Moi, moche et méchant / Détestable Moi : Quelques informations

Détestable Moi sort au Québec le 9 juillet 2010, puis en France le 1er août 2010 dans sa version 2-D sous le titre Moi, moche et méchant, puis revient en salle le 13 octobre 2010 en version 3-D. Le long métrage, réalisé intégralement par un studio français, dispose d'un doublage québécois et qu'un doublage français.

Résumé

Dans un charmant quartier résidentiel se dresse une bâtisse noire qui abrite Gru, un méchant vilain, entouré d'une myriade de minions armé jusqu'aux dents, qui complote le plus gros casse de tous les temps : il veut voler la lune... jusqu'au jour où il tombe nez à nez avec trois petites orphelines qui voient en lui quelqu'un de tout à fait différent. Le plus grand méchant se retrouve confronté à son épreuve la plus dure : concilier vie machiavélique et vie familiale !

Analyse de l'oeuvre

Je ne sais absolument pas comment qualifier Moi, Moche et Méchant dont la réalisation est somme toute assez atypique. Doit-on le considérer comme un film d'animation français, puisqu'il a été entièrement réalisé par le studio parisien Mac Guff ? Ou bien comme une réalisation américaine, tant le contenu, les personnages, l'adaptation et mêmes les doublages ont été exclusivement réalisés à partir des dialogues américains ? J'ai toujours été de ceux qui saluaient l'animation francophone tant celle-ci avait toujours réussi à se démarquer des deux mastodontes du secteur que sont l'Amérique et le Japon. Une sorte de sensibilité hexagonale que l'on ne retrouve pratiquement pas ailleurs dans le monde. Mais ici, Moi, Moche et Méchant m'a en partie déçu puisqu'il reste, malgré ses qualités, un grand film d'animation spécifiquement et intentionnellement calibré pour le public américain. Dans les faits, Moi, Moche et Méchant mélange une qualité technique irréprochable digne d'un film Pixar à un humour potache propre à Dreamworks et un soupçon de sensibilité Disney, le tout mâtiné d'une touche de... Lapins Crétins avec les Tic-Tac jaunes (ou bien des Taupiqueurs au choix) que sont les Minions. C'est principalement là où réside la plus grosse faiblesse du film, car si l'on n'a aucun coup de coeur pour eux, les deux tiers de l'intérêt du film s'effondre ! Banatrac !!

Ces Minions, parlons-en tient, histoire de les exorciser. Bien que leur nom anglophone soit devenu extrêmement populaire depuis le long métrage de 2010, son origine remonte à des siècles en arrière... en France ! Le mignon (avec un « g ») était ainsi le favori d'un souverain, celui qui obtenait des privilèges et les faveurs de son monarque. Avec le temps, et la culture anglo-saxonne passant par là, le qualificatif mignon a peu a peu changé de sensibilité lorsque est venu le temps des romans d'espionnages. Il désignait alors le personnage de confiance du méchant de l'intrigue, son bras droit, voire son bras armé, se chargeant des tâches les moins nobles évitant ainsi que son patron n'ait les mains sales. Par la suite, l'animation va totalement transformer l'expression originale dans sa version actuelle bien plus péjorative. De nos jours, dans la culture anglophone, un mignon est ainsi devenu un acolyte incapable et idiot, qui finit toujours par faire échouer les plans de son boss ! Moi, Moche et Méchant propose l'apothéose de l'acolyte crétin et inculte, puisque les personnages synthétisent à eux seuls tous les aspects passés et présents de tout Minion qui se respecte. Ils sont tour à tour représentés comme esclaves, cobayes et même nounous, se satisfaisant complètement de leur servilité. Cette vision pessimiste des personnages est heureusement contrebalancée par le regard que leur porte Gru, les considérant comme de gentils enfants bien serviables, l'homophonie franco-française permettant cela.

Moi, Moche et Méchant joue donc continuellement sur le double sens du nom de ses personnages, ce qui s'avère redondant et fatiguant sur la longueur. Les minions sont partout et ne servent au final à pas grand-chose. Et quand on ne sourit à aucune de leurs pitreries, on s'ennuie beaucoup, d'autant que le long métrage ne fait pas vraiment preuve d'originalité. En tirant un peu les traits, le scénario reprend celui de Shrek : un personnage qui est devenu le méchant par un concours de circonstance et qui se satisfaisait de sa condition avant qu'un élément perturbateur ne vienne casser sa routine. Tout le monde l'a rejeté, il a donc rejeté tout le monde autour de lui, y compris son voisin Flanders... pardon Fred ! Malgré cela, Gru reste un personnage attachant dont la méchanceté apparente est vite cassée durant le film. Une fois encore, en raison de son attachement pour les minions. Alors qu'il rejette tous ses pairs, il prouve dès le début qu'il a un profond attachement envers ses bizarres acolytes dont il porte un regard paternaliste et bienveillant. C'est là aussi que j'émets des réserves devant Moi, Moche et Méchant, puisque l'intrigue générale est éventée bien trop tôt, avant même que celle-ci ne se mette en place !

Pourtant, Moi, Moche et Méchant trouve grâce à mes yeux sur un seul élément décisif : les trois soeurs qui s'installent chez Gru. Plus particulièrement l'adorable petite Agnès qui ne voit que le bon côté des choses et est la première à casser la solide carapace de Gru. Le personnage est tellement irrésistible et attachant, dans sa quête d'avoir enfin une famille, qu'elle fait fondre n'importe quel spectateur, qu'il soit ou non fans des envahissants et insupportables minions. Elle est l'âme du long métrage, au même titre que l'inoubliable Bouh dans Monstres & Cie. La relation qu'elle entretient avec ses soeurs, Gru et les minions est indéniablement la grande force de Moi, Moche et Méchant. Ce qui me permet de pardonner la plupart des désagréments que je reproche au film. C'est en effet Agnès qui déclenchera la métamorphose de Gru, en découvrant la première sa double vie, en l'acceptant tel qu'il est, en essayant de l'attendrir pour lui acheter une licorne en peluche, c'est encore elle qui lui tendra ses propres deniers pour que Gru concrétise son projet et enfin elle qui le convaincra de leur raconter une histoire ! On pourra me dire ce qu'on voudra mais, pour moi, Agnès EST l'héroïne de Moi, Moche et Méchant !!

Heureusement d'ailleurs, car Agnès est réellement la seule chose qui parvient à me faire tenir devant le film jusqu'au bout. Parce que le reste de la distribution est moins convaincante. Mis à part Gru, aucun autre personnage n'est digne d'intérêt. Par exemple, que penser de Vector ? A moins d'être un très vieux geek, qui verra en lui cette improbable combinaison entre le jeune et binoclard Bill Gates vivant dans un monde aseptisé et rond digne de Steve Jobs ? Même les jeunes enfants iront jusqu'à le confondre avec Pikly dans la version française, puisque Éric Métayer (très bon au demeurant) n'offre ni plus ni moins qu'exactement la même interprétation vocale que le film de Disney. De son côté, le Dr Néfario n'est pas drôle, puisqu'il n'a ni les qualités d'un savant fou, ni l'humour d'un homme sénile, ni la carrure d'un méchant qui trahirait son poulain. Même son de cloche pour Mlle Hattie qui n'est là que pour meubler et justifier le placement des filles chez Gru. Elle n'a aucune autre importance dans l'intrigue, si ce n'est de placer un gag de répétition douteux avec la boite de la honte (qui nous remémore le collier de la honte dans Là-haut). Ne reste donc au final que la mère de Gru, une femme sèche et revêche qui a juste assez d'importance dans le récit pour ne pas blaser le spectateur.

Hormis Agnès, Moi, Moche et Méchant renferme quand même un autre point positif : son aspect technique. Pour un budget largement inférieur à ce qu'allouent d'ordinaire les studios américains, le studio parisien Mac Guff parvient à bluffer le spectateur qui ne s'attend pas le moins du monde à regarder une réalisation 3D française. C'est simple, tout est beau dans le long métrage. Quelques idées dans le design des lieux, objets et personnages force aussi le respect. Peut être pourrait-on lui reprocher d'être parfois dépouillé, mais en réalité, l'univers du film se suffit à lui-même ainsi. Il n'a donc pas besoin de jouer la surenchère. Même si les Minions me répugnent, je dois aussi admettre qu'un gros effort a été consacré pour leur donner à tous une personnalité totalement unique. Un exploit, quand on sait qu'ils sont plus d'une centaine à apparaître à l'écran ! Concernant la bande originale, même si celle-ci n'est pas vraiment dans mes prédilections, j'accorde à Moi, Moche et Méchant d'être une bonne boite à tubes. Le film enchaîne de nombreux titres qui sont, pour la plupart, inédits. C'est une bonne chose, car cela permet de créer un unité de ton en accord avec l'ambiance générale du film. Je regretterai seulement que cet amoncellement de titres se fassent au détriment de titres non vocaux. Il n'y a donc pas de fil rouge musical, ni de thème majeur, dans le long métrage.

Au final, Moi, Moche et Méchant me semble constitué d'un étonnant bricolage d'idées empruntés aux grands studios américains, mais dans le sens positif du terme. Même si les Minions m'horripilent, le long métrage réussit à offrir de très bonnes idées de mises en scène, une musique qui a l'avantage de mettre convenablement en place chaque situation et, surtout, deux personnages vraiment très bien écrit. A savoir Gru et la succulente Agnès. Moi, Moche et Méchant réussit donc le tour de force d'être un bon divertissement, qui a ses bons et ses mauvais côtés, mais parfaitement dosé dans les deux sens. Cela permet de toucher à peu près tous les publics grâce à un très bon travail d'équilibriste que seul ce premier film aura réussit à faire. En faisant pencher la balance exclusivement autour des Minions par la suite, la saga a depuis perdu toute mon estime. Je reste donc définitivement attaché à ce premier long métrage dont l'histoire me rend à la fois perplexe et charmé. C'est paradoxal, mais c'est comme ça !

27 mai 2016 par Olikos

Voxographie sélective

Doublage québécoise d'origine (2010)

Gru : Marc Labrèche 1

Margo : Catherine Brunet 1

Edith : Léa Roy 1

Agnes : Ludivine Reding 1

Vector : Patrice Dubois 1

Dr. Nefario : Jacques Lavallée 1

M. Perkins : Aubert Pallascio 1

Mère de Gru : Michèle Deslauriers 1

Mlle Hattie : Natalie Hamel-Roy 1

Doublage québécoise d'origine (2010)

Gru : Gad Elmaleh  2

Margo : Emma Bourdet  2

Édith : Salomé Lemire  2

Agnès : Dizzie Le-Tan  2

Vector : Éric Métayer  2

Dr Néfario : Jonathan Cohen  2

Mère de Gru : Frédérique Cantrel  2

M Perkins : Jean-Michel Martial  2

Mlle Hattie : Marie Donnio  2

Fred : Daniel Kenigsberg  2

Présentateur TV : Philippe Spiteri  2

Sources : 1 doublage.qc.ca, 2 Carton DVD