de sa forme. Depuis la disparition de Walt Disney en 1966, le géant végète quelque peu, le groupe ne parvenant pas vraiment à retrouver la petite étincelle qui faisait de Disney un géant incontournable du divertissement. Aux alentours des années 1980, deux gros électrochocs vont cependant se produire. En premier lieu, il y a le départ fracassant de Don Bluth, suivi de plusieurs collaborateurs, qui crée une onde de choc gigantesque, y compris dans la presse. Tandis que son premier film, Brisby et le Secret de NIMH, passe un peu inaperçu, ce n'est pas le cas de Fievel et le Nouveau Monde en 1986 qui égale pour la première fois les recettes jusque-là réservées aux films d'animation Disney. En second lieu, la famille Disney se déchire lourdement sur des questions financières. Une querelle de longue date, qui existait déjà du vivant de Walt et son frère Roy, dont les héritiers des deux branches de la famille ont poursuivi dans la même voie, jusqu'au début des années 1980 où la tension familiale est à son paroxysme. A ce rythme, Disney n'est clairement plus très loin de la banqueroute. C'est là qu'un certain Saul Streinberg va profiter du contexte pour faire une offre de rachat publique hostile en 1984. Celle-ci va faire trembler pour la première fois les fondations du groupe. Dès lors, toute la compagnie sort de sa torpeur pour contrer cette offre de rachat et, à la suite d'une bataille entre actionnaires, le groupe se réorganise, change de nom pour la première fois, de Walt Disney Productions auparavant à The Walt Disney Company désormais, place à la tête du groupe Michael Eisner en tant que Directeur Général, Frank Wells comme Président du groupe et Jeffrey Katzenberg en tant que Président de la division cinéma. Le trio va alors s'échiner à réveiller le géant endormi. L'une des premières décisions, salutaires, fut de réaliser des programmes Disney spécialement dédiés à la télévision. Les Gummi, mais aussi La Bande à Picsou, furent ainsi d'immenses succès dès leurs lancements respectifs.
Tandis que les films d'animation retrouvent une nouvelle dynamique dès 1988 avec Oliver et compagnie, mais surtout avec l'immense succès de La petite sirène et tous les films qui ont suivi au début des années 1990, la branche télévision suit le même rythme. Elle partage alors son catalogue en deux types de programmes : des productions originales d'un côté et des séries dérivées de leurs grands classiques. En laissant de côté Winnie l'ourson, qui n'a jamais vraiment été conçu comme un film d'animation, mais bien une succession de moyens métrages que la série télévisée poursuit joyeusement, c'est surtout Super Baloo qui ouvre vraiment le bal des produits dérivés de fictions préexistantes. Toutefois, Super Baloo a cette curieuse particularité d'être à la fois dérivé de Le livre de la jungle, tout comme elle est aussi une oeuvre complètement originale. Un particularité qu'elle est toujours la seule à avoir à ce jour. Par la suite, ce sont La petite sirène et Aladdin qui vont propulser les séries animées au-delà du seul cercle des fans des longs métrages. En 1990, Le livre de la jungle ressort en salle aux Etats-Unis, s'ensuit une sortie VHS limitée dans le temps (le célèbre moratoire Disney) en 1991 qui offre un véritable raz-de-marée au niveau des ventes. Il faut attendre 1993 pour que le film soit commercialisé à son tour en VHS dans le reste du monde, avec toujours autant de succès. En 1994, Le livre de la jungle se voit offrir un jeu vidéo proposé sur toutes les plateformes de l'époque et acclamé à son tour par les critiques. Il n'en faut guère plus pour que Disney s'intéresse aux personnages. L'occasion est trop belle de surfer sur la vague, tandis que Le livre de la jungle s'apprête à fêter en grandes pompes son 30e anniversaire en 1997. Dès lors, Disney va proposer un nouveau programme inédit racontant leurs aventures dans leurs jeunes années : Le Livre de la jungle, souvenirs d'enfance !
Produite à partir de 1996, Le Livre de la jungle, souvenirs d'enfance est imaginée comme une série préquelle au film de 1967, bien qu'elle prenne de grandes libertés et offre régulièrement des moments passablement incohérents. Pourquoi avoir choisi de rajeunir les personnages ? Il faut se remettre dans le contexte des années 1990 où une grande partie des programmes pour le jeune public vont naître. Il y a eu une grande vague de productions de ce genre durant cette période, où il était surtout question de proposer des séries animées à valeurs éducatives plutôt que seulement divertissantes. Sauf erreur, n'étant pas extrêmement familiers des séries animées Disney, Le Livre de la jungle, souvenirs d'enfance est l'une des premières du genre chez eux. Beaucoup d'autres sont nées depuis lors, parfois encore plus ciblées comme c'est le cas de La maison de Mickey par exemple. Le Livre de la jungle, souvenirs d'enfance reste toutefois dans un certain entre deux, plutôt à destination d'un jeune public, mais pas forcément rebutant pour les adultes. Il n'empêche, elle n'a pas la même aura que des séries Disney contemporaines telles Aladdin, Hercule ou même Doug. Chaque épisode de la série animée est surtout l'occasion d'apporter une petite leçon aux enfants, dans le style "je ne dois pas mentir", "je ne prétends pas être plus fort que les autres", sans oublier le sempiternel mythe américain qui dit que "l'amitié est plus forte que tout". Bref, soit on adhère à l'idée générale, soit on s'en offusque, c'est au choix.
Pour en revenir à Les petits sauvages qui nous intéresse ici, il faut savoir qu'il s'agit d'une oeuvre dérivée d'une oeuvre qui était elle-même dérivée d'autre chose à la base. Vous n'avez pas compris ? Remettons tout cela dans l'ordre. Le Livre de la jungle, souvenirs d'enfance est née pour raconter les aventures des personnages dans leur tendre - quoique très agitée - jeunesse. Elle n'a pas d'autres objectifs, ni d'autres ambitions. Les petits sauvages est né dans un contexte tout particulier des années 1990, celui des productions spécialement réalisées pour le marché vidéo, avec en tête des ventes les célèbres et décriées suites aux grands classiques. Galvanisé par un marché vidéo extrêmement rentable, Disney s'est lancé dans une commercialisation tous azimuts à moindre frais : le moins d'investissement possible pour une rentabilité maximale. Les petits sauvages est la première des trois VHS en France (seulement 2 l'ont été aux Etats-Unis) puisées dans la série d'animation Le Livre de la jungle, souvenirs d'enfance. Sur les trois VHS commercialisées, le principe va pourtant être le même : récupérer trois épisodes indépendants scénaristiquement et les relier par un semblant de fil conducteur inédit. Ceci incluant donc des séquences animées supplémentaires jamais vues jusque là et exclusivement réalisées pour le marché international (les VHS américaines n'ayant été que des compilations). Pour Les petits sauvages, tout comme les deux autres, le choix est fait d'en faire des "midquel", c'est-à dire des aventures se déroulant quelque part pendant les évènements du film de 1967. En l'occurrence, pendant la période où Baloo et Bagheera ramènent Mowgli vers le village des hommes. Les deux mentors racontent simplement à Mowgli des moments de leurs enfances histoire de passer le temps. Cela marche à moitié tant la cohérence avec les évènements du film sont particulièrement bancals, mais on fait avec.
Quant à l'aspect technique, Le Livre de la jungle, souvenirs d'enfance est plutôt agréable, typique de ce qui se faisait à cette période chez Disney pour la télévision. Les images illustrant cette analyse étant issue d'un transfert VHS ne lui rendent d'ailleurs pas vraiment justice. Assez ironiquement, les ajouts spécialement intégrés à Les petits sauvages sont d'une qualité moindre que les épisodes de la série télévisée. Il faudra attendre 2003 pour que les personnages soient mieux animés pour Le livre de la jungle 2, car même leurs apparitions furtives dans Tous en boite n'étaient pas fameuses non plus. Pour ce qui est du doublage, sans surprise, l'intégralité des rôles ont été attribués à de nouveaux comédiens, à la seule exception de Roger Carel qui reprend Kaa, aussi bien adulte qu'enfant. En comptant le second film, il aura donc interprété à chaque fois ce personnage. Pour tous les autres, la majorité des rôles sont confiés à des actrices et quelques jeunes acteurs masculins. C'est une pratique courante depuis l'aube du doublage de confier les rôles d'enfants à des actrices, car la mue des jeunes acteurs est plus fortement marquée à l'adolescence. J'émettrais des réserves sur deux rôles seulement, Magali Barney sur Bagheera et Hervé Rey sur Louie. Certes, ce sont deux comédiens compétents, mais les deux ne fonctionnent pas sur ces rôles. Magali Barney féminise beaucoup Bagheera, ce qui est très perturbant, tandis que Hervé Rey est beaucoup trop proche de Peter Pan dans son interprétation, ce qui est tout aussi déstabilisant. Le reste de la distribution s'en sort plutôt bien, on notera au passage que feu Gérard Rinaldi y interprète le générique d'ouverture.
Pas forcément la série télévisée la plus marquante de son époque, Le Livre de la jungle, souvenirs d'enfance souffre probablement de son entre-deux. Pas tout à fait spécialisée jeune public, pas tout à fait intéressante pour les plus grands, elle ne semble pas savoir sur quel pied danser. Comme si la série télévisée n'assumait pas pleinement sa volonté de s'adresser aux plus jeunes. En voulant raccrocher encore plus sa filiation avec le film de 1967, Les petits sauvages ne fait guère mieux car les trois aventures sont très anecdotiques, tandis que les rajouts inédits où les adultes racontent leurs histoires d'enfance pour en faire une "midquel" se révèlent incohérentes avec ce que l'on savait des personnages, particulièrement cette nouvelle confrontation entre Mowgli et Shere Khan qui n'a aucun sens logique. Malgré tout, ça se laisse regarder, mais on comprend assez vite pour quelle raison Le Livre de la jungle, souvenirs d'enfance s'est progressivement effacé de la mémoire collective. Disney Television Animation a produit bien d'autres séries qui peuvent s'enorgueillir d'être devenues cultes, mais ce n'est pas le cas de celle-ci.
Olivier J.H. Kosinski - 05 avril 2025
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1998
VHS Disney Plus de détails
Doublage (France - 1996)
Baloo Enfant : Marie-Charlotte Leclaire
Baloo Adulte : Benoît Allemane
Prince Louie Enfant : Hervé Rey
Roi Louie Adulte : Michel Elias
Bagheera Enfant : Magali Barney (Dialogues)
Bagheera Enfant : Martine Latorre (Chant)
Bagheera Adulte : Michel Castelain
Hathi Enfant : Marine Boiron
Hathi Adulte : Michel Barbey
Shere Kahn Enfant : Christophe Lemoine
Shere Kahn Adulte : Gabriel Cattand
Kaa : Roger Carel
Arthur : Xavier Percy
Cecil : Gilbert Lévy
Mowgli : Donald Reignoux
Sources :
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